Quand les ados enterrent la télévision traditionnelle

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Un jeune Sikh joue sur son smartphone dans un temple indien.
Un jeune Sikh joue sur son smartphone dans un temple indien. (Crédits : Reuters)
Si la consommation de vidéos continue d’exploser sur la Toile, les jeunes générations, rompues au streaming, délaissent de plus en plus le bon vieux poste de télé au profit du smartphone.

Ce changement de comportement a de quoi faire réfléchir bien des cadors de l'audiovisuel. Dans la dernière édition de son Ericsson Mobility Report, l'équipementier télécoms suédois passe au crible les nouveaux usages du numérique. D'après cette étude, la consommation de données et notamment de vidéos sur le téléphone mobile continue d'exploser. Sur ce point, rien de neuf. Beaucoup de professionnels et de cabinets d'étude soulignent depuis longtemps cette tendance, apparue avec les premiers smartphones, en 2007.

Celle-ci concerne toutes les tranches d'âge, et vient grignoter le temps passé devant la télévision. Mais d'après l'étude d'Ericsson, cette tendance est particulièrement marquée chez les ados. C'est peu dire ! En l'espace de quatre ans, de 2011 à 2015, les ados ont accru de 85% leur temps de consommation de vidéos et contenus télévisuels sur smartphone à la maison. Cette progression s'avère beaucoup plus importante que pour les populations plus âgées. Dans le même temps, le nombre d'heures passées devant la bonne vieille télé du salon s'est effondré, passant de plus de 10 heures par semaine à un peu plus de 5 heures chez les ados. C'est-à-dire, à la louche, moitié moins que pour leurs aînés, toujours attachés au téléviseur du salon.

« Par exemple, les 30-35 ans ont passé 4 heures de plus que les ados devant leur poste de télé en 2011, et c'est toujours le cas en 2015 », observent les auteurs de l'étude.

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Là où les populations les plus âgées ont parfois gardé le réflexe des grands rendez-vous télévisuels (comme le journal du 20h ou le film du dimanche soir), l'étude constate que la consommation de vidéos est très étalée dans la journée chez les plus jeunes.

La consommation à heure fixe, c'est fini

En d'autres termes, ils ont beaucoup moins le réflexe de regarder un contenu à une heure donnée. Un grand nombre d'ados, par exemple, regardent des vidéos au lit, avant de se coucher. Au contraire de leurs aînés, dont la plupart délaissent leur mobile une fois sous la couette.

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Sans surprise, c'est via le WiFi que la consommation de vidéo s'avère la plus importante. Et ce canal s'affiche en forte croissance vis-à-vis des réseaux cellulaires.

WiFi et réseaux cellulaires progressent

Toutefois, les plus jeunes regardent beaucoup plus de vidéos hors de chez eux que leurs parents. Et, pour ce faire, ils utilisent davantage la 3G ou la 4G. Ainsi, en quinze mois, de juin 2014 à octobre dernier, les moins de 20 ans ont vu leur consommation progresser de près 200 mégabits à environ 400 mégabits par mois sur les réseaux cellulaires.

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Personne n'est dupe : cette observation est franchement heureuse pour Ericsson. Le groupe suédois en déduit forcément que les réseaux cellulaires ont encore de beaux jours devant eux. Ce qui lui permettra, suivant son raisonnement, de continuer à vendre ses infrastructures de télécommunications aux opérateurs mobiles du monde entier... Toutefois, en parallèle, les projets visant à déployer des bornes WiFi gratuites se multiplient. A l'instar de la ville de New York, qui songe à transformer ses vieilles cabines téléphones en hot-spots en libre accès. Il n'est donc pas dit que sur le long terme, les réseaux cellulaires soient les premiers - et encore moins les seuls - à bénéficier de cette consommation exponentielle de données.

Place aux "streaming natives"

Reste qu'Ericsson révèle « un changement de comportement majeur » des ados vis-à-vis du visionnage de vidéos. Dans son étude, il les perçoit ainsi comme des « streaming natives », ainsi rompus depuis le berceau à la consommation de contenus audiovisuels en continu, partout et tout le temps. Ce qui plaiderait, d'après cette enquête, en faveur d'un basculement de la télé traditionnelle vers le smartphone comme premier écran dans les années à venir. Voilà, dans tous les cas, de quoi nourrir les réflexions des chaînes de télévision traditionnelles sur leur « transition numérique ».

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Commentaires
a écrit le 06/06/2016 à 15:24 :
Une chose intéressante, l'arrivée d'écrans de grandes tailles moins chers car ce ne sont pas des téléviseurs (absence de tuner)
On les branche ou on veut ou à rien, wi-fi, miracast (chrome cast) au smarphone etc.
La télé de grand-papa c'est terminé.
a écrit le 06/06/2016 à 15:19 :
Le problème n'est pas la taille de l'écran mais le contenu. Ce contenu ne convient pas aux jeunes générations, mais pas qu'à celles-ci.
Si vous faites le tour des journaux TV et des chaines d'info en continu, c'est catastrophique. Il faut faire des recoupements, ou se rabattre sur l'ensemble de la presse écrite (sur le net) pour avoir une information correcte, et faire une synthèse de celle-ci.
Pour les émissions de divertissement ou les films, bof ! Reste la vod ou le streaming.
Je crois que le téléspectateur quelque soit son âge construira de plus en plus ses programmes.
a écrit le 06/06/2016 à 15:12 :
Accroc au smartphone ! Quand je vois dans des cafés des couples de jeunes qui sont penchés chacun sur leur écran, la tête baissée, où est l'échange, ou est la richesse créative du silence, ou est le regard profond réciproque, ou est l'humain ? Pauvres mômes, moi qui ait vécu une période riche en rapport humain, en complicité et tendresse avec les femmes, de libre parole et de sexualité, pas de celle d'aujourd'hui, exhibitionniste et vulgaire où on assimile l'amour au rapprochement de deux sex toys, qu'est ce qui va leur rester en temps que sujet ?
a écrit le 05/06/2016 à 0:08 :
C'est assez logique, les grands media télévisuels ont en grande partie creusé leur propre tombe en poussant à l'extrême la culture de l'émotion et de l'instant, incités par les annonceurs publicitaires, qui y voyaient une source de pénétration de leur message devant conduire à des chiffres d'affaire accrus à travers des publics plus malléables. Mais les ados non restreints par des systèmes de compensation en construction, et donc moins paralysants que ceux des adultes on simplement glissé mentalement vers une utilisation plus ludique de nouveaux media. Les annonceurs eux, s'adapteront rapidement, les media télévisuels en revanche, c'est moins certain. Cela augurera peut-être de futures grandes manœuvres capitalistiques, pour la maîtrise de ces nouvelles sources de contrôle de publics très rentables.

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