Pour le régulateur des télécoms, Free Mobile n'a pas tué l'emploi

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Jean-Ludovic Silicani, président de l'Arcep. Copyright Reuters
Jean-Ludovic Silicani, président de l'Arcep. Copyright Reuters (Crédits : Reuters)
Jean-Ludovic Silicani, le président du gendarme des télécoms, l'Arcep, s'est appliqué ce jeudi à démontrer, chiffres à l'appui, que le secteur a bien encaissé le choc de l'arrivée d'un 4e acteur. Une façon de renvoyer les nombreux critiques à leurs études, y compris Montebourg.

Tout va très bien dans le secteur des télécoms. Répondant au flot de critiques essuyées depuis un an, le président du gendarme du secteur, l'Arcep, Jean-Ludovic Silicani, est monté au créneau ce jeudi, lors d'une conférence de presse en forme de bilan après « une année qu'on peut qualifier de décoiffante. » Tout d'abord sur l'emploi, critique la plus vive, après les plans de départs volontaires chez Bouygues Telecom (542 emplois) et SFR (1.123 suppressions et 267 créations), Jean-Ludovic Silicani a observé que « le nombre d'emplois directs des opérateurs est demeuré stable en 2012 à 129.000, malgré une conjoncture économique peu favorable », sachant que Free dans le même temps a recruté 1.000 personnes l'an dernier (2.500 depuis le lancement de l'activité mobile).

Pour ce qui est de l'emploi indirect, « c'est plus difficile de savoir », mais il a relevé que la fédération des centres d'appels a fait état d'une croissance de 4% du chiffre d'affaires du secteur ; quant aux boutiques, « on en connaît une ou deux en difficultés mais c'est plutôt dû au choix d'opérateurs d'internaliser. » C'est tout de même faire peu de cas de la chaîne Phone House, qui, après la perte du contrat de Bouygues l'an dernier, va devoir continuer sans Orange à la fin de l'année, et qui après avoir préparé un plan social supprimant 226 postes envisage désormais de déposer le bilan...

Ne pas « mettre sur le dos du régulateur » le sort d'Alcatel-Lucent
Quant aux équipementiers, le président de l'Arcep remarque que certaines entreprises françaises de l'industrie de la fibre optique par exemple sont « très dynamiques » et notre « ex-opérateur national, Alcatel-Lucent, est dans une situation très difficile depuis dix ans. » Pour Jean-Ludovic Silicani, « mettre sur le dos de je ne sais quelle décision du régulateur la situation d'Alcatel-Lucen,t c'est comme nous rendre responsable du brouillard ce matin » a-t-il lancé, en réponse direct aux propos du ministre du redressement productif, Arnaud Montebourg qui rendait la course au low-cost » et la guerre des prix depuis l'arrivée de Free mobile comme la cause de « l'aggravation des difficultés d'Alcatel-Lucent. » « Pour autant, on ne s'en désintéresse pas » assure le président du régulateur.

« Pas de chute cataclysmique, un secteur qui reste solide »
Revenant aux quatre opérateurs de réseaux mobiles, le président de l'Arcep a voulu démontrer que « l'on est très loin d'un marché dynamité, d'un secteur dévasté, sinistré, comme on a pu l'entendre. » Le chiffre d'affaires cumulé de France Télécom, SFR, Bouygues et Free a diminué de 3,5% mais « il est resté stable (+0,1%) à 41 milliards d'euros si on corrige de l'effet optique de la baisse des terminaisons d'appels » a-t-il rétorqué « à ceux qui prévoyaient une chute cataclysmique. C'est une bonne nouvelle. » La baisse des prix d'environ 10% a été compensée par l'augmentation des volumes de voix, de SMS et de données.

Du côté des résultats, le recul est plus prononcé : la marge brute opérationnelle (Ebitda) du secteur s'est dégradée de 2,8 points à 31,5% (Bouygues est à 17,4%), mais c'est « un taux de marge très similaire d'un pays à l'autre en Europe » a relevé le président de l'Arcep (voir le tableau récapitulatif des résultats des 4 opérateurs page 6). Surtout, cette baisse des résultats a tout de même permis de financer les investissements à un niveau exceptionnel : 8,8 milliards d'euros, dont 6,2 milliards hors achat de fréquences. Le nombre de clients mobiles a même progressé de 6,6% en 2012 (voir l'observatoire du mobile). « Si l'économie française ressemblait au secteur des télécoms, avec un PIB en croissance de 6,5% en volume en 2012 avec un emploi constant et des investissements exceptionnels, je crois que les responsables politiques seraient très satisfaits » considère même le patron du régulateur. « On a entendu en boucle l'argument selon lequel c'est un secteur mature, c'est d'une bêtise incommensurable, une erreur absolue : le secteur croît de plus de 6% en volume ! » a-t-il lancé à l'attention de ses détracteurs.

