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Musique : l'industrie du disque toujours étranglée par la musique sur Internet

Isabelle Repiton avec Eric Albert, correspondant permanent de La Tribune à Londres

Publié le 22 janvier 2011 à 19:56

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Dix ans après le début du déclin des ventes, le passage du CD à la musique dématérialisée continue à détruire de la valeur.

À la veille de l'ouverture du Marché de la musique (Midem) du 22 au 26 janvier à Cannes, le bulletin de santé du secteur ressemble à celui de l'année précédente. Les ventes mondiales de musique enregistrées sont estimées en recul de 8 % en 2010, par la Fédération internationale de l'industrie phonographique (IFPI), après un recul de 7 % en 2009. À 15,8 milliards de dollars, le marché a perdu plus de 10 milliards depuis 2000, l'époque où les producteurs de disque ont commencé à partir en guerre contre les échanges illicites sur Internet.

L'ennemi d'alors s'appelait Napster. Dix ans plus tard, le piratage reste la préoccupation numéro un, et Frances Moores, présidente de l'IFPI, a demandé jeudi devant la presse le soutien des gouvernements. Le piratage a coûté des milliers d'emplois dans la filière, a-t-elle insisté. En France, il fallait vendre 100.000 disques être « disque d'or » il y a cinq ans, 50.000 suffisent aujourd'hui.

Abonnements en ligne

Thomas Hesse, président de l'activité numérique chez Sony Music, s'est pourtant dit optimiste à la conférence de l'IFPI : « Nous avons commencé à bâtir un vrai business de la musique numérique », qui représente presque 30 % des recettes des maisons de disque. À 4,6 milliards de dollars, les ventes ou abonnements en ligne sont pourtant très loin de compenser le recul du marché physique. Avec l'essoufflement des ventes de sonneries téléphoniques, la croissance du marché numérique n'est que de 6 % de 2009 à 2010. Mais Thomas Hesse voit des signes positifs dans la montée des téléchargements, le palier franchi de 10 millions d'abonnés dans le monde à des services en ligne de musique (500 000 en France principalement grâce à l'accord entre Deezer et Orange), et les promesses de « l'informatique dans les nuages », qui permettent à chacun de retrouver sa musique stockée dans des serveurs distants, sur tous ses terminaux (mobiles, ordinateur, chaîne hifi et bientôt téléviseur connecté).

Pour autant, le jour où ces nouveaux modèles auront recréé un écosystème positif pour la production musicale n'est pas encore arrivé. En France les producteurs indépendants ne voient plus de salut sans des mesures fiscales adaptées.

Dans le monde, les majors essaient depuis de dix ans de grossir. Universal Music, le numéro un mondial, si elle a le mieux traversé de crise et accru sa part de marché, n'en a pas moins vu son chiffre d'affaires et sa rentabilité s'éroder au fil des ans. Mais la fusion de Sony et de BMG finalisée en 2006, n'a pas créé un ensemble plus fort. Quant à EMI et Warner, leurs velléités de fusion alimente la chronique, sans que ce mariage apparaisse comme une solution.

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La diversification des revenus est l'autre voie d'adaptation aux temps de crise. L'activité d'édition, qui consiste à vendre les droits des chansons d'un catalogue pour des exploitations en disques, en concerts, au cinéma, en publicité, plus stable et récurrente, a suscité des convoitises. Universal a profité de la fusion Sony-BMG pour racheter BMG Publishing en 2007. Et aujourd'hui, Bertelsmann relance une activité de gestion de catalogue. Mais l'édition dépend aussi des ventes de droits pour des enregistrements sur disques. Or la production de disque recule. Tout comme les droits sur les concerts, que l'on disait- être le nouvel eldorado de la musique. Ils ont pourtant vu leurs recettes reculer de 12 % dans le monde en 2010. Les nouveaux modèles se construisent à petit pas, et l'incertitude demeure sur ceux qui, outre les sociétés de technologie comme Apple, sortiront gagnant de cette révolution.

