Pourquoi les États-Unis attaquent les télécoms chinoises

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Meng Wanzhou, la directrice financière et fille du fondateur de Huawei, a été récemment arrêtée au Canada sur demande des États-Unis. L'événement a refroidi les relations, déjà très tendues, entre Pékin et Washington.
Meng Wanzhou, la directrice financière et fille du fondateur de Huawei, a été récemment arrêtée au Canada sur demande des États-Unis. L'événement a refroidi les relations, déjà très tendues, entre Pékin et Washington. (Crédits : Stringer .)
Si le pays de l’Oncle Sam justifie en partie sa fronde à l’égard des équipementiers Huawei et ZTE par des préoccupations liées à la sécurité nationale, il voit également ces industriels comme une menace très sérieuse pour ses intérêts économiques.

Huawei est dans l'œil du cyclone depuis l'arrestation, au Canada mais sur demande des États-Unis, de Meng Wanzhou, sa directrice financière et fille du fondateur du groupe. La dirigeante du géant chinois des équipements télécoms et des smartphones est soupçonnée par la justice américaine d'avoir violé des sanctions américaines envers l'Iran, ce que dément l'industriel. Quoi qu'il en soit, l'événement, qui a récemment refroidi les relations entre Pékin et Washington, n'est que le dernier de la très, très longue liste des déboires de Huawei au pays de l'Oncle Sam.

Ces dernières années, Huawei s'est fait mettre à la porte de nombreux marchés outre-Atlantique. Pêle-mêle, il s'est fait exclure d'un projet de câble sous-marin, du marché des équipements télécoms, et a vu, récemment, son projet de partenariat d'envergure avec l'opérateur AT&T pour distribuer ses smartphones retoqué. Des revers en pagaille qui ont convaincu le champion chinois des télécoms de se retirer purement et simplement des États-Unis au printemps dernier.

Ces derniers mois, ZTE, l'autre cador chinois des équipements télécoms, a essuyé les foudres du pays de l'Oncle Sam. Suite à d'importantes sanctions américaines pour avoir commercé avec l'Iran et la Corée-du-Nord, l'industriel a même été contraint, un temps, d'interrompre ses activités.

Lire aussi : Huawei jette l'éponge aux Etats-Unis

Outre des offensives judiciaires liées à la violation d'embargos, les États-Unis mettent régulièrement des bâtons dans les roues de Huawei et de ZTE en arguant des raisons de sécurité nationale. Washington et une partie de la classe politique américaine redoutent que ces fleurons de l'empire du Milieu utilisent leurs équipements à des fins d'espionnage pour le compte de Pékin. Mais un autre motif, pourtant central, est un peu moins évoqué : celui de la défense des intérêts économiques des États-Unis. Pourtant, c'est aux yeux de nombreux observateurs, la première explication des attaques américaines envers les télécoms et la tech chinoises.

Au printemps dernier, dans les colonnes du Financial Times, Richard Staropoli, ancien directeur de l'information du Département américain de la sécurité intérieure, a signé une tribune éclairante sur la stratégie de Washington à l'égard de Pékin. Lors de sa publication, le 2 avril, les États-Unis et la Chine commençaient à souffler sur les braises d'une guerre commerciale en taxant leurs produits respectifs. Richard Staropoli affirmait alors que les États-Unis allaient bientôt « cibler clairement l'industrie de la tech chinoise ». L'actualité et la fronde américaine à l'égard de Huawei et de ZTE lui ont, semble-t-il, donné raison.

La menace du programme "Made in China 2025"

Richard Staropoli expliquait, dans sa tribune, qu'en ciblant ces entreprises, le pays de l'Oncle Sam voulaient mettre à bas le programme "Made in China 2025", « que les États-Unis considèrent comme une menace directe pour l'hégémonie économique américaine ». Sachant que ce programme vise à faire de la Chine une référence mondiale en matière d'innovation et de nouvelles technologies. Un des piliers de la stratégie de l'empire du Milieu repose sur le développement des futurs réseaux mobiles 5G. Aux yeux de Pékin, cette technologie de communication, qui permettra de connecter tous les objets qui nous entourent, constitue le terreau essentiel pour développer les géants du Net de demain. Voilà pourquoi Huawei et ZTE, qui sont devenus de vrais leaders mondiaux dans ce domaine, sont si stratégiques aux yeux de Pékin. Et que, a contrario, ils sont perçus comme un danger par Washington, qui craint de perdre son leadership technologique et économique.

Dans sa tribune, Richard Staropoli affirmait que l'administration Trump ferait tout pour ralentir les efforts de la Chine dans la 5G. La Maison-Blanche a mis en place une stratégie pour « perturber l'accélération subventionnée du gouvernement chinois dans le monde du mobile », expliquait-il. On peut, sous ce prisme, se demander si les États-Unis n'ont pas choisi délibérément de nuire à Huawei et à ZTE, par tous les moyens, pour préserver leurs intérêts économiques.

Gros lobbying anti-Huawei des États-Unis

Si les inquiétudes que font courir Huawei et ZTE en matière de sécurité sont réelles et prises au sérieux par un nombre croissant de pays (dont la France), lesquels n'hésitent pas, parfois, à les bannir, il n'en reste pas moins vrai que les efforts déployés par les États-Unis pour freiner l'essor de ces groupes interpellent.

Le mois dernier, Washington a d'ailleurs, selon le Wall Street Journal, lancé une campagne de lobbying pour convaincre ses alliés (notamment l'Allemagne, l'Italie ou le Japon) de bouder les équipements de Huawei, en arguant qu'ils constituent une menace pour la sécurité des communications.