La percée de Free ? « Pas de miracle ni de prestidigitation »
« Malgré ou à cause de la stimulation apportée par l'animation concurrentielle [comprendre Free Mobile, NDLR], c'est un secteur qui investit et reste solide » martèle le patron de l'Arcep : « beaucoup de pronostics ont été déjoués : certains prédisaient un échec du 4e opérateur, d'autres un effet dévastateur, on a vu que non. » Si le 4e opérateur a pris « rapidement une place importante, est-ce un miracle ou un exercice de prestidigitation ? Non, mais on est entré dans un nouveau modèle économique des télécoms : c'est une industrie de services mais c'est aussi une industrie qui, avec ses machines, ses équipements de réseaux, fait des gains de productivité » défend le président du gendarme des télécoms.

Cependant, il entend surveiller de près si le nouvel opérateur respecte sa trajectoire d'investissement, comme l'y a invité l'Autorité de la concurrence dans un avis récent sur le contrat d'itinérance liant Free à Orange. « Si l'on constatait que ce n'est pas le bon rythme d'investissement, nous prendrions une décision ad hoc [mise en demeure anticipée par exemple, NDLR]. Il appartiendra à Free, encore plus qu'avant, de déployer son réseau » a déclaré Jean-Ludovic Silicani.

« L'Etat ne peut être actionnaire de France Télécom et régulateur »
Enfin, le régulateur des télécoms est revenu sur la volonté du gouvernement de le déposséder d'une grande partie de ses pouvoirs, selon un rapport préliminaire révélé par le site BFM Business. Un rapport qui était « une version de travail des services n'ayant aucun caractère officiel » avait illico réagi la ministre déléguée à l'Economie numérique, Fleur Pellerin, sur son compte Twitter. « Quelques heures après, j'ai reçu un coup de fil du directeur de cabinet du Premier ministre me disant que ce rapport ne reflétait en rien la position des ministres » a raconté Jean-Ludovic Silicani, qui sera reçu jeudi prochain par Jean-Marc Ayrault.

« C'était un document de travail préparatoire » a-t-il relativisé. Certains sujets seront cependant bien étudiés, notamment le retour de l'Etat dans le pilotage du plan très haut débit, par Antoine Darodes, ex-directeur à l'Arcep, ce qui était connu, mais aussi le rééquilibrage entre producteur et consommateur, thème cher à Arnaud Montebourg qu n'a pas été avare de critiques conre le régulateur depuis son arrivée à Bercy : « on nous reproche de nous être trop occupé du consommateur mais on nous demande aussi de mesurer la qualité de service. Et nous ne faisons pas de régulation des prix de détail » a observé le président du régulateur.

Autre sujet : les compétences en matière de fréquences, éclatées entre le CSA, l'Arcep, l'Agence nationale des fréquences et le gouvernement aujourd'hui. « C'est normal de réfléchir à une plus grande efficacité, dès lors que l'on respecte le cadre communautaire. Mais l'Etat ne peut être juge et partie, actionnaire de France Télécom et régulateur. La Commission européenne lui rappellerait les règles en la matière » a prévenu Jean-Ludovic Silicani, qui a ironisé : « chaque début d'année, nous recevons un scud sur la tête. On s'est habitué. Il y a eu la pluie fine de critiques début 2010 après l'attribution de la 4e licence, le commissaire du gouvernement inventé par Eric Besson début 2011, le vrai-faux débat sur la couverture début 2012 et cette année il y a ce vrai-faux rapport du gouvernement. Ça fait partie de l'animation du secteur. »
 

