SFR met fin à son plan visant à fibrer la France tout seul

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Patrick Drahi, le fondateur et propriétaire d'Altice, la maison-mère de SFR.
Patrick Drahi, le fondateur et propriétaire d'Altice, la maison-mère de SFR. (Crédits : Reuters)
Ce mardi, lors d’une conférence sur la couverture numérique des territoires organisée par l’Arcep, le régulateur des télécoms, Régis Turrini, le secrétaire général de l’opérateur au carré rouge, a annoncé que le groupe mettait fin à son ambition, présentée l’été dernier, visant à fibrer seul tout l’Hexagone sur fonds propres.

Dur dur d'annoncer publiquement un revirement. En juillet dernier, SFR avait jeté un pavé dans la mare en affirmant qu'il voulait fibrer 100% de l'Hexagone d'ici à 2025, seul et sans argent public. Ce projet avait suscité un fort émoi dans le monde des télécoms et auprès de nombreuses collectivités locales. Celui-ci était largement perçu comme un torpillage du Plan France Très haut débit (PTHD), qui vise à apporter un Internet ultra-rapide à tous les Français à horizon 2022. Mais ce mardi, l'opérateur au carré rouge, dont la maison-mère Altice vient d'essuyer une grave crise boursière, a changé son fusil d'épaule. Lors d'une conférence sur la couverture numérique organisée par l'Arcep, le régulateur des télécoms, Régis Turrini, son secrétaire général, a annoncé que le groupe mettait fin à son projet, sans pour autant interrompre ses déploiements de fibre.

« Force est de constater que nous n'avons pas su créer les conditions nécessaires pour emporter l'adhésion du plus grand nombre, et surtout de ceux dont on se préoccupe le plus, c'est-à-dire les collectivités locales », a-t-il affirmé.

Devant des élus locaux, il s'est fendu d'un discours un brin alambiqué pour justifier ce revirement. Ou plutôt ce « changement de doctrine », selon ses mots. D'après lui, le projet « Fibrer la France » de SFR visait à affirmer l'ambition du groupe « en matière d'investissement dans les infrastructures à très haut débit ». C'est-à-dire, en clair, être propriétaire d'un maximum d'entre elles, pour ne pas avoir à louer les réseaux de ses concurrents. Au mois de juillet, l'ex-DG de SFR, Michel Paulin, avait justifié ce parti pris, cher au propriétaire d'Altice Patrick Drahi, en expliquant que chaque année, l'opérateur au carré rouge déboursait « 800 millions d'euros » pour accéder au réseau cuivré d'Orange.

Redorer son blason auprès des collectivités

Reste qu'avec son plan « Fibrer la France », un projet « qui a peut-être été présenté maladroitement », SFR « se voulait en faveur des collectivités », dit Régis Turrini. A l'en croire, l'opérateur souhaitait « favoriser la réalisation des objectifs du PTHD et sécuriser les financements dans un contexte budgétaire extrêmement tendu et connu de tous », poursuit-il. Des propos qui ne manquent pas de sel - c'est peu dire -, dans la mesure où la direction de SFR a largement canardé le PTHD ces derniers mois. Mi-juillet, Michel Combes, l'ancien PDG de l'opérateur, l'avait même qualifié d'« obsolète », estimant, bravache, « qu'il ne [fonctionnait] plus » !

En outre, lors de la présentation de son plan visant à fibrer seul la France, SFR s'en était pris durement au mode d'attribution des RIP, ces réseaux publics déployés à l'initiative des collectivités dans les campagnes, avec l'aide financière de l'Etat. Pour Michel Combes, cette façon de faire visait « à retirer la détention des réseaux aux opérateurs » à certains endroits. En conséquence, il avait carrément indiqué qu'il était prêt à déployer des réseaux en parallèle de ceux déjà prévus et qu'il n'avait pas remporté. Ce qui avait suscité l'ire de nombreuses collectivités locales, inquiètes des conséquences sur la rentabilité de leurs infrastructures.

