iPhone : pourquoi Apple veut couper le cordon avec ses fournisseurs

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Apple veut couper le cordon avec ses producteurs de puces électroniques et autres composants. Quitte à donner des sueurs froides à l'ensemble de l'industrie des semi-conducteurs.
Apple veut couper le cordon avec ses producteurs de puces électroniques et autres composants. Quitte à donner des sueurs froides à l'ensemble de l'industrie des semi-conducteurs. (Crédits : Reuters)
Après l'acquisition, en novembre, de la startup InVisage Technologies pour produire en interne ses capteurs pour appareils photo, Apple travaillerait aussi sur ses propres puces de gestion de l'énergie, ce qui a entraîné la chute en Bourse de son fournisseur Dialog. Ces initiatives menacent l'ensemble de l'industrie des semi-conducteurs, dont certains acteurs sont très dépendants au producteur de l'iPhone.

Apple veut couper le cordon avec ses producteurs de puces électroniques et autres composants. Quitte à donner des sueurs froides à l'ensemble de l'industrie des semi-conducteurs.

Chutes boursières brutales pour Dialog et Imagination Technologies

La semaine dernière, le Nikkei Asian Review a révélé que le géant californien est en train de concevoir ses propres puces de gestion de l'énergie, destinées à être intégrées à ses smartphones dès 2018. L'information -non démentie par Apple- a entraîné une chute de 30% -pour l'instant- de la valeur boursière de son fournisseur officiel Dialog, spécialisé dans ce type de puces.

Lire aussi : Lâché par Apple, le sous-traitant Dialog coule à pic en Bourse

Cette annonce représente un coup dur supplémentaire pour l'industrie des semi-conducteurs. La même mésaventure, en pire, était déjà arrivée à Imagination Technologies. En avril dernier, Apple avait carrément annoncé la fin, à l'horizon 2018, de sa collaboration avec ce fournisseur de puces britannique. La raison ? "Apple travaille indépendamment sur sa propre puce".

Imagination Technologies, qui réalise près de la moitié de son chiffre d'affaires avec Apple, avait alors vu son cours en Bourse s'effondrer de 60% dans les jours suivant l'annonce. Depuis, le titre a repris un peu de poil de la bête, mais il reste toujours 30% en-dessous de ses niveaux de mars.

Le rachat de InVisage Technologies, une menace pour Sony Semiconductor

Le rachat, annoncé mi-novembre, de la startup InVisage Technologies, spécialisée dans les capteurs photo, menace donc clairement son fournisseur officiel, Sony Semiconductor.

Fondée en 2006, InVisage Technologies emploie une cinquantaine de personnes à Menlo Park, en Californie, et dans son usine de production, à Taïwan. La société commercialise le QuantumFilm, une technologie de capteur d'images unique au monde capable de mieux absorber la lumière. Selon la startup, il s'agit d'une "couche photosensible" composé de "points quantiques" ou "quantum dots", c'est-à-dire des nanoparticules qui rendent ses capteurs plus sensibles, y compris en cas de très faible luminosité, ce qui est actuellement le point faible de nombreux smartphones, y compris ceux d'Apple. Cette technologie est notamment utilisée dans certains téléviseurs haut-de-gamme pour mieux restituer les couleurs.

Apple aurait tort de se priver : avec un trésor de guerre de 268,9 milliards (!) de dollars au troisième trimestre 2017, la firme de Cupertino peut bien se permettre quelques emplettes. Depuis 2007, c'est-à-dire l'arrivée de l'iPhone sur le marché, la firme de Cupertino a déjà effectué 54 acquisitions.

Maîtriser les composants, un levier d'innovation crucial

Cette stratégie de réduction de la dépendance d'Apple à ses fournisseurs de semi-conducteurs est un levier d'innovation crucial pour gonfler ses marges et affirmer son leadership en termes de qualité et d'expérience utilisateur. Surtout à l'heure où les concurrents, notamment Samsung, montent en gamme et rivalisent sérieusement avec l'iPhone, quand ils ne le dépassent pas dans certains domaines. Par exemple, Samsung est régulièrement loué par la presse spécialisée pour la qualité de l'image et de la vidéo sur ses derniers smartphones, ainsi que ses innovations sur ses écrans, entre autres.

Avant InVisage Technologies, Apple a ainsi racheté ces dix dernières années pas moins de cinq startups dans le domaine des semi-conducteurs. Avec l'objectif d'intégrer leur technologie à ses produits. P.A Semi, acquise pour 278 millions de dollars en 2008, lui a permis d'améliorer la qualité de ses processeurs.

Intrinsity, avalée en 2010 pour 121 millions de dollars, l'a aidé à améliorer l'efficacité de ses puces.  En 2011, Apple a racheté pour 390 millions de dollars l'un de ses fournisseurs, l'israélien Anobit, afin d'augmenter la capacité de stockage des mémoires flash de ses iPhones. En 2013, Apple a mis la main, pour un montant non-dévoilé, sur Passif Semiconductor, spécialisé dans la conception de puces Bluethooth basse consommation.

Enfin, toujours en 2013, Apple a racheté l'israélien PrimeSencespécialisé dans les capteurs de mouvements 3D. La firme s'est notamment servie de cette innovation pour développer le système d'authentification faciale et de déverrouillage de l'iPhone X. Un modèle considéré, malgré des retours utilisateurs mitigés, comme le plus innovant depuis le tout premier iPhone, en 2007.

