Les startups et les grands groupes se cherchent toujours

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Les grands groupes devraient être au coeur de l'écosystème des startups. Surtout en France, le 2e pays le plus représenté au monde dans le classement Global Fortune 500, avec des géants leader mondiaux dans tous les domaines.
Les grands groupes devraient être au coeur de l'écosystème des startups. Surtout en France, le 2e pays le plus représenté au monde dans le classement Global Fortune 500, avec des géants leader mondiaux dans tous les domaines.
La French Tech publie le premier baromètre de la collaboration entre les startups et les grands groupes. Verdict : malgré une prise de conscience de la nécessité de mieux travailler ensemble, les relations restent largement insuffisantes, voire cosmétiques, dans tous les domaines, qu'il s'agisse de contrats commerciaux, d'investissements, d'acquisitions, de partenariats et de co-développement. Une vraie faiblesse française.

Peut (largement) mieux faire. Tel est le constat, amer mais optimiste, dressé par le baromètre de la collaboration entre startups et grands groupes en France, réalisé par le cabinet Five by Five à l'initiative de la French Tech, avec la collaboration de Bpifrance, de la Direction générale des entreprises (DGE) et de la Caisse des dépôts.

Présentée mercredi 8 novembre à Station F, l'étude a l'immense mérite d'être la première à se pencher sur la réalité de la collaboration entre les petits poucets de l'innovation et les mastodontes de l'économie française.

"On entend les mêmes doléances depuis des années : les startups se plaignent de délais de prise de décision trop longs et d'un décalage culturel avec les grands groupes, et ceux-ci peinent à obtenir des startups l'impact souhaité, raconte Cécile Brosset, la directrice du Hub de Bpifrance. Alors on a voulu mettre à plat toutes les pratiques, identifier les bonnes et pointer sur le doigt sur les mauvaises, pour partir de là et avancer", ajoute-t-elle.

L'enjeu est effectivement de taille. Si l'écosystème d'innovation français explose depuis quelques années (l'investissement en capital-risque a été multiplié par 2,5 en trois ans, la France compte davantage de fonds que le Royaume-Uni et l'Allemagne...), l'Hexagone reste toujours largement derrière les Etats-Unis et peine à faire éclore des géants (à commencer par des licornes, seulement trois). L'une des raisons, bien identifiée par tous les experts, est la faiblesse des relations avec les grands groupes. Une carence qui se répercute ensuite sur la chaîne de financement, les startups françaises manquant de débouchés.

Or, les grands groupes devraient être au coeur de l'écosystème des startups. Surtout en France, le 2è pays le plus représenté au monde dans le classement Global Fortune 500, avec des géants leader mondiaux dans tous les domaines.

"Les grands groupes peuvent être des clients, des investisseurs, des acquéreurs, des partenaires, des distributeurs... et profiter des innovations des startups pour réaliser leur propre transformation numérique et ainsi s'adapter à un monde qui change à toute vitesse", pointe David Monteau, le directeur de la Mission French Tech.

Contraste saisissant entre les discours et les actes

L'étude, basée sur des données inédites fournies par 41 grands groupes de l'indice SBF 120 (dont Orange, Accor Hôtels, Société Générale, Carrefour, BNP Paribas, Dassault Systèmes, Engie, Total ou encore Legrand), décrit une situation contrastée.

D'un côté, la prise de conscience de l'importance des startups pour réussir sa transformation numérique est actée. "Les grandes entreprises font de la collaboration avec les startups une priorité stratégique, portée par leurs plus hauts dirigeants", se félicite le rapport, qui cite l'accélération, depuis trois ans, de la mise en place de nouvelles organisations plus souples, ainsi que de nombreuses initiatives pour se rapprocher des startups (incubateurs, accélérateurs, campus internes, hackathons, démarches d'open innovation...).

Alban Peleszko, le directeur de la stratégie et de la transformation digitale chez Vinci Construction France (et ancien employé de startup) confirme :

"On est sortis de la phase où l'on doit justifier pourquoi il est indispensable de travailler avec les startups. Aujourd'hui, on est plutôt au début de la phase du "comment". On se frotte aux problèmes concrets comme la rapidité d'exécution, l'aménagement des process internes. On change aussi le regard, on a compris que pour que la startup apporte de la valeur à l'entreprise, il faut qu'on lui permette de se développer".

Ainsi, 83% des Pdg des grands groupes interrogés se disent directement impliqués dans les relations avec les startups. Un intérêt massif, bien que plutôt récent, d'après l'étude.

Problème : le passage des paroles aux actes est difficile. Seuls une poignée de grands groupes français (11) témoignent de "pratiques remarquables" qui révèlent une grande maturité sur le sujet. Pour le reste ? "L'intensité business des grandes entreprises reste modeste au regard du poids économique de ces entreprises", dénonce le rapport.

"Les Pdg disent que les startups sont stratégiques, mais j'aimerais bien voir un véritable plan, avec des objectifs chiffrés, pour appuyer ces ambitions", tacle Cécile Brosset, la directrice du Hub de Bpifrance.

Trop peu de contrats commerciaux et de partenariats de distribution

Les chiffres confirment ce manque d'implication. Au niveau des contrats commerciaux, tout d'abord. Le volume médian dépensé par les grands groupes français pour se fournir en produits et services auprès des startups s'élève à 667.500 euros par an. Une chimère qui représente à peine 0,1% des budgets totaux alloués aux fournisseurs. Autrement dit, 99,9% des processus d'achats s'effectuent auprès d'entreprises traditionnelles.