Pas de critique sur la couverture des villes moyennes

A contrario, ce mardi, Régis Turrini a assuré que SFR allait pleinement jouer le jeu du PTHD, en respectant notamment les appels d'offres des RIP. « Nous poursuivons la mise en œuvre des appels d'offres que nous avons remporté, c'est bien normal, a-t-il indiqué. [...] Et puis il y en a d'autres où on a échoué, c'est la vie des affaires. Nous continuons de répondre aux appels d'offres en cours des collectivités locales pour déployer [nos infrastructures]. »

Régis Turrini a également souligné que SFR était probablement prêt à réitérer son engagement de couverture à 2020 de l'essentiel des zones moyennement denses (soit les villes moyennes et les périphéries des grandes agglomérations) en fibre optique, qu'il s'est partagé avec Orange en 2011. Il n'a pas, ce mardi, critiqué la répartition de ces territoires avec son rival. Et ce, alors que depuis son rachat de SFR en 2014, Patrick Drahi et son état-major ratent rarement une occasion d'appeler à un partage plus équitable de cette zone, dont Orange a préempté environ 80% il y a six ans.

L'abandon du plan « Fibrer la France » montre que SFR a aujourd'hui d'autres chats à fouetter. « L'actualité récente du groupe nous conduit à concentrer nos efforts sur l'amélioration de la qualité de nos offres », a précisé Régis Turrini. Suite à l'effondrement d'Altice en Bourse au mois de novembre, l'opérateur au carré rouge veut en priorité retrouver la confiance des clients, dont beaucoup l'ont quitté ces dernières années. Quoi qu'il en soit, le trublion SFR souhaite vraisemblablement rentrer dans le rang.

| Lire aussi: Altice : les limites d'une machine à "deals"

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Commentaires
a écrit le 13/12/2017 à 22:16 :
On l'a dit, on l'a répété, infrastructure unique, opérateurs multiples.
Pour éviter ce genre d'actions erratiques d'un coté et schizophréniques de l'autre, il est urgent de sortir les fourreaux, le cuivre et la fibre d'Orange, et d'en faire une infrastructure régionalisée unique, conformément à la constitution.
a écrit le 13/12/2017 à 0:35 :
https://video.arcep.fr/fr/conference-graco-2017

Regardez la vidéo et le type de SFR qui parle de zone AMII 3 en suggérant qu'il pourrait y avoir un accord d'alcôves pour que SFR récupère des prises.
Le mec se fait recadrer sévèrement prouvant qu'ils sont perdus.
a écrit le 12/12/2017 à 23:28 :
Matamore, fait retraite en se drapant dans sa cape. On peut gruger quelques uns souvent, mais pas tout le monde tout temps. Le Drahi passe en mode "cut down expenses in the fucking budgets". Prochaine étape: les déménagements internes, pour faire croire que la structure bouge, Mais vu le gearing du Groupe, c'est chronique d'un futur prévisible, du sang sur les murs. Pauvres salariés.
a écrit le 12/12/2017 à 21:33 :
C'est SFR qui doit fibrer Châteaudun. Si sa fibre est aussi lente que ses travaux, autant garder le cuivre.
a écrit le 12/12/2017 à 20:30 :
ALTICE et de SFR se seront ridiculisés.
Ils ont fait des annonces délirantes dont tout le monde savaient qu'elles étaient irréalistes, juste en espérant pouvoir obtenir le soutien de l'Etat (en compensation de leur renonciation prévisible) tout ça pour essayer de renégocier avec Orange pour la couverture de la zone AMII. Ils ont obtenu l'effet strictement inverse à celui espéré.
Bilan : fessée déculottée, retour à la niche.
Quand je pense aux salariés qui vivent dans cette ambiance et dans un avion sans pilote ...
a écrit le 12/12/2017 à 19:11 :
La fibre, c'est l'avenir technologique dont la France a besoin. Si rien n'est fait rapidement, la France prendra un retard énorme sur la transformation digitale avec toutes les conséquences que cela impliquera ! C'est peut être ce que l'on veut...?
Réponse de le 13/12/2017 à 8:11 :
La fibre aurait du etre installee depuis au moins 10 ans. l'Allemagne l'a fait dans ces delais. Les politiques francais sont nuls. Le pays en paie l'incurie. Le pb, c'est que les autres n'attendent pas que la France se bouge.
Qu'attendent les citoyens lobotomises ?
a écrit le 12/12/2017 à 18:43 :
SFR a secoué le corps des telecom français qui dormait un peu. Les représailles ont été rapides sur le cours de bourse européen. Et Orange qui investit massivement dans les contenus plutôt que dans le réseau, prétend maintenant accélérer le fibrage de la France. Merci SFR.

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