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Commentaires
a écrit le 24/05/2013 à 10:16 :
Quoi dire? Quoi lire? Personnellement dans la profession depuis plus de 10 ans, je peux vous dire que les chiffres de l'arcep (ou les voyous plutôt : obligeants FT à pratiquer des tarfis plus élever que la concurrence du fait de sa position historique et laisser un imposteur avoir sa licence et cassé les prix a se point la !) sont erronés! Redescendre sur le terrain ne leur ferais pas de mal avec en moyen 1.5 postes supprimés par point de vente. Plus la suppression d?enseigne complète. On estime nous professionnel une perte d'environ 20 000 poste a fin 2013. Oui masi ça tout le monde s'en fou car nous ne sommes pas le fleuron de la france comme PSA ou renault qui licencié 4000 personne est fait l'actu pendant 1 mois! Ensuite il faut aussi savoir que les actionnaires de BT SFR ORANGE profite toujours de leur cigarre et leur cognac dans leur beau canape en cuir alors que les employés qui leur permette cette opulence on vu leur salaire divisé par deux. Je vous laisse medité ....
a écrit le 23/03/2013 à 20:19 :
L'ARCEP ne se sent visiblement pas très à l'aise, pour autant éprouver le besoin de se justifier.
Il faut dire que l'Autorité de la Concurrence leur a infligé une sacrée gifle.
a écrit le 22/03/2013 à 16:09 :
Oh la la ...Que de bétises e,core une fois....
J'attendais mieux de cet énarque major de la fameuse promotion " Voltaire" et qui pourtant n'a eu que des jobs bassement administratfs de gestion de musées...comment nier la réalité de l'erreur historique de l'introduction du
4éme opérateur avec des privillèges exhorbitants et la fragilation de toute la filière et notamment surtant la fragilation de FT qyui était le 6éme opérateur mondilal avant cette bévue et qui devait se battre à l'international , il ne faut pas pensser qu'à la consommation interne, surtout je le répète qu'il y avait d'autres moyens de faire baisser les prix mais à l'économie globale et bien sûr , il y a eu destruction d'emplois. Ce monsieur est nul en économie, il ne mesure pas le poids des conséquences de ses décisions et d'ailleurs Free a été débouté de son proces contre un vrai économiste qui lui a fait une vraie démonstration de toute la nocivité de cette décision.
a écrit le 22/03/2013 à 14:07 :
Free est moins cher que ses concurrences, évidemment ses clients dépensaient leurs argents dans autres secteurs qui vont créer d'emplois. Mais le grand gagnant est le client de Free. Free tue pas d'emplois.
a écrit le 22/03/2013 à 13:18 :
J'aime bien... la remarque: l'Etat ne peut pas être Régulateur (ne biaisant pas les conditions), et Actionnaire (important) d'Orange (Et donc peser pour que les dividendes soient significatifs; sans compter la mise en place, comme PDG, du chef de cabinet de l'incompétente C. Lagarde)...
a écrit le 22/03/2013 à 12:21 :
Pour appeler les choses par leur nom : le gouvernement français (et/ ou l'arcep, ce qui est la même chose), a fait une belle bourde, comme toujours, au nom de la modernité, en laissant entrer un quatrième opérateur. Ce qui a paupérisé le métier, c'est à dire détruit des emplois rentables, au moment même où celui-ci avait besoin de redoubler d'investissements.
En conséquence (non intentionnelle, bien sûr!) de quoi on pourrait voir nos acteurs nationaux bis et ter, affaiblis sur leur marché domestique par les erreurs du gouvernement, tomber un jour dans des mains étrangères. L'horreur?!
Réponse de le 22/03/2013 à 14:12 :
Pour être rentable, c'était rentable, autant que le pétrole mais sans se salir les mains.
Avec en plus une parfaite entente sur les prix des trois voleurs.
Au lieu d'avoir les meilleurs prix on était en queue de peloton dans l'U.E., bien sur c'est chouette d'avoir des dividendes faramineux sans faire le moindre effort.
Avec l'argent qu 'ils se faisaient, ils auraient pu embaucher le double de personnel pendant des années tout en faisant du bénéfice.
Alors de qui se moque t-on?
Réponse de le 22/03/2013 à 14:57 :
@ Asimon: nous avions l'exception française avec le marché du triple play le moins cher du monde ( 2 fois plus cher en Europe, 3 à 4 fois plus cher aux US) et le mobile cher. Avec l'alignement vers le bas du mobile, les telco nationaux ne sont pas des cibles pour des opérateurs internationaux, Vodafone s'en est bien sorti en vendant ses 44% au prix fort à Vivendi.
Réponse de le 22/03/2013 à 15:43 :
J'ai regardé un peu les pro et anti, mais personne n'est factuel ou parle d'une expérience concrete ou d'etude concrete hors celle commandée par l'une des partie.
Personnellement, je pense que l'entrée de Free est une bonne chose et cela va stimuler le marché...simplification, modernisation.
Plusieurs acteurs se mettent dans des niches ...comme numéricable avec la fibre, les nouvelles fausses bonne offre de SFR( c'est déjà un début pour cet archaïque) et les opérateurs alternatifs pour un peu d'innovation pour client.

