Dans la tempête, le roseau «
plie mais ne rompt pas
». Ces vers de La Fontaine illustrent bien l'état d'esprit de Huawei. Confronté à des sanctions américaines, le géant chinois des télécoms et des smartphones est entré en résistance. À travers le monde, les 194.000 collaborateurs du groupe chinois sont priés de cravacher pour ne pas céder au pilonnage du pays de l'Oncle Sam, qui le soupçonne d'espionnage pour le compte de Pékin. L'état-major de Huawei use d'un langage guerrier pour mobiliser ses troupes.
À Shanghai, dans un des plus gros centres de recherche et développement du groupe, l'appel à résister apparaît dès l'entrée. Dans cette bâtisse ultra-moderne de 880 mètres de long, une grande maquette d'un Iliouchine IL-2, un avion de chasse de la Seconde Guerre mondiale, accueille chaque matin les 15.000 employés. La pancarte est explicite: «
On ne naît pas héros, on le devient.
» Avant de préciser qu'un de ces chasseurs soviétiques, surnommés «
tueurs de chars
» pendant la guerre, a réussi à rentrer à bon port après avoir été criblé d'obus par les forces antiaériennes allemandes
(voir illustration ci-dessous).La volonté est une chose, la réalité économique en est une autre. Aujourd'hui, l'empire de Huawei vacille sous les coups de l'Oncle Sam. Véritable fierté nationale, ce fleuron de la tech chinoise pâtit des sanctions de Washington. La situation du groupe s'est grandement fragilisée depuis que Donald Trump a signé, au printemps dernier, un décret visant à empêcher Huawei de s'approvisionner en technologies américaines. Pendant des mois, le groupe de Shenzhen a clamé que ces sanctions ne l'empêcheraient pas d'aller de l'avant. Qu'il avait anticipé ces attaques et disposait d'un «
plan B
»... Mais la semaine dernière, les obus américains ont sévèrement touché les ailes du dragon chinois. Les balles ont transpercé une de ses activités les plus importantes : celle des smartphones.