Comment l’Autorité de la concurrence a modelé le marché des télécoms

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L'institution de la rue de l'Echelle a mis les petits plats dans les grands. Pour fêter ses dix ans ce mardi, l'Autorité de la concurrence a choisi un cadre prestigieux, celui du Palais Brongniart à Paris. A cette occasion, elle a invité, lors d'une table ronde, les dirigeants des quatre grands opérateurs nationaux (Orange, SFR, Bouygues Telecom et Free) à revenir sur certaines de ses décisions, qui ont profondément changé la compétition sur le marché des télécoms.
L'action du « gendarme de la concurrence », comme les médias qualifient souvent l'autorité indépendante, a été décisive pour façonner le secteur ces dernières années. Elle a notamment milité pour l'arrivée de Free Mobile, en 2012, en tant que quatrième opérateur mobile. Ce qui a débouché sur une guerre des prix et une ultra-concurrence qui sont toujours d'actualité.
Interrogé à ce sujet, Maxime Lombardini, président du conseil d'administration d'Iliad (la maison-mère de Free), s'est sans surprise félicité des « effets globalement très positifs » de l'attribution de la quatrième licence mobile à son groupe. « Les quatre opérateurs se portent tous bien, la France est très bien équipée », a-t-il jugé. Des propos qui ont un brin agacés Alain Weill, le patron d'Altice France, qui chapeaute SFR. « Du point de vue d'Altice, nous sommes très satisfait de l'ouverture du marché, car, sans quatrième opérateur, nous n'aurions pas pu racheter SFR [en 2014, par l'intermédiaire de Numericable, Ndlr] », affirme-t-il. Toutefois, « incontestablement, l'arrivée de Free Mobile a été un séisme, un mouvement d'une violence inouïe pour les trois autres opérateurs », insiste le dirigeant.
S'il ne « remet pas en cause » la décision de faire rentrer Free sur le marché du mobile, il appelle malgré tout à « prendre la mesure d'une décision aussi lourde ». Avant de renchérir :
Pour sa part, Stéphane Richard, le PDG d'Orange, a préféré mettre en garde contre « les conclusions un peu simples et hâtives qu'on peut tirer » suite à l'arrivée de Free Mobile et à la forte baisse des prix en France. En clair, selon lui, la possibilité d'une consolidation sur le marché français, et un retour à trois opérateurs, ne doit pas être balayée.
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Il a rappelé qu'il n'y a que « trois opérateurs en Chine qui compte 1,3 milliard d'habitants », et « bientôt trois aux Etats-Unis, alors qu'il y en a encore plus de 100 dans l'Union européenne ».
Au regard du chef de file de l'opérateur historique, « tout est toujours une affaire d'équilibre entre la concurrence et - donc la garantie qu'il y ait un niveau de prix le plus performant possible pour le consommateur -, et, quand même, la capacité à investir ». Avant de souligner que la consolidation en cours aux Etats-Unis a un objectif important : doper les investissements dans la 5G, perçue comme un gros catalyseur économique dans les années à venir.
Directeur général délégué de Bouygues et PDG de Bouygues Telecom, Olivier Roussat, lui, a rappelé comment les sages de la rue de l'Echelle ont « complètement structuré », en dix ans, le marché des télécoms. En résumé, il rappelle que l'autorité a rendu possible des partages de réseaux dans les zones peu denses, sans pour autant nuire à la concurrence. Olivier Roussat souligne en particulier l'importance d'un avis de l'Autorité de la concurrence de 2010. Celui-ci estimait primordial que Free bénéficie d'une itinérance 3G (et pas uniquement 2G comme prévu initialement) pour que l'opérateur de Xavier Niel, qui ne disposait pas encore de réseau propre, puisse batailler avec ses rivaux.
L'autre avis important de l'Autorité de la concurrence, selon le dirigeant, a été publié en avril 2013 :
Sur le fond, Olivier Roussat, dont le groupe fustige depuis longtemps l'accord d'itinérance entre Free et Orange, qualifie cet avis de « fondateur » :
En 2014, Bouygues Telecom et SFR ont en effet signé un accord pour partager leurs réseaux mobiles dans les zones moins peuplées de l'Hexagone. Ce qui permet aux intéressés d'économiser de précieux deniers.
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Même son de cloche, selon Olivier Roussat, concernant le « New Deal », un accord récent entre les opérateurs et l'Etat visant à en finir avec les zones « blanches », où le mobile ne passe pas. « S'il a été rendu possible, c'est parce qu'on s'est dit que ce n'est pas un obstacle à la concurrence que de permettre une mutualisation des réseaux dans les zones les moins denses », achève le dirigeant. A ce sujet, un nouvel accord pourrait d'ailleurs bientôt voir le jour entre Orange et Free.