"Passer dans quelques années à 20% d'achats auprès de startups, ce n'est pas déraisonnable et cela permettrait vraiment d'engager les grands groupes dans leur modernisation", estime Cécile Brosset.

Les partenariats entre les startups et les grands groupes sont aussi trop rares : à peine 6 partenariats par groupe. L'un des freins est l'inadaptation des process : la durée moyenne de la période de négociation d'un partenariat de distribution est de six mois. Une éternité pour une startup.

En revanche, les entreprises prennent de mieux en mieux en compte les spécificités des startups, une signe qu'elles les comprennent davantage : 78% protègent la propriété intellectuelle de la startup lors de partenariats de distribution, et 87% ajoutent des clauses explicites de partage des revenus. "Malgré l'engagement des entreprises, les budgets restent modestes, ils ne sont pas encore à la hauteur des enjeux", regrette David Monteau, le directeur de la Mission French Tech. Un vrai euphémisme.

Pas assez d'acquisitions, d'investissements et de co-développement

Autre faiblesse française, les grands groupes ne profitent pas assez des opportunités de co-développer des projets avec les startups, d'investir en elles voire de les racheter pour les intégrer.

Le co-développement, c'est-à-dire le partage de ressources, de talents, de brevets ou de capitaux pour concevoir de nouvelles solutions, est loin d'être un réflexe dans les relations entre les startups et les mastodontes de l'économie hexagonale. 50% des grands groupes réalisent moins de 5 "preuves de concept" (POC) par an avec une startup. Et le montant moyen alloué par POC s'élève à seulement 25.000 euros. Malgré tout, le taux de conversion des POC en produits industrialisés ou commercialisés est très bon : 36,7%. "Cela signifie que les entreprises qui se lancent dans le co-développement le font avec sérieux. Il faut juste en faire davantage, passer à l'échelle", estime David Monteau.

Le même manque d'ambition se retrouve dans les investissements et les acquisitions.Même si le corporate venture se structure et progresse énormément, de fortes disparités persistent entre les grands groupes impliqués sur le sujet, et les autres.

Le bât blesse surtout pour les acquisitions : seuls six des quarante-et-un grands groupes participant à l'étude ont effectué au moins une acquisition en 2016 (13 startups rachetées cette année-là).

"L'écosystème d'innovation et les grands groupes auraient plutôt besoin de passer à 130 startups rachetées par an plutôt que 13, pour rattraper notre retard par rapport aux Etats-Unis", relève Cécile Brosset.

Arrêter la communication stérile

Malgré toutes ces faiblesses, le rapport se veut pourtant optimiste. "Il y a beaucoup de choses à améliorer,on part de loin, mais on va dans le bon sens depuis trois ans. Il y a une vraie prise de conscience des grands groupes", souligne David Monteau. L'étude distingue même onze grands groupes comme ayant des "pratiques exemplaires" et faisant preuve de maturité et d'ambition dans leur transformation numérique avec les startups.

Les grands groupes ne disent pas autre chose, à l'image de Michael Offredi, le "digital ecosystem officer" de Total.

"L'enjeu maintenant est que les collaborations deviennent plus naturelles, notamment en décentralisant l'innovation dans les grands groupes", estime-t-il.

Pour le dirigeant, la vitesse d'exécution est primordiale, ce qui implique de repenser les aspects juridiques et administratifs dans les process quand une grande entreprise traite avec une startup.

Les grands groupes feraient bien aussi d'arrêter la "cosmétique" autour des startups. Autrement dit, dépenser moins en communication, davantage dans les projets. Cécile Brosset, la directrice du Hub de Bpifrance, confirme:

"Il faut en finir avec les bootcamps, les hackathons inutiles, ne plus utiliser les startups pour paraître moderne. Il faut aussi mettre au board des startups des vrais connaisseurs, des gens qui pourront vraiment les faire grandir, et faire un effort d'acculturation en interne", estime-t-elle.

Le prochain baromètre, dans un an, permettra de savoir ce que les grands groupes auront retenu de cette première cartographie de leurs relations avec les startups.

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Commentaires
a écrit le 09/11/2017 à 16:49 :
Les gros ont peur de la liberté et de l'indépendance des petits et les petits ont peur du dogme anthropophage des gros, logique, deux mondes presque opposés.

Cela peut fonctionner aux états unis ou les riches savent qu'ils sont incapables de penser par eux-même et ont donc besoin de sang neuf pour se pérenniser mais dans notre vielle europe oligarchique c'est loin d'être un réflexe même de survie.
a écrit le 09/11/2017 à 12:15 :
Les grands groupes : lesquels ?
Ceux qui tuent le marché Français pour importer le marché a l’étranger ?
Tant sur l’economie capitaliste depuis 2008 tue les entreprises ( patrimoine Français ) au détriment des groupes usa , qui ferment 3 ans après des entreprises qui fonctionnent et tant que les gouvernements Français soutiennent ces pratiquent et cachent comme des lâchent les chiffres de gens en précarité et sans emploi , ça n’ira pas mieux : mais bon c’est l’objectif du syndrome du capitalisme , non ?

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