Face à la méfiance de l’UE, Huawei poursuit son lobbying

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Sur le Vieux Continent, Huawei continue de susciter la suspicion de nombreux gouvernement et des services de renseignements. Ceux-ci redoutent que ses infrastructures télécoms - en particulier dans le mobile et la 5G - servent de cheval de Troie à la Chine pour espionner ou possiblement interrompre les communications.
Sur le Vieux Continent, Huawei continue de susciter la suspicion de nombreux gouvernement et des services de renseignements. Ceux-ci redoutent que ses infrastructures télécoms - en particulier dans le mobile et la 5G - servent de cheval de Troie à la Chine pour espionner ou possiblement interrompre les communications. (Crédits : Aly Song)
À l'occasion d'un grand événement dans la capitale française, le géant chinois des équipements télécoms, qui suscite la suspicion de nombreux gouvernements, s'est présenté comme un catalyseur de la « digitalisation » des entreprises du Vieux Continent.

Huawei aime se présenter comme un leader des équipements 5G, la prochaine génération de communication mobile. Mais il est aussi, sans nul doute, un champion en matière de lobbying en Europe. Ce lundi, le géant chinois des équipements télécoms et des smartphones a rassemblé des industriels, des politiques et la presse lors de son « Innovation Day », son rendez-vous annuel dédié à la promotion de ses activités. Pour ce faire, Huawei a choisi le décor très chic et prestigieux de l'hôtel particulier Salomon de Rothschild, dans le 8ème arrondissement de Paris. Le thème de l'événement ? « Innover pour une Europe numérique. »

La thématique n'a, bien sûr, pas été choisie au hasard. Sur le Vieux Continent, Huawei continue de susciter la suspicion de nombreux gouvernements et des services de renseignements. Ceux-ci redoutent que ses infrastructures télécoms - en particulier dans le mobile et la 5G - servent de cheval de Troie à la Chine pour espionner ou possiblement interrompre les communications. Le mois dernier, l'UE s'est fendue d'un rapport très méfiant à l'égard du groupe chinois. Sans le citer nommément, Bruxelles a argué que « les menaces provenant des États ou des opérateurs qu'ils soutiennent sont considérées comme de la plus haute importance » car ils « peuvent avoir la motivation, l'intention et plus important encore, la capacité de mener des attaques répétées et sophistiquées sur la sécurité des réseaux 5G ». Dans le sillage de cette enquête, la Commission européenne a promis qu'un document sera bientôt publié. Et qu'il citera, cette fois-ci, les noms des entreprises et des États visés.

Huawei opposé à « un mur de Berlin digital »

En attendant, ce lundi, l'objectif de Huawei était clair : se positionner comme un catalyseur important, grâce à ses équipements de réseaux mobiles, de la numérisation de l'Europe et de ses entreprises. Dans un long discours, William Xu, le directeur du conseil d'administration de Huawei, a estimé qu'il comprenait que l'Europe souhaite, pour les années à venir, assurer sa souveraineté numérique. Mais selon lui, cette ambition ne doit pas déboucher sur la « construction d'un mur de Berlin digital ». Lequel, par exemple, exclurait le groupe chinois du Vieux Continent - à l'instar des États-Unis ou de l'Australie qui ont chassé Huawei du marché de la 5G... Au contraire, William Xu estime que Huawei doit « aider l'Europe à se doter de ses propres infrastructures numériques ».

Soucieux de montrer patte blanche à Bruxelles, Huawei a pu compter, lors de son « Innovation Day », sur la participation de la députée européenne Josianne Cutajar. L'élue maltaise s'est fendue d'un discours, pour le moins classique, sur « l'Europe à l'ère du numérique », estimant qu'avec cette « quatrième révolution industrielle », le Vieux Continent « avait l'opportunité de retrouver son leadership ». Une jolie prise pour Huawei, dont les services de communication ont immédiatement tweeté l'intervention de la députée :

Dans la foulée, Huawei a présenté une étude réalisée par la société Oxford Economics sur son poids économique en Europe. Une manière, pour le groupe, de se présenter comme un acteur somme toute « incontournable ». D'après cette enquête, la contribution de l'industriel chinois au PIB européen est évaluée à 12,8 milliards d'euros. Le groupe de Shenzhen permettrait, de manière directe et indirecte, d'offrir du travail à près de 170.000 personnes.