Lire aussi : iPhone X, iPhone 8, Apple Watch : Apple a-t-il relevé le défi de l'innovation ?

L'internationalisation de la production, un mouvement général pour l'ensemble des constructeurs

D'après l'institut Gartner, Apple est le 2e acheteur mondial de puces électroniques en 2016, juste derrière Samsung. La firme de Cupertino a dépensé 30 milliards de dollars en puces en 2016, soit 8,8% du marché total (9,3% pour Samsung).

Problème : les analystes estiment que le mouvement d'internationalisation de la production des composants électroniques des smartphones est en train de bouleverser l'ensemble du marché des semi-conducteurs. C'est le sens de l'histoire pour tous les grands constructeurs. Apple bien sûr, mais aussi Samsung ou encore le chinois Huawei, qui sont les trois leaders mondiaux sur le marché du smartphone. Tous veulent désormais maîtriser l'ensemble de leur chaîne de production, alors que la santé financière de nombreux acteurs de l'industrie dépend en grande partie des monstrueuses commandes des géants des téléphones.

Apple, déjà le 4e producteur mondial de puces

Pour les analystes, ce mouvement est non seulement logique, mais inéluctable. Selon IDC, les géants du Net ont pris conscience de l'absolue nécessité d'augmenter leurs capacités dans les semi-conducteurs pour s'adapter à l'ère de l'intelligence artificielle.

"Même si vous êtes Apple ou Google, l'important, avec l'intelligence artificielle, est de maîtriser les matériaux qui permettent de bâtir des algorithmes et des logiciels pour vos nouvelles applications, afin de construire votre écosystème dans lequel vous intégrez autant de partenaires que possible", explique Shirley Tsai, analyste pour IDC, citée par le Nikkei Asian Review.

Tim Cook, le Pdg d'Apple, ne s'en cache pas. La part de la firme dans les semi-conducteurs ne cesse d'ailleurs d'augmenter. Selon IC Insights, la Pomme était déjà, fin 2016, le 4e producteur mondial de puces électroniques, devant Nvidia et juste derrière les leaders mondiaux Qualcomm, Broadcom (le deuxième vient de lancer la plus grande OPA de l'histoire de la high tech sur le premier) et MediaTek.

En un an, Apple a même amélioré son chiffre d'affaires dans les puces de 17%, signe d'une forte accélération de son activité dans le domaine.

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Commentaires
a écrit le 04/12/2017 à 19:18 :
4- Ne pas confondre:
- les IDM qui concoivent et fabriques (Intel, Samsung, ST Micro,...)
- les fabless qui concoivent uniquement (Qualcomm, Broadcom, Apple,...)
- les fonderies pure play qui fabriquent pour les autres (TSMC, Globalfoundries, UMC,...)
5- Sachant qu'une fab (usine) de dernière génération coûte plus de 10 milliards d'USD, et qu'elle doit être amorti en quelques années seulement, beaucoup d'IDM tels que les Européens ST, NXP, Infineon sont en fait fabless pour les technos de pointe.
a écrit le 04/12/2017 à 19:07 :
Assez bonne analyse, quelques corrections néanmoins:
1- Apple est la 4eme société semiconduceur "fabless".
2- Apple est la 15em (chiffre Q1 2016...) société semiconducteur
3- Samsung devrait finir 2017 comme #1 du semiconducteur devant Intel...
4- Ne pas confondre:
a écrit le 04/12/2017 à 15:13 :
Apple ferait déjà bien de payer ses impôts pour les services qu'on lui offre sur le territoire
Car des qu'il y a présentation du remboursement des prestations, apple se planque illico derrière les paradis fiscaux.
Laissant aux citoyens sa grosse part à régler à sa place. Il y en assez de ces entourloupes de cette société ! Pour ma part c'est devenu niet pour les achats auprès de cette société, tant qu'elle utilisera les paradis fiscaux pour tromper son monde. Il y a une nette différence entre la morale dans ses pubs et les faits réels de cette firme. Ne soyons plus berner.
a écrit le 04/12/2017 à 14:12 :
Logique; capitalistique. En premier lieu, faire prendre des vessies pour des lanternes; en commercialisant un produit quasiment 10 fois son coût de production. Flatter les débiles dans le sens du poil; par ex; en ne mettant en avant QUE les capacités photo d'un smartphone... (certains stockent des dizaines de milliers de photos dans leur téléphone... qu'ils ne regarderont probabement jamais), là où un appareil photo à quelques dizaines d'EUR fera mieux. Cacher son trésor de guerre dans des paradis fiscaux. Et pousser ses feux jusqu'à l'obtention d'un monopole. Logique.
Réponse de le 04/12/2017 à 19:29 :
Ouhai... c'est facile de dire n'importe quoi... un Iphone X coute 357 USD à produire (Bill of Material - BOM) pour un prix de vente de 999 USD. Et pour chaque nouveau processeur, Apple investit entre 200-500 millions USD en R&D (et sur 6 mois...), coût qui doit être lui-même amorti sur 6 mois (car il devient obsolète). Combien de sociétés peuvent faire cela? En Europe ZERO.
a écrit le 04/12/2017 à 14:02 :
Il ne manquerait pas Intel dans le classement?

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