EMI a deux mois pour échapper à ses créanciers

EMI passera-t-elle l'hiver en l'état ? Après des années à tenter de trouver une solution à sa dette colossale, la prestigieuse maison de disques semble désormais à court de solutions. Au 31 mars, elle doit rembourser des intérêts sur l'énorme dette qu'elle doit à Citigroup. Sauf si ses investisseurs mettent une nouvelle fois la main à la poche d'ici là, elle n'en est pas capable.

La mythique maison de disques, qui possède les Beatles, les Beach Boys ou encore Pink Floyd dans son catalogue, croule depuis 2007 sous une dette de plus de 3 milliards de livres (3,5 milliards d'euros). Celle-ci a été contractée par Terra Firma, la maison de private equity gérée par Guy Hands, un financier qui a conclu cette acquisition à un prix beaucoup trop élevé (5 milliards d'euros) au sommet de la bulle financière.

Depuis, Guy Hands se bat pour tenter de redresser la situation. À plusieurs reprises, il a convaincu les investisseurs de Terra Firma d'injecter du capital supplémentaire. Mais ceux-ci ne veulent plus continuer.

Scission possible

Guy Hands a aussi intenté un procès à Citigroup, sa banque conseil, qu'il accuse d'avoir artificiellement fait monter les enchères lors de la cession. Débouté en novembre, il vient d'annoncer qu'il allait faire appel.

D'ici là, Citigroup pourrait cependant prendre le contrôle d'EMI, si le remboursement de la dette n'est pas respecté. La stratégie la plus probable de la banque serait alors sa séparation en deux entités : EMI Music, la maison de disques à proprement parler et EMI Music Publishing, qui détient le catalogue et en exploite les droits. Warner Music, qui a tenté à plusieurs reprises de fusionner avec EMI, pourrait être intéressé par la première partie, et BMG Music Publishing par la seconde.

Le paradoxe est que les résultats d'EMI se sont plutôt améliorés ces dernières années. Son chiffre d'affaires s'est stabilisé, après une baisse d'un tiers de 2002 à 2008. En réduisant ses coûts, la maison de disques a même dégagé un bénéfice opérationnel de 140 millions d'euros en 2009-2010, dernière année disponible. Mais la dette est simplement trop forte pour que ces améliorations suffisent.

Warner, la survie en solo

Cédée en 2004 par Time Warner pour 2,6 milliards de dollars à Edgar Bronfman, allié à un consortium de fonds (Thomas L. Partners, Bain, Providence), Warner Music Group (WMG) résiste comme elle peut. Elle a doublé EMI pour devenir la 3e des majors, mais son chiffre d'affaires a décroché en 2008, passant de 3,5 milliards de dollars à 2,98 sur l'exercice 2010. Son résultat d'exploitation très déficitaire de 2001 à 2005 est repassé dans le vert mais elle n'en accumule pas moins les pertes : seule l'année 2006 s'est soldée par un petit profit net de 60 millions de dollars.

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Un observateur s'amuse du coup de la coïncidence systématique des rumeurs de reprise de discussion avec EMI, pour une fusion, qui détournent l'attention, à la veille de l'annonce de mauvais résultats. L'activité d'édition, Warner Chappell's, qui représente 18 % du chiffre d'affaires, ne sert plus d'amortisseur. Rentable certes, elle décline aussi, les ventes de droits pour des enregistrements finissant par être touchées par la crise du disque. Elle a acquis les catalogues de l'américain Groove Addicts et du britannique CRML en 2010, pour doubler sa taille dans l'édition ; et tout récemment celui du canadien Southride. Avec ses artistes, Bronfman a voulu généraliser des contrats dit « 360° », donnant des droits non seulement sur les ventes d'enregistrement, mais aussi les concerts, les produits dérivés... Madonna a préféré quitter WMG en 2007 pour signer un contrat de ce type avec l'organisateur de concerts Live Nation.

Isabelle Repiton avec Eric Albert, correspondant permanent de La Tribune à Londres

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