« Ce rapport montre clairement que Huawei compte parmi les grandes entreprises en Europe », a claironné Abraham Liu, le représentant de Huawei à Bruxelles, dans un communiqué. « [Nos] biens et services innovants aideront l'UE à atteindre ses objectifs » en matière « de souveraineté numérique, en bâtissant un écosystème technologique solide », a-t-il poursuivi. L'opération séduction est rondement menée. Huawei ne lésine décidément pas sur les moyens pour préserver ses positions en Europe.

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Commentaires
a écrit le 05/11/2019 à 11:33 :
"L'empreinte du Dragon" de Jean Tuan chez CLC Editions révèle certains des sales coups du MSS, les redoutables services secrets chinois. Et plonge le lecteur au cœur des luttes impitoyables pour le pouvoir entre dirigeants de Pékin. Un régal ! Derniers exemplaires sur fnac.com et amazon.fr.
a écrit le 05/11/2019 à 8:53 :
J’imagine la conversation entre l’excellent Président XI dont le pays va surclasser définitivement l’impérialisme yankee et ses satellites (Europe, Japon, etc…) et le médiocre ultralibéral hyperatlantiste Macron :
XI : qu’avez-vous à vendre à la Chine communiste M Macron ?
Macron : Des TGV mais je viens de vendre le producteur de TGV (Alstom) aux US suite à des menaces de sanctions financières….et je suis en train de casser la SNCF sur ordre de l’UE…
XI : Donc pour les TGV c’est mort. Mais des TGV on peut vous en vendre, on en a produit 20 000 km en Chine et autant dans le monde. Quoi d’autre ?
Macron : Il y a bien le nucléaire mais après avoir produit des dizaines de centrales nucléaires des années 60 aux années 70, nous n’arrivons plus à produire un réacteur de nouvel génération (EPR), là où vous Chine communiste y parvenez les doigts dans le nez et les verts nous obligent à fermer les centrales nucléaires en France alors qu’elle peuvent encore durer plus de 50 ans sans aucuns risques et je suis en train de démanteler EDF à la demande de l’UE…..
Xi : Donc pour le nucléaire c’est mort. Mais là aussi on peut vous en vendre. Quoi d’autre ?
Macron : Il y a bien les Télécoms où nous étions N°1 mondial de la R&D il y a 25 ans mais depuis sur ordre de l’UE, moi et mes prédécesseurs nous avons cassé l’opérateur historique France Telecom et avons donné Alcatel à Nokia qui à son tour est en train de sombrer face à Huawei….
XI : Donc là aussi c’est mort. Mais Huawei peut vous vendre tout ce dont la France a besoin et l’un de nos 3 opérateurs télécoms publics géants comme China Mobile ou China Telecom peuvent vous racheter FT renommer en l’agrume, d’origine Chinoise, Orange donc. Quoi d’autre ?
Macron : Il y a bien les Airbus ? Alors là je suis sur de moi !
Xi : vous avez raison ! D’ailleurs une grande partie des Airbus sont maintenant produits en Chine communiste, ce qui nous a permis de créer notre propre industrie aéronautique en sortant nos propres avions made in China ! Quoi d’autres ?
Macron : Il y a bien le foie gras, les 400 fromages, le Champagne, le Cognac/Armagnac et les Grands vins de Bourgogne et du Bordelais, ainsi que les parfums et la haute couture, et notre pays est le N°1 en terme touristique.
Xi : Là je suis d’accord et nous avons racheté de nombreux grands châteaux ainsi que Club Med comme des milliers d’hectares de terres en France, et des millions de touristes Chinois viennent en France.
Macron : donc tout va bien ! Et vive l’Europe qui nous a permis de développer la concurrence libre et non faussée et ainsi de casser et privatiser tous nos services publics en France…..et pourquoi ne faites-vous pas la même chose en Chine M. Xi ?
Xi : Je suis désolé M. Macron mais quand je vois le résultat catastrophique de votre politique ultralibérale hyperatlantiste que vous appliquez en France et en Europe en copiant Reagan et Thatcher depuis 35 ans, et quand je vois le succès de notre politique qu’appliquait De Gaulle, Pompidou et Giscard des années 60 et 70, je préfère maintenir notre politique industrielle forte pilotée par l’Etat communiste qui nous réussit à 1000%.
J’ai dit la même chose à M .Trump. Désolé….
Réponse de le 05/11/2019 à 11:54 :
Pertinent vos écrits, j'aime le cas des télécoms, car j'étais la quand tout les pdg n'ont rien compris, alors que c'était visible!

