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Technos & MediasTélécoms

Comment l’Autorité de la concurrence a modelé le marché des télécoms

Photo de Pierre Manière

Pierre Manière

Publié le 06 mars 2019 à 17:28 - Mis à jour le 12 décembre 2024 à 23:52

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Le gendarme de la concurrence a célébré ses dix ans mardi 5 mars à Paris, au Palais Brongniart. Pour l’occasion, les dirigeants d’Orange, de SFR, de Bouygues Telecom et de Free sont revenus sur certaines de ses décisions qui ont bouleversé le secteur.

L'institution de la rue de l'Echelle a mis les petits plats dans les grands. Pour fêter ses dix ans ce mardi, l'Autorité de la concurrence a choisi un cadre prestigieux, celui du Palais Brongniart à Paris. A cette occasion, elle a invité, lors d'une table ronde, les dirigeants des quatre grands opérateurs nationaux (Orange, SFR, Bouygues Telecom et Free) à revenir sur certaines de ses décisions, qui ont profondément changé la compétition sur le marché des télécoms.

L'action du « gendarme de la concurrence », comme les médias qualifient souvent l'autorité indépendante, a été décisive pour façonner le secteur ces dernières années. Elle a notamment milité pour l'arrivée de Free Mobile, en 2012, en tant que quatrième opérateur mobile. Ce qui a débouché sur une guerre des prix et une ultra-concurrence qui sont toujours d'actualité.

« L'arrivée de Free Mobile a été un séisme »

Interrogé à ce sujet, Maxime Lombardini, président du conseil d'administration d'Iliad (la maison-mère de Free), s'est sans surprise félicité des « effets globalement très positifs » de l'attribution de la quatrième licence mobile à son groupe. « Les quatre opérateurs se portent tous bien, la France est très bien équipée », a-t-il jugé. Des propos qui ont un brin agacés Alain Weill, le patron d'Altice France, qui chapeaute SFR. « Du point de vue d'Altice, nous sommes très satisfait de l'ouverture du marché, car, sans quatrième opérateur, nous n'aurions pas pu racheter SFR [en 2014, par l'intermédiaire de Numericable, Ndlr] », affirme-t-il. Toutefois, « incontestablement, l'arrivée de Free Mobile a été un séisme, un mouvement d'une violence inouïe pour les trois autres opérateurs », insiste le dirigeant.

« On dit que les investissements ont augmenté... Mais quand Altice a pris le contrôle de SFR, l'entreprise n'investissait plus depuis deux ou trois ans, rappelle Alain Weill. Le réseau mobile était totalement défaillant, et la couverture 4G était de 30% quand elle était de 70% ou 80% chez les autres. Certains disent qu'il y a pas eu de conséquences pour l'emploi, mais sur 15.000 collaborateurs de SFR, il y en a 5.000 qui ont quitté l'entreprise. »

Stéphane Richard défend une éventuelle consolidation

S'il ne « remet pas en cause » la décision de faire rentrer Free sur le marché du mobile, il appelle malgré tout à « prendre la mesure d'une décision aussi lourde ». Avant de renchérir :

« On dit que (la baisse des prix) a fait gagner du pouvoir d'achat aux Français. C'est vrai. Mais dans l'intervalle, l'iPhone, il est passé de 500 à 1.300 euros. Ce gain de pouvoir d'achat dans le mobile n'a-t-il pas permis, finalement, aux GAFA [Google, Apple, Facebook et Amazon, Ndlr] de se développer ? Nous devons nous interroger sur toutes les conséquences de cette décision. »

Pour sa part, Stéphane Richard, le PDG d'Orange, a préféré mettre en garde contre « les conclusions un peu simples et hâtives qu'on peut tirer » suite à l'arrivée de Free Mobile et à la forte baisse des prix en France. En clair, selon lui, la possibilité d'une consolidation sur le marché français, et un retour à trois opérateurs, ne doit pas être balayée.

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« Cet espèce de dogme, de doxa, de dire qu'il faut beaucoup d'opérateurs dans un marché pour garantir la concurrence, je pense qu'il faut quand même en mesurer les limites », a insisté le patron d'Orange.

Il a rappelé qu'il n'y a que « trois opérateurs en Chine qui compte 1,3 milliard d'habitants », et « bientôt trois aux Etats-Unis, alors qu'il y en a encore plus de 100 dans l'Union européenne ».

Au regard du chef de file de l'opérateur historique, « tout est toujours une affaire d'équilibre entre la concurrence et - donc la garantie qu'il y ait un niveau de prix le plus performant possible pour le consommateur -, et, quand même, la capacité à investir ». Avant de souligner que la consolidation en cours aux Etats-Unis a un objectif important : doper les investissements dans la 5G, perçue comme un gros catalyseur économique dans les années à venir.

« L'autorité a permis le fort développement de Free »

Directeur général délégué de Bouygues et PDG de Bouygues Telecom, Olivier Roussat, lui, a rappelé comment les sages de la rue de l'Echelle ont « complètement structuré », en dix ans, le marché des télécoms. En résumé, il rappelle que l'autorité a rendu possible des partages de réseaux dans les zones peu denses, sans pour autant nuire à la concurrence. Olivier Roussat souligne en particulier l'importance d'un avis de l'Autorité de la concurrence de 2010. Celui-ci estimait primordial que Free bénéficie d'une itinérance 3G (et pas uniquement 2G comme prévu initialement) pour que l'opérateur de Xavier Niel, qui ne disposait pas encore de réseau propre, puisse batailler avec ses rivaux.

« Quand on regarde ce qui s'est passé, c'est grâce à cette décision qu'on a pu avoir le fort développement de Free Mobile », affirme Olivier Roussat.

L'autre avis important de l'Autorité de la concurrence, selon le dirigeant, a été publié en avril 2013 :

« Finalement, l'autorité s'est dit [qu'en permettant à Free d'accéder, via Orange, à une itinérance 3G, Ndlr] qu'on était peut-être allé un poil trop loin. Et elle a expliqué que cela devait s'arrêter en 2018. Cela dit, on est en 2019 et le contrat d'itinérance ne s'est pas arrêté ! Mais c'est une manière de rééquilibrer les choses. »

Investissements : les règles ont changé

Sur le fond, Olivier Roussat, dont le groupe fustige depuis longtemps l'accord d'itinérance entre Free et Orange, qualifie cet avis de « fondateur » :

« C'est grâce à lui qu'on a pu modifier les règles du jeu des investissements dans le pays. On a autorisé le partage des infrastructures dans les zones les moins denses. »

En 2014, Bouygues Telecom et SFR ont en effet signé un accord pour partager leurs réseaux mobiles dans les zones moins peuplées de l'Hexagone. Ce qui permet aux intéressés d'économiser de précieux deniers.

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Même son de cloche, selon Olivier Roussat, concernant le « New Deal », un accord récent entre les opérateurs et l'Etat visant à en finir avec les zones « blanches », où le mobile ne passe pas. « S'il a été rendu possible, c'est parce qu'on s'est dit que ce n'est pas un obstacle à la concurrence que de permettre une mutualisation des réseaux dans les zones les moins denses », achève le dirigeant. A ce sujet, un nouvel accord pourrait d'ailleurs bientôt voir le jour entre Orange et Free.

Pierre Manière

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