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Technos & MediasTélécoms

Nokia : le PDG rend son tablier dans un contexte tendu

Photo de Pierre Manière

Pierre Manière

Publié le 02 mars 2020 à 16:57 - Mis à jour le 12 décembre 2024 à 22:49

Rajeev Suri

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L’équipementier télécoms, qui traverse une passe difficile, a annoncé que Rajeev Suri, son chef de file, quitterait le navire au mois de septembre.

Grand chambardement à la tête de Nokia. L'équipementier finlandais, un des champions mondiaux des infrastructures de réseaux mobiles avec le chinois Huawei et le suédois Ericsson, a annoncé aujourd'hui la démission de Rajeev Suri, son PDG. Dans un communiqué, le groupe de télécoms précise que celui-ci rendra son tablier début septembre. Il sera remplacé par Pekka Lundmark, actuel DG du groupe d'énergie finlandais Fortum. Ce dernier connaît la maison : il a passé dix ans chez Nokia de 1990 à 2000, où il a notamment été vice-président de la stratégie et du développement.

Dans le communiqué de Nokia, Rajeev Suri affirme qu'après 25 ans au sein du groupe, il voulait « faire quelque chose de différent ». Reste que beaucoup, dans le monde des télécoms, estimaient son avenir menacé après un exercice 2019 aussi moribond que difficile. Le tournant est intervenu le 24 octobre dernier. Ce jour-là, Nokia publiait ses résultats au titre du troisième trimestre. En parallèle d'un bénéfice net de 82 millions d'euros, l'équipementier surprend bon nombre d'analystes en revoyant nettement à la baisse ses prévisions pour 2019 et 2020. Ainsi, pour l'exercice en cours, il affirme que sa marge opérationnelle se situera à environ 9,5%, contre les 12% à 16% évoqués précédemment. En outre, l'état-major du groupe annonce le gel des versements de dividendes, en attendant que sa trésorerie atteigne les 2 milliards d'euros. Une mesure qu'il justifie par le besoin d'investir davantage dans la 5G.

De fait, Nokia essuie des difficultés à tirer profit de la prochaine génération de communication mobile, dont les déploiements ont débuté à travers le globe. Lors des résultats du troisième trimestre, le groupe, dos au mur, l'a concédé, évoquant « le niveau de coût élevé associé à ses produits 5G ». Pour mettre rapidement ses équipements 5G sur le marché, Nokia a notamment fait le choix, en 2018, de recourir à des puces dites FPGA (Field Programmable Gate Array). « Celles-ci ont l'avantage d'être reprogrammables, explique Sébastien Sztabowicz, analyste chez Kepler Cheuvreux. Comme à l'époque, les standards 5G n'étaient pas encore complètement arrêtés, ces puces pouvaient être reconfigurées plus tard, ce qui permettait à Nokia de commercialiser très tôt ses nouveaux équipements de réseaux mobiles. »

L'ennui, c'est que ces puces coûtent cher. « Une fois les standards arrêtés, Nokia avait prévu de passer sans traîner à des puces dites 'system on a chip', non-reconfigurables mais beaucoup moins chères. Mais leur fournisseur, l'américain Intel, a été incapable de les livrer à temps, et Nokia a accusé un retard de plus de 12 mois dans sa transition produit », poursuit l'analyste. Résultat : « Nokia s'est retrouvé sur le marché avec des produits performants, sans gros problèmes de fonctionnement, mais bien trop coûteux, souligne Sébastien Sztabowicz. Cela a impacté fortement la rentabilité de leurs équipements 5G, et donc leur marge globale. »

Contrats 5G : un difficile équilibre à trouver

Nokia traverse ainsi une passe délicate. L'équipementier finlandais a récolté moins de contrats d'équipements 5G auprès des opérateurs télécoms que ses concurrents. Selon Sébastien Sztabowicz, il en a signé 68, contre environ, et respectivement, 80 et 90 pour Ericsson et Huawei. « Ils ont perdu des parts de marché dans le mobile, poursuit l'analyste. Et ils vont encore en perdre en 2020. » Pourquoi? Parce que d'après lui, « Nokia doit trouver un juste équilibre. Le groupe doit signer des deals pour garantir sa croissance à moyen terme, mais il ne va pas pouvoir saisir toutes les opportunités afin de protéger sa marge à court terme, à cause d'une base de coûts encore élevée sur ses produits 5G. »

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Enfin, l'arrivée de Pekka Lundmark est perçue par certains comme une manière, pour Helsinki, de reprendre la main sur son équipementier, dans un contexte où Nokia et Ericsson suscitent la convoitise des Etats-Unis. « Pekka Lundmark vient de Fortum, dont l'Etat finlandais est l'actionnaire majoritaire », constate un syndicaliste. Il est possible que l'exécutif souhaite, avec cette nomination, montrer qu'il souhaite garder Nokia dans son giron. Reste que Nokia, au capital très éclaté, demeure une proie potentielle. Premier actionnaire de l'équipementier à travers le fonds Solidium, l'Etat finlandais n'en possède que 3,85%. Régulièrement, l'américain Cisco et le sud-coréen Samsung, qui souhaite se développer dans la 5G, sont cités parmi les acheteurs éventuels. Mais beaucoup doutent que le premier se lance dans un raid qui, in fine, diminuerait sa marge globale. Samsung dispose pour sa part d'une importante surface financière. Mais jusqu'à présent, le géant sud-coréen a toujours refusé de grosses acquisitions.

Pierre Manière

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