Et ceci est tellement valide sur beaucoup de sujets, que la question de la compétence est a minima, sachant que les uns et les autres sont plutôt lobbyiste du coup c'est celui qui paie le plus qui a raison.......

Il est vrai que ces exemples sont a l'image de "l'élite" du pays, des gens qui ne comprennent rien, n'ont pas de vision, et surtout sont a présent des affairistes de court terme.

Et comme ce serons toujours les mêmes au pouvoir, il faut voir les 20 dernières années pour le comprendre, alors imaginez !!!!!

La seule chose ou il est capable de "businesser ", c'est en prenant l'argent aux petits gens........

Alors difficile d'imaginer autre chose qu'une incompétence et un affairisme qui dit de la société actuelle !
a écrit le 04/11/2019 à 22:22 :
Bon ou mauvais procès fait à Huawei, nous avons Nokia et Ericsson pour faire le job en Europe..
a écrit le 04/11/2019 à 21:06 :
Je veux bien qu'on écarte Huawei pour faire plaisir aux américains mais à condition que leurs Gafas paient leurs impôts normalement. Parceque pour l'instant nous avons une bonne raison d'écarter les Gafas.
a écrit le 04/11/2019 à 19:45 :
Il ne faut pas oublier que la Chine n'est pas un pays démocratique, il n'y a pas d'élections libres, le régime tient grâce à sa formidable réussite économique dans un pays dont la population représente entre un quart et le tiers de la population de la planète.
Ce pays peut racheter l'économie entière de pays sans se serrer la ceinture. L'état tient tout et est paranoïaque concernant sa sécurité militaire,d'où la prudence et la méfiance de mise quand il développe des technologies lui permettant de surveiller tout le monde.
a écrit le 04/11/2019 à 19:36 :
Tout cela montre que le politique s'achète!!? car de fait l’anglicisme dans certains mots de français est la poésie du renard.

Le lobbying a partir de son fonctionnement, finalement se substitue aux politiciens?

Car finalement, au vue des sociétés actuelle, européennes, nous assistons plus a la prise du pouvoir par la finance, les financiers, que l'on peut appeler les "influenceurs".

C'est marrant en com il a le même sens pour repérer les "pépites" enfin les pseudos talents par le volume a la page est effectivement une objectivité que le dffuseurs peut avoir en compte, mais la encore une fois je ne vois pas ou se trouve l'intérêt du citoyen français ou européens en fonction des alliances et surtout de ce qui se dessine.

Après avoir eu les télécoms en conception et en développement des grands géants de 2000. Ils regardent les frérots qui se seraient posées si ils avaient eu la moindre idée du monde d'aujourd'hui......

Alors puisqu'il était le fondamental de garder la technologie, l'architecture, j'ai pu deux fois le constater, pour finir par faire de la lèche a ceux qui l'avaient compris..

Drôle cette histoire, mais a l'image des 20 dernières années, ce n'est plus de la gestion, c'est le syndrome du larbin !!!

Si l'on accepte le développement des opérateurs nationaux a l'international, finalement free qui développe la 5g en Irlande, donc il faut avoir une cohérence des enjeux, ce qui ne me semble plus être le cas.

Fabriqué la techno, ne rien comprendre au développement pour ensuite payer des licences 15 ans après entre interrogations, compromission, lobbying, finalement cet exemple de questionnement pour moi est fantastique !!!
a écrit le 04/11/2019 à 19:10 :
"qui suscite la suspicion de nombreux gouvernements"

Depuis que les américains ont exposé mondialement leurs profonds doutes sinon, juste avant ils ne suscitaient que leur avidité.

Huawei peut bénéficier de cette lobotomie consumériste dont nous autres occidentaux sommes l'objet depuis des décennies, c'est un bon coup à jouer surtout avec des dirigeants européens encore plus inconscients même si pas pour les mêmes raisons. Quoi que vu le niveau actuel...

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