Peut-on faire confiance à Google pour bloquer les pubs ?

Le géant américain, qui génère plus de 80% de ses revenus grâce aux annonces, a lancé jeudi un bloqueur de pubs. Le but : tenter de réconcilier les internautes avec les annonces publicitaires, en éliminant celles jugées trop intrusives. Une initiative qui ne fait pas l'unanimité aux Etats-Unis, où Google est soupçonné d'avantager ses propres formats de pubs.
Anaïs Cherif

3 mn

12 formats de publicités sont jugés particulièrement intrusifs pour les internautes, selon Google.
12 formats de publicités sont jugés particulièrement intrusifs pour les internautes, selon Google. (Crédits : Mike Blake)

Ironie du sort. Google a lancé jeudi son propre bloqueur de publicité. La firme de Mountain View, qui a bâti son business model sur la publicité, se retrouve ainsi juge et partie. Objectif affiché : lutter contre les publicités un peu trop intrusives... Et rendre les annonces restantes plus visibles et donc, plus lucratives. En 2017, la publicité a généré 95 milliards de dollars pour Google - soit plus de 80% de ses revenus.

"Les publicités agaçantes sont une grande source de frustration : les pubs vidéo qui se jouent à plein régime ou les pop-ups géants où l'on ne trouve pas le bouton sortie", assure Rahul Roy-Chowdhury, vice-président de Chrome, dans une note de blog publiée mardi.

Utilisé par 56% des internautes dans le monde, le moteur de recherche va donc chasser un certain type de publicités. Le géant américain s'est appuyé sur une étude du consortium Coalition for Better Ads, auquel il appartient. Ce groupe est constitué d'annonceurs (Unilever, Proctor & Gamble), de médias (Reuters, The Washington Post) et d'entreprises tech (Facebook, Microsoft).

L'étude a été menée auprès de 25.000 internautes en Europe et en Amérique du Nord, sur 104 formats de publicités sur version mobile et bureau. Résultat : 12 formats sont jugés particulièrement intrusifs. Parmi eux, les pubs pop-ups (ces petits encadrés qui surgissent de nulle part), les vidéos qui se lancent automatiquement ou encore, les pubs qui recouvrent la totalité du site pendant quelques secondes.

google pub

[ Légende : Douze formats de pubs sont jugés particulièrement intrusifs (Crédit : Coalition For Better Ads) ]

615 millions de terminaux pourvus de bloqueurs de pubs

Un délai de mise en conformité de 30 jours est accordé aux sites. Une fois écoulé, les éditeurs ne respectant pas les critères établis verront leurs publicités automatiquement bloquées par Google. Une notification s'affichera néanmoins en bas du site pour avoir la possibilité de les réactiver. Seulement 1% des sites Internet les plus visités seraient concernés, selon le moteur de recherches. Avec ce bloqueur, annoncé depuis juin dernier, le fleuron de la Silicon Valley espère ainsi forcer les sites à adopter de nouveaux formats.

"Notre but n'est pas de filtrer les annonces mais d'améliorer l'expérience de tous les internautes", se justifie dans une note de blog Chris Bentzel, responsable de l'ingénierie sur Chrome.

Pour fuir la pub, les internautes recourent déjà largement à des bloqueurs de pubs. En 2016, 615 millions de terminaux en étaient pourvus, selon le dernier rapport de PageFair. Ce qui représente un manque à gagner pour les annonceurs et les sites.

Vers un conflit d'intérêts ?

Des critiques se sont élevées aux Etats-Unis contre cette initiative. En effet, les dirigeants de Google auraient principalement mené les recherches au sein de la Coalition, rapporte le Wall Street Journal. Le géant américain aurait ainsi orienté les décisions pour favoriser ses propres formats d'annonces, toujours selon le quotidien économique.

"Il est important de noter que certains sites concernés par ce changement peuvent également contenir des annonces Google, assure le vice-président de Chrome sur son blog. Pour nous, votre expérience sur le web est une priorité plus importante que l'argent généré par ces pubs agaçantes - même pour nous."

En avril dernier, l'initiative de Google avait attiré l'attention de Margrethe Vestagercommissaire européenne à la Concurrence. Celle que l'on surnomme la "bête noire des multinationales" avait déclaré sur Twitter vouloir surveiller "très attentivement" le lancement d'un bloqueur de pubs par Google. L'entreprise américaine est déjà dans le viseur de la Commission européenne concernant plusieurs suspicions d'abus de position dominante.

Anaïs Cherif

3 mn

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Commentaires 2
à écrit le 17/02/2018 à 19:15
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Surement plus qu'a Bloctel pour bloquer les appels indésirables !

à écrit le 16/02/2018 à 19:26
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Si ses propres formats de pub, certainement très étudiées, bien plus que les publicités intrusives visuelles et sonores insupportables, comme ici, relevant d'un manque flagrant de capacité d'imagination, sont les formats les moins agressifs pour l'in...

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