Dans leur bataille contre Apple, enclenchée en juin dernier, les acteurs de la publicité en ligne plaçaient beaucoup d'espoirs en l'Autorité de la concurrence. Dans une plainte déposée en octobre 2020, quatre associations professionnelles -le bureau français de l'organisation IAB (qui regroupe les acteurs de la publicité en ligne, dont les géants Google ou Facebook), l'Udecam (qui représente les agences de communication), le Syndicat des régies internet (SRI) et la Mobile Marketing Association France- accusaient le géant américain d'abus de position dominante sur la publicité ciblée.
Concrètement, Apple, qui fait de la protection de la vie privée un argument marketing depuis des années, s'apprête à généraliser le dispositif App Tracking Transparency (ATT, ou transparence sur le traçage en application) lors de la mise à jour de son système d'exploitation iOS 14, qui équipe tous ses appareils. Son objectif affiché: donner plus de contrôle à ses utilisateurs sur leurs données personnelles. Car l'ATT oblige les développeurs d'applications à accepter l'insertion d'une fenêtre requérant le consentement explicite de l'utilisateur d'iPhone pour utiliser l'IDFA, qui est l'identifiant unique propre à chaque appareil Apple. Cet identifiant est indispensable pour proposer des annonces personnalisées, car il permet aux acteurs de la publicité en ligne de suivre l'activité de l'utilisateur sur les sites internet et applications mobiles qu'il consulte avec son smartphone.
Dans leur plainte, les quatre associations dénoncent une pratique relevant d'un abus de position dominante de la part d'Apple. Selon eux, ajouter une nouvelle fenêtre pour requérir le consentement de l'utilisateur n'est "ni nécessaire ni proportionné" pour atteindre l'objectif de protection de la vie privée voulu par Apple, car la réglementation européenne (le RGPD) impose déjà depuis 2018 le recueil du consentement pour tout traitement de données personnelles. Ils estiment que cette deuxième fenêtre va pousser les utilisateurs à davantage refuser l'exploitation des données personnelles à des fins publicitaires, alors qu'il s'agit du modèle économique des applications gratuites, qui représentent elles-mêmes l'essentiel des applications disponibles sur l'App Store. Ils demandaient alors au gendarme de la concurrence de forcer Apple à ne pas appliquer cette mise à jour en France.