Lire aussi : Comment l'Etat tente de préserver ses intérêts souverains face à Huawei

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Commentaires
a écrit le 25/12/2018 à 15:56 :
les modèles intrusifs chinois (jusqu'8 niveaux pour l'instant) sont d'une très grande habileté (si on peut dire ça de systèmes quasi diaboliques.)
a écrit le 24/12/2018 à 19:20 :
Pourquoi ne pas dire que les USA reprochent la Chine ce qu eux font ou ont fait pendant des decennies avec l appui discret leur geant de la Hi-Tech?
a écrit le 11/12/2018 à 14:25 :
Les américains ont peur que les chinois peuvent avoir accès aux information qui passent par les appareils de Huawei et qu'ils perdent le monopole qu'ils ont dans ce domaine.
a écrit le 11/12/2018 à 13:01 :
Inquiétante dérive américaine dont la France a été la principale victime au début ! D'Alcatel à Alstom, il y avait de quoi réagir ! De quoi casser les concurrents US sur notre territoire (global, pacifique inclu) ! Nous interdire la vente d'avions, les différents contrats d'exploitation gazière, la vente de voitures, avec l'Iran et tout pays que les USA veulent soumettre, il y a vraiment de quoi se fâcher, non ? La France et l'UE auraient dû prendre des mesures fortes .. mais rien ! Les japonais, constatant la mollesse française, veulent aussi en profiter avec Renault-Nissan.
J'espère que les Chinois feront écrouler la production américaine en interdisant de plsu en plus de ses produits sur leur territoire et en pesant sur les pays voisins (ou liés par gros contrats) pour qu'ils en fassent autant ... Un effet boomerang et mérité.
Mais l'absence de direction indépendante en France et à l'UE est inquiétante pour notre économie, y compris pour le Brexit où je sens que certains vont encore lâcher nos intérêts.
a écrit le 11/12/2018 à 6:41 :
Hier je suis rentre plus tot du taf et oh ! surprise, j'ai surpris la femme de menage ecouter a la porte du bureau de mon epouse. Elle est chinoise, l'angoisse.......
a écrit le 10/12/2018 à 20:41 :
hey, maintenant qu'ils sont en pointe dans de nombreux domaines, pas question de dependre d'eux et de leur acheter leurs produits comme ca!
on veut des coentreprises ou ils detiennent 49% et font les transferts de technologies!
le balancier va aller dans l'autre sens!
tables turned!
a écrit le 10/12/2018 à 19:09 :
les technologies de communications sont depuis longtemps une arme à la fois économique, politique, technologique. C'est un marché important en terme de business, c'est la possibilité d'implanter des mouchards chez les autres, et devenir le leader en terme de norme donne aussi un avantage concurrentiel important.


Les chinois ne font / veulent faire, que la même chose que les autres, ni plus ni moins.
- être leader sur les normes et standards utilisés, pour fixer les règles du jeu
- pouvoir espionner les autres
- être leader sur le marché pour gagner de l'argent

on trouve toujours ça bien quand c'est soi même, et dangereux que ce sont les autres. C'est comme l'ingérence internationale et l'ONU : c'est bien quand c'est nous qui commandons les autres
.
a écrit le 10/12/2018 à 19:04 :
Bon article sur la concurrence multiforme dans l'industrie des télecom. Snowden nous en a fait connaître les dangers et les enjeux. Ben Laden a été repéré grâce aux mobiles de ses correspondants. MBS a bien été écouté sur l'assassinat de Kashogi. Toutes les communications numériques sont enregistrées. Elles sont décryptées à la demande. Les américains sont bien les seuls a se sentir profondément concurrencés par les progrès chinois. Les européen se bercent d'illusion et profitent innocemment du made in China tellement bon marché.
a écrit le 10/12/2018 à 18:37 :
Les champions de l'espionnage c'est Amazon, Google, Microsoft, Facebook. Cette histoire d'espionnage n'est qu'un prétexte. Les chinois n'ont plus qu'à se mettre à niveau sur les semi-conducteurs (une affaire de 5 ans pas plus ) et ils dépassent technologiquement les usa, ni plus ni moins. Les usa restent dans la logique " the winners take all", c'est trop facile. Les chinois bossent pour arriver là où ils en sont, eux.
Réponse de le 10/12/2018 à 22:49 :
Je me répond à moi même.
Déjà pour dire que je suis entièrement d'accord avec moi et sinon pour signaler que la Chine vient d'interdire la vente de nombreux modèles d'iphones en Chine.
https://www.igen.fr/iphone/2018/12/qualcomm-obtient-linterdiction-de-la-vente-de-4-generations-diphone-en-chine-maj
Réponse de le 11/12/2018 à 5:45 :
D'autant que les Chinois sont très actifs sur la reprise d'entreprises françaises moribondes. Qu'il s'agisse de spin off ( 3S Photonics/Alcatel, Ommic/Philips) ou de start up (Almae/Thales-Nokia) pour les composants haute fréquence, dont les recherches ont été financées sur des dizaines d'années. Les capacités de R&D publiques sont énormes en comparaison des débouchés du secteur en France, les entreprises chinoises n'ont qu'à se servir à bas coût et utiliser le CICR et les compétences des ingénieurs Télécom. et physiciens.
Réponse de le 11/12/2018 à 6:07 :
Lire CIR, Credit Impôt Recherche et non CICR !
a écrit le 10/12/2018 à 16:50 :
Il n'y a pas que les chinois qui espionnent.
Les Américains "USA" sont champions. c'est comme pour donnés des leçons sur les pays qui ont l'arme nucléaire. beaucoup de pays du monde l'on même les états unies.
https://www.liberation.fr/planete/2015/06/29/espionnage-economique-le-sale-jeu-americain_1339635

Le gouvernement pleure parce que Huawei est passé devant Apple.

Nous sommes tous espionnés par tous. je ne parlerais pas aussi de HADOPI…..

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