Rachat du Monde : menace de bataille politique

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(Crédits : Reuters)
Des commentateurs voient dans l'offre Bergé-PIgasse-Niel une machine de guerre pour le parti socialiste en vue de l'élection présidentielle de 2012. Nicolas Sarkozy voudrait s'y opposer.

Selon l'agence Reuters, citant des sources internes au groupe, Nicolas Sarkozy a reçu cette semaine le directeur du Monde pour lui dire son opposition à une offre de reprise d'un trio d'investisseurs catalogués à gauche. Or, le groupe Le Monde a annoncé vendredi soir avoir reçu deux pré-offres pour son projet de recapitalisation. Elles émanent comme prévu du consortium réunissant Matthieu Pigasse, Pierre Bergé et Xavier Niel d'une part, et du Groupe SFA PAR, détenu par Claude Perdriel, d'autre part, associé à des partenaires dont l'identité n'a pas été dévoilée, précise le groupe dans un communiqué.

La date limite de remise des offres fermes doit être arrêtée par le Conseil de Surveillance qui se tiendra le 14 juin. Le consortium Pigasse, Bergé, Niel a cependant fait savoir qu'il était "prêt, dès aujourd'hui, à remettre une offre définitive après confirmation de cette date limite, et dans le cadre d'un calendrier commun à tous les candidats potentiels", souligne le communiqué.

Le groupe Le Monde, qui comprend le quotidien et son site internet, les magazines La Vie, Télérama, Courrier international et Le Monde diplomatique et une filiale imprimerie, est étranglé par les dettes et doit trouver d'ici la fin du mois plusieurs dizaines de millions d'euros pour assurer son avenir. Le groupe de presse espagnol Prisa, déjà actionnaire du groupe Le Monde, avait exprimé son intérêt de même que le trio composé du banquier de Lazard Matthieu Pigasse, du mécène Pierre Bergé et du fondateur de Free, Xavier Niel.

Claude Perdriel, PDG du Nouvel Observateur, a confirmé à Reuters avoir déposé une lettre d'intention pour la reprise du Monde visa une holding spécialement créée et dotée de 80 millions d'euros. Il contrôlera cette holding qui accueillera des partenaires minoritaires. Les groupes suisse Ringier et italien L'Espresso ont jeté l'éponge cette semaine. Jeudi, le directeur général d'Orange, Stéphane Richard, a déclaré que l'opérateur était prêt à consacrer si nécessaire quelques dizaines de millions d'euros au Monde.

Selon une source interne, lors du rendez-vous entre Eric Fottorino et Nicolas Sarkozy, ce dernier "a clairement affiché son opposition à l'offre de Pigasse, Niel, Bergé". Le chef de l'Etat "a menacé de ne pas donner des aides de l'Etat pour le sauvetage de l'imprimerie du Monde si le trio était choisi", a ajouté cette source.

L'ÉCHÉANCE POUR LES OFFRES REPORTÉE ?

Des commentateurs voient dans cette offre une machine de guerre pour le parti socialiste en vue de l'élection présidentielle de 2012. Matthieu Pigasse, 41 ans, directeur général de Lazard France et propriétaire du magazine les Inrockuptibles, a travaillé dans les cabinets de Dominique Strauss-Kahn et Laurent Fabius au ministère de l'Economie. Pierre Bergé, connus pour ses sympathies socialistes, finance en partie, entre autres, les bureaux de Ségolène Royal à Paris.

Selon le site internet des Echos, Claude Perdriel aurait demandé à la banque Calyon un délai jusqu'au début de la semaine prochaine pour déposer une offre ferme. Faute de temps pour évaluer les offres, les décisions sur le calendrier et la date des offres finales seront prises lundi lors de la réunion du conseil de surveillance du Monde. La Société des rédacteurs du Monde a proposé de repousser la date-butoir pour les offres jusqu'au 21 juin, la direction penche pour le 18 juin, a dit une source interne au Monde.

Pour l'instant, la SRM, qui s'est réunie en assemblée générale jeudi, n'a pas exprimé de préférence entre les offres annoncées. Certains commentateurs s'interrogent sur les motivations de France Télécom pour un groupe de presse abritant un quotidien aussi influent que Le Monde. Ancien directeur de cabinet de la ministre de l'Economie Christine Lagarde, Stéphane Richard dirige un groupe dont l'Etat détient toujours directement et indirectement près de 27% du capital.

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