Huawei en France : la stratégie de l’enracinement

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Ren Zhengfei, le fondateur et chef de file de Huawei.
Ren Zhengfei, le fondateur et chef de file de Huawei. (Crédits : Aly Song / Reuters)
Malgré les interrogations sur son avenir dans le marché français de la 5G, le géant chinois des télécoms continue d’investir dans l’Hexagone, un pays jugé stratégique pour préserver ses positions en Europe.

L'été dernier, une nouvelle responsable des affaires publiques venue de Chine, Linda Han, est arrivée chez Huawei France. Alors que le groupe faisait - et fait toujours - l'objet d'interrogations sur sa participation au déploiement de la 5G dans l'Hexagone, la lobbyiste détaillait sans ambages sa « mission » : « Ancrer durablement Huawei dans le paysage économique français. » « Aujourd'hui, Huawei songe à élargir ses investissements en Europe, y compris en France, expliquait-elle à La Tribune en septembre dernier. Je ne peux encore vous dire dans quels domaines et avec quels moyens nous pourrions procéder. Mais il s'agit d'une décision stratégique pour le groupe. »

Depuis la semaine dernière, on en sait davantage. Le groupe de Shenzhen a annoncé l'ouverture d'une usine en France. L'investissement est conséquent. Il s'élèvera, selon Huawei, à 200 millions d'euros. Cette usine, la première du groupe située hors de Chine, emploiera à ses débuts 500 personnes. Surtout, elle sera spécialisée dans la production d'équipements 5G pour la France et l'Europe. Ce qui ne manque pas de sel, puisque les opérateurs télécoms français ignorent encore dans quelle mesure ils pourront utiliser Huawei pour déployer la 5G ! Mais ce n'est pas tout. Ce jeudi, Huawei a inauguré son premier « flagship store » à Paris. Situé près de l'Opéra, le vaste magasin doit devenir la vitrine française du groupe, un endroit privilégié pour vanter ses smartphones et divers objets connectés.

L'Europe, un relais de croissance essentiel

Ces initiatives en témoignent : malgré les accusations d'espionnage pour le compte de Pékin des États-Unis et la méfiance à son égard de certains pays du Vieux Continent, Huawei est déterminé à ne pas lâcher le précieux marché européen. Après s'être fait bannir du juteux marché de la 5G outre-Atlantique, le groupe chinois voit dans l'Europe un relais de croissance essentiel. Pour y arriver, la France à son importance. De par la taille de son marché, sa position géographique et son poids politique, elle perçue comme éminemment stratégique. C'est ce qui explique pourquoi le géant chinois veut s'y implanter, s'y enraciner durablement.

Si l'annonce d'une usine constitue un point d'orgue, Huawei n'a pas lésiné sur les moyens et la communication, ces dernières années, pour se faire un nom dans l'Hexagone. En 2017, le groupe chinois a investi les anciens locaux du journal Libération, près de la place de la République, pour faire la promotion d'un nouveau téléphone. Au même moment, il s'offrait les services du footballeur Antoine Griezmann, devenu ambassadeur de la marque. Enfin, un an plus tard, Huawei a choisi Paris pour présenter de nouveaux terminaux haut-de-gamme. Encore une fois, le géant chinois a vu les choses en grand : il s'est offert, en guise de décor, rien de moins que la prestigieuse nef du Grand Palais !

Quand Pékin vient à la rescousse de Huawei

Au regard de ces efforts, Huawei veut éviter, à tout prix, de perdre pied en France. Le sujet apparaît si sensible que Pékin s'en est, il y a peu, mêlé publiquement. Le mois dernier, un porte-parole de l'ambassade de Chine en France s'est dit « profondément choqué et inquiet » d'éventuelles limitations visant Huawei concernant le déploiement de la 5G. Dans un communiqué, il s'est même montré menaçant, indiquant que si le groupe chinois faisait l'objet de discrimination, Pékin pourrait prendre des mesures de rétorsion à l'égard des équipementiers télécoms européens Nokia et Ericsson dans l'Empire du Milieu.

De son côté, le gouvernement français se dit, officiellement du moins, imperméable à cette pression. D'après Le Figaro, l'exécutif serait même agacé de l'important lobbying du groupe chinois. Mercredi, Bruno Le Maire a tenu à mettre les point sur les « i ». Dans un entretien sur BFM Business, le ministre de l'Économie et des Finances a déclaré que les décisions d'investissements de Huawei en France n'influenceront pas les choix du gouvernement, en particulier concernant la place du groupe chinois sur le marché de la 5G. « Il y a une position très claire qui a été prise sur la 5G : nous ne faisons pas de discrimination vis-à-vis d'une entreprise en particulier, qu'elle soit chinoise ou américaine, a affirmé le locataire de Bercy. Mais nous veillons simplement à nos intérêts de sécurité et à nos intérêts stratégiques. » In fine, l'annonce de l'ouverture d'une usine en France « ne modifie pas d'un iota la position du gouvernement sur la 5G », a-t-il renchéri.

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Commentaires
a écrit le 09/03/2020 à 18:21 :
Le choix de la France d'huawei est pertinent, nous sommes tous plus ou moins antiaméricains car leur comportement envers nous n'a pas toujours été correct, comme les négociations en 1918 qui ont permis aux Allemands de se rééquiper, le financement d'Hitler par les banques américaines, les destructions inutiles et tueuses de la fin de la guerre de 40 et leur envie de toujours s'immiscer dans notre politique à laquelle De Gaulle s'est opposé, puis ces procès innommables pour pouvoir récupérer nos entreprises à bas prix, on ne peut en dire autant des Chinois, quand ils achètent une entreprise française ils tentent de la faire perdurer au lieu de piquer brevets, machines et clientèle puis mettre en faillite.
a écrit le 07/03/2020 à 9:33 :
Il a raison, c'est juste un entrepreneur ! Et puis si on veut relocaliser les industries en France, je ne vois pas d'autre moyen. Apple s'est bien installé en Chine
a écrit le 06/03/2020 à 17:57 :
bien
maintenant on va entrer dans le dur, et leur demander de faire des coentreprises qu'il detiendront a 49% et ou ils feront les transfert de technologie
la chine n'est plus un pays du tiers monde, donc on va jouer avec des regles pour adultes, a savoir les regles qu'ils utilisent depuis 30 ans
Réponse de le 07/03/2020 à 18:18 :
Bonjour,

Je me faisais une réflexion un peu similaire : j'ignore si STM produit des composants qui peuvent servir aux produits Huawei, mais c'est peut être l'occasion d'imposer que certains composants clés soient fabriqués en Europe pour éviter les histoire d'espionnages, et ainsi de redévelopper une industrie du composant.

Même si l'Europe n'est pas un acteur majeur dans l'industrie des composants électroniques grand public, il reste deux-trois choses : je pense à STM (je viens de vérifier, elle produit apparemment des circuits pour téléphones portables, et certains types de mémoires), Soitec, et par ailleurs, on arrive bien à produire des composants pour faire des supercalculateurs.

Il y a peut être quelque chose à faire de ce coté, en donnant quelques obligations à Huawei, notamment sur des composants clés par rapport aux risque d'écoutes et qui seraient à produire obligatoirement en France.

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