Alors que le projet d’A69 mobilise des centaines de zadistes dans le Tarn, de l’autre côté de la France, un autre projet d’autoroute vient de franchir une étape décisive. L’État entre en discussions exclusives avec Eiffage et APRR pour la construction et l’exploitation de la liaison autoroutière entre les communes de Thonon-les-Bains et Machilly en Haute-Savoie. Et ce malgré une opposition historique de plusieurs associations et de Genève.C'est un dossier vieux de près de 40 ans, et aux multiples rebondissements, qui vient d'avancer de manière significative. Le Ministère de la Transition écologique et de la cohésion sociale entre en négociations exclusives avec le groupement constitué de l'entreprise de travaux publics Eiffage (chiffre d'affaires 2022 : 20,3 milliards d'euros ; 76.300 salariés) et de l'exploitant de réseaux autoroutiers APRR (chiffre d'affaires 2022 : 2,6 milliards d'euros ; 3.500 salariés) pour la construction et l'exploitation d'une liaison autoroutière (2X2 voies) de 16 kilomètres environ.
Cette infrastructure, baptisée A412, doit permettre de relier les communes de Machilly et de Thonon-les-Bains en Haute-Savoie. Avec parmi les enjeux affichés par l'État et le Département de Haute-Savoie, très impliqué dans ce dossier : désenclaver ce territoire du Chablais, un territoire limitrophe de Genève et en bordure du lac Léman, qui regroupe près de150.000 habitants, avec comme villes principales Thonon-les-Bains, Évian, Morzine et Sciez... Mais aussi fluidifier, in fine, le trafic entre la Suisse et Thonon-les-Bains.
Le coût est estimé entre 200 et 300 millions d'euros, à la charge entière du délégataire. Sans subvention publique donc (malgré l'enveloppe budgétée depuis l'année dernière de 100 millions d'euros par le Conseil Départemental de Haute-Savoie). Et sans calendrier officiel pour le moment, ni communication sur la tarification qui attend les usagers.
Le projet de contrat de concession sera soumis à l'autorité de régulation des transports et du Conseil d'Etat pour une signature définitive à l'été prochain. En parallèle, le Département a d'ores et déjà acté les travaux de raccordement de cette autoroute concédée, pour un montant évalué à environ 200 millions d'euros.
Un développement économique local pénalisé
Quatre décennies de lobbying des élus locaux et des acteurs économiques du territoire auront été nécessaires pour en arriver là : une première déclaration d'utilité publique émise en 1995, puis annulée par le Tribunal administratif. Puis une seconde en 2006, également retoquée. La dernière, en date de 2019, est elle restée valide et elle a été confortée l'année dernière, par un vote de l'Assemblée Nationale permettant d'intégrer ce projet dans le plan local d'urbanisme intercommunal du Bas-Chablais.
Stéphanie Gallo Triouleyre