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"L'encadrement des loyers est indispensable à Paris"

Photo de Mathias Thépot

Mathias Thépot

Publié le 10 septembre 2014 à 09:11 - Mis à jour le 24 octobre 2014 à 14:04

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Dans un entretien accordé à La Tribune, Ian Brossat, adjoint au maire de Paris en charge du logement, revient notamment sur le pacte que compte passer la capitale avec les promoteurs immobiliers pour optimiser la construction de nouveaux logements.

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La Tribune - L'encadrement des loyers s'appliquera donc à Paris. Aura-t-il une influence significative sur le marché de la location dans la Capitale. Et aurait-il dû selon vous être maintenu sur tout le territoire du Grand Paris ?

Ian Brossat - L'encadrement des loyers est indispensable à Paris car l'augmentation de l'offre ne suffira pas, à elle seule, à diminuer les loyers. Il est par ailleurs logique que d'autres communes limitrophes de Paris, qui connaissent une gentrification [embourgeoisement des quartiers populaires] importante comme Montreuil, demandent son application. D'autant que l'Observatoire des loyers de l'agglomération parisienne (Olap) possède les données nécessaires pour que cette mesure soit appliquée sur toute l'agglomération. ‎

Les investisseurs vont-ils fuir Paris à cause de cette mesure ? C'est un argument que l'on entend souvent chez les plus fervents opposants à l'encadrement des loyers...

L'encadrement des loyers à Paris ne représente pas une contrainte insurmontable pour les investisseurs. Depuis un moment déjà, personne ne doute du fait que cette mesure serait appliquée à Paris. Et il y a un consensus autour de l'idée que le niveau des loyers actuels est incompatible avec les revenus des ménages parisiens. Du reste, nous travaillons en parallèle sur d'autres éléments susceptibles de répondre aux attentes des acteurs du logement comme la simplification des normes d'urbanisme.

Comment atteindrez-vous la promesse d'Anne Hidalgo de produire 10.000 logements par an ?

Concrètement, l'objectif de relancer de manière dynamique la production de logements à Paris renvoie à la question de la mobilisation du foncier. Que ce soit celui de la ville, de l'Etat avec lequel quelques opérations seront - je l'espère - amorcées d'ici la fin de l'année, et des entreprises publiques comme la SNCF, RFF, l'APHP ou la RATP qui sont de gros propriétaires fonciers. Nous avons par exemple déjà identifié 2.000 logements constructibles au dessus des dépôts de bus de la RATP.

Nous devons par ailleurs réfléchir à relancer l'accession à la propriété à des niveaux de prix non prohibitifs. Cela suppose que nous rendions la charge foncière moins chère. La collectivité ferait son choix entre les différents projets en fonction de leur qualité et non du meilleur prix proposé.

Justement, comment rendre la charge foncière moins chère pour les acteurs de la construction ?

Il y a deux solutions clairement identifiées. La première : dissocier le foncier du bâti, ce que la loi ALUR permet désormais avec le BRILO (bail réel immobilier relatif au logement). La deuxième : élaborer un pacte avec les promoteurs, un peu comme l'ancienne maire de Saint-Ouen Jacqueline Rouillon (Front de Gauche) l'avait fait. Concrètement, un tel pacte suppose que nous vendions les terrains aux promoteurs à des prix réduits sous condition que les logements construits soient commercialisés à prix abordables pour les Parisiens.

La dissociation du foncier du bâti sera-t-elle vraiment efficace? On voit qu'à Londres où ce type de procédé est très utilisé, les prix explosent...

Certes, mais la dissociation du foncier du bâti est quelque chose qui n'a jamais été essayé à Paris. Ce concept reste très intéressant et permet de faire baisser les prix pour l'acquéreur du logement. C'est une des pistes que nous souhaitons explorer. Un atelier composé d'experts chargés d'y réfléchir sera dans ce cadre lancé le 15 septembre prochain par la Ville de Paris.

N'est-il pas vain à Paris de tenter de réduire le coût réel du logement pour ses habitants au regard de l'offre limitée et de la demande illimitée ?

On ne peut pas observer la situation sans réagir. Paris est une des villes qui en valeur absolue construit le plus en France. Mais évidemment pour rattraper la demande, il faut déployer des efforts considérables. Bien entendu, on ne résoudra pas le problème du logement à l'échelle de Paris intramuros, mais Paris doit prendre ses responsabilités et surtout pas se défausser sur les communes voisines. Une telle politique serait inconcevable.
La Capitale doit susciter un effet d'entraînement. Nous devons donner l'exemple, être moteurs en matière de production de logements à l'échelle de la métropole. Avec Anne Hidalgo nous avons été élus pour cela.

A partir du 1er juillet 2015, la Ville de Paris taxera les bureaux vides à hauteur de 20% de leur valeur locative la première année, de 30% la deuxième et de 40% la troisième. Pour quelles raisons instaurer une nouvelle taxe ?

Nous ne ferons en fait qu'appliquer une disposition sur les bureaux vacants qui est déjà prévue par le code des impôts. Elle n'avait pas été activée à Paris jusqu'à présent. Je souligne que l'objectif de cette taxe n'est pas de remplir les caisses, mais bien de stimuler la transformation de bureaux en logements. Nous voulons transformer 200.000 mètres carrés de bureaux en logements durant la mandature, ce qui représentera environ 4.000 logements.
Pour faciliter ces transformations, nous n'hésiterons pas à faire évoluer quelques normes qui pourraient bloquer les opérations, comme par exemple le nombre de places de parking minimum par logement aujourd'hui prévu par le PLU.
Cet objectif est largement atteignable car la plupart des bureaux obsolètes, souvent situés dans les arrondissements du centre de Paris, sont d'anciens immeubles de logements. Par ailleurs, ces arrondissements sont aussi les plus déficitaires en logements sociaux. Il est donc d'autant plus intéressant de les transformer en habitations.

Vous avez aussi promis de mobiliser les logements vacants, dont le nombre est évalué à plusieurs dizaines de milliers dans la capitale...

Conformément à nos engagements, nous allons créer une agence « Multiloc », associant acteurs publics et privés, qui nous permettra de mobiliser le parc de logements vacants à Paris en donnant des garanties aux propriétaires. Ce, en échange de loyers fixés entre 18 et 20 euros du mètre carré. L'objectif est de mobiliser grâce à l'agence 600 logements la première année pour monter en puissance ensuite.

Mathias Thépot

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