Entre Orange et l’Arcep, une fragile paix des braves

Stéphane Richard, le PDG d'Orange (à gauche), et Sébastien Soriano, le président de l'Arcep.
Reuters

Stéphane Richard, le PDG d'Orange (à gauche), et Sébastien Soriano, le président de l'Arcep.
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Les rapports entre Orange et l'Arcep ont souvent été électriques. Ce n'est pas, en soi, franchement anormal. Depuis l'ouverture à la concurrence des télécoms en 1998, la tâche de l'Arcep est de réguler le secteur. Donc pour l'essentiel de réguler l'ex-France Télécom, l'ancien monopole d'Etat, pour permettre à ses rivaux de s'installer et de croître sur le marché. C'est notamment grâce à l'Arcep qu'aujourd'hui, il n'y a plus un, mais quatre opérateurs d'envergure nationale en France. Même si Orange reste, et de loin, le numéro un du secteur. C'est en particulier le régulateur qui a organisé l'ouverture du réseau cuivre d'Orange à la concurrence, et a permis aux SFR, Bouygues Telecom et Free de commercialiser leurs offres ADSL.
Ces mesures de l'Arcep ont constitué une potion amère pour l'opérateur historique, qui a été contraint de se réorganiser profondément, et souvent dans la douleur. Rien d'illogique, dans ces circonstances, à ce que les deux acteurs ne soient pas les meilleurs amis du monde. Toutefois, les crispations sont allées crescendo depuis 2015 et l'arrivée de Sébastien Soriano à la présidence de l'Arcep. Avec lui, l'institution a changé sa manière de faire. A la différence de son prédécesseur, Jean-Ludovic Silicani, Sébastien Soriano est très présent dans les médias. Il assume de prendre régulièrement la parole dans la presse, y compris dans les titres spécialisés, pour exercer une pression continue sur les opérateurs. A ses yeux, l'Arcep ne fait que se mettre au niveau des Orange, SFR, Bouygues Telecom et Free, qui comptent parmi les plus puissantes entreprises de l'Hexagone, et sont rompues à l'art d'influencer l'opinion à travers les médias.
ans le quotidien
Les Echos, il a estimé nécessaire de s'« attaquer (aux) derniers bastions de monopole [d'Orange], que sont le marché entreprise et la boucle locale fixe ». Très énervé, Stéphane Richard a répliqué, d'un ton lapidaire, sur Twitter.au grand dam de Stéphane Richard.
En juillet dernier, l'Arcep tire une nouvelle cartouche. Dans nos colonnes, Sébastien Soriano indique qu'il réfléchit à modifier sa régulation d'Orange. Il pose clairement la question d'une « séparation fonctionnelle ». Cette mesure, qualifiée d'« arme nucléaire » par le régulateur, fait figure d'épouvantail pour l'opérateur. L'idée serait, selon Sébastien Soriano, « d'obliger Orange, sur le marché des entreprises [largement dominé par l'opérateur, Ndlr], à séparer très fortement les entités en charge de la vente en gros de celles en charge de la vente au détail ».
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Orange a laissé passer l'été. Avant de sortir l'artillerie lourde à la rentrée. Sans prévenir l'Arcep, il a déposé au Conseil d'Etat une question prioritaire de constitutionnalité (QPC) pour contester, et possiblement mettre à bas, rien de moins que le pouvoir de sanction du régulateur. A l'Arcep, la pilule ne passe pas. Dans nos colonnes, Sébastien Soriano répond du tac au tac. Si son pouvoir de sanction devait disparaître, alors, menace-t-il, il faudrait revoir toute la politique française de régulation des télécoms. Et pourquoi pas faire comme au Royaume-Uni, et « couper l'opérateur historique en deux », en séparant ses activités de services (la vente d'abonnements au détail) de celles gérant l'accès au réseau. Ambiance !
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, si nécessaire, le droit de redéposer un jour sa QPC
. En d'autres termes, rien ne dit que la poignée de main de la semaine dernière débouchera sur une paix durable.