Questions simples:
1- pourquoi avant, les telecom étaient trop chers en terme de prix? 2Pourquoi beaucoup de salariés ne sont pas payés plus que le marché national ou mondial pour certaines expertise?3- prouquoi les clients étaient tellement maltraités dans les mobiles lors des litiges?4- pourquoi Bouyxxx a un minuscule réseau fixe?5- pourquoi les vendeurs en magasin disent du faux aux clients?( exemple, c'est possible d'appeler l'étranger, ou le data est inclus)....et en fin de mois, on découvre qu'il faut acheter l'option....
Bref, le monde des telecom était mauvais avant free et je comprends que les lobby anti free veulent lui porter le chapeau de la situation actuelle...
a écrit le 22/03/2013 à 8:38 :
Merci à l'autorité pour ce rapport...Pour l'une des rares fois ou le lobby anti Notre Free n'a pas pu réussir à débiter les conneries.
J'avais travaillé chez un opérateur étranger à Paris et j'étais victime de la crise...le secteur es en mutation continuelle et les externalisations ont fait beaucoup de dégâts.

Pour Alcatel, elle n'était pas compétitive sur toute la surface des composants télécom...et c'était le problème... un américain comme Cisco ou le chinois ou d'autres sont durs à concurrencer...Même Siemens a eu des difficulté à concurrencer ces constructeurs même si elle a une meilleur technologie.
Pour le trio des mauvais opérateurs, on a oublié la très mauvaise qualité de relation clientèle( lors des face à face en point de vente ou par tél pour réclamer) et les prix très très élevé.
Sinon, je ne suis pas assez riche pour financer chez ce trio le rendement du capital et l?emploi?à moi de me payer double.
Réponse de le 22/03/2013 à 9:46 :
Tout à fait d'accord ! Perso j'avais à peine mis les pieds chez SFR et je fus maltraité car je ne voulais pas rester (Cela ne leur a pas plu !! ) ! Et , parti chez Bouy ,les Ennuis ont très vite apparu (on m'a même refilé le N° de Tél de quelqu'un d'autre !!! (faut le faire ! mais c'est la Pure Vérité !!!) Puis ,les contacts au Tél :incroyable de bêtise et de "non vouloir comprendre !"" ET,les points de vente sont d'une ""inefficacité"" Ahurissante ! On vous dit "illico" : Téléphonez à Bouy ... (ils ne veulent Rien savoir ) DEPLORABLE !!! espérons simplement qu'ils auront tiré la leçon ???
a écrit le 22/03/2013 à 7:58 :
le pb c'est pas free, le pb c'est que quand une entreprise arrive avec une structure de couts significativement differente, on sait ce que ca donne... et sur ce coup la le point mort etant a zero bouygues a trinque le gros du bouillon..... quand free sera oblige de couvrir 100% du territoire ( et pas juste les zones'interessantes') la structure de cout sera differente... et les business modeles vont certainement evoluer un peu partout
Réponse de le 22/03/2013 à 9:33 :
@ churchill: Free devra couvrir en 3G, 75% de la population en 2015 et 90% en 2018, il n'y a pas d'obligation de couverture à 100% du territoire. Pour la 4G, il pourra faire de l'itinérance sur SFR, donc le business model est favorable.
Réponse de le 22/03/2013 à 10:16 :
Effectivement, si tous les opérateurs étaient obligés de couvrir 100% du territoire j'aurais moins de mal à capter les historiques chez moi (en banlieue parisienne).
a écrit le 22/03/2013 à 1:53 :
Il manquerait plus que les différentes administrations publiques se contredisent et passent pour des tocards.

=> Sans surprise !
a écrit le 22/03/2013 à 0:17 :
Ils en connaissent un rayon. Ils brillent par leur incompétence. La baisse des prix, donc la baisse de marge des opérateurs entraînent une réduction des emplois et des investissements. Pour maintenir une rentabilité du capital, les opérateurs historiques diminuent leur charge fixe. Evidemment Free a cree des emplois en France, mais surtout au Maroc, en Tunisie. Le coût salarial est un peu plus de 3 fois moins cher qu'en France. Dire que ces responsables gagnent plus de 14 000 ? par mois ...
Réponse de le 22/03/2013 à 11:41 :
Toutes les societes francaises métallurgie, habillement, usines, auto, ... ont delocalisé ailleurs qu'en france depuis 1970, et seulement maintenant vous vous reveillez ? Bref...rendormez vous.

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