L'encadrement des loyers fonctionne, et ce n'est pas surprenant

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Environ 30% des nouveaux emménagés à Paris en 2015 ont bénéficié d'une baisse de loyer.
Environ 30% des nouveaux emménagés à Paris en 2015 ont bénéficié d'une baisse de loyer. (Crédits : Charles Platiau/Reuters)
Beaucoup de locataires ont vu leur loyer baisser à Paris depuis l'instauration de l'encadrement des loyers. La capitale reste, qui plus est, attractive pour les investisseurs. Jusqu'ici cette mesure semble donc être une réussite.

Un an après l'entrée en application de l'encadrement des loyers, dont le périmètre a jusqu'ici été restreint à Paris intramuros, l'heure est au premier bilan. Et force est de constater que celui-ci est bon pour les locataires parisiens. En effet selon l'Observatoire des loyers de l'agglomération parisienne (Olap), 30 % des nouveaux emménagés à Paris en 2015 ont bénéficié d'une baisse de loyer, une proportion inédite qui n'atteignait que 20 % en 2014 et seulement 7 % en 2013.

Instauré pour réduire les abus de certains propriétaires, l'encadrement des loyers était la mesure phare de la loi Alur du 24 mars 2014, portée par l'ex-ministre du Logement Cécile Duflot. Elle impose désormais qu'à l'occasion de la signature d'un nouveau bail ou lors d'un renouvellement, le loyer d'un logement ne puisse dépasser de 20 % un loyer de référence fixé par arrêté préfectoral, ni lui être inférieur de plus de 30 %. Le propriétaire-bailleur peut, certes, déroger à la règle par le biais d'un complément de loyer, mais uniquement si le logement qu'il loue possède une caractéristique exceptionnelle de localisation ou de confort.

Les investisseurs toujours intéressés...

Pour l'instant, la mesure est donc un succès à Paris pour les locataires... et ne semble pas avoir affecté l'appétit des investisseurs, malgré les moult mises en garde des professionnels du secteur de l'immobilier, qui craignaient des « conséquences ravageuses » sur le marché. Ainsi, Paris est désormais, avec Bordeaux, la ville la plus attractive pour réaliser un investissement locatif en France, selon un sondage Opinion Way pour le réseau immobilier Guy Hoquet, réalisé auprès d'un panel d'investisseurs. En un an, la capitale est même remontée de la cinquième à la deuxième place du palmarès des villes où investir. Des forces de marché bien plus puissantes que le simple encadrement des loyers sont en fait à l'œuvre.

D'abord parce que les critères de rentabilité à court terme sont moins déterminants à Paris qu'ailleurs. Depuis le début du siècle, les prix ont augmenté davantage que les loyers dans la capitale, ce qui a réduit mécaniquement la profitabilité de l'investissement locatif parisien. Pourtant, Paris a accru son attractivité sur cette période, et les investisseurs voient « toujours dans la pierre parisienne un investissement rassurant et de long terme », indiquait à l'AFP Serge Bussat, un agent immobilier Guy Hoquet à Paris. « Il s'agit d'un marché tendu et dynamique, marqué par une forte demande et un manque d'offre, qui assure aux investisseurs de louer leur bien », ajoute-il.

Réduire les abus

Ensuite, il faut reconnaître que l'encadrement des loyers n'a pas été instauré pour abaisser tous les loyers mais bien pour réduire les abus. En effet, la mesure ne fait qu'interdire les loyers qui sont de 20 % supérieurs à un loyer de référence déterminé par quartier et par type de bien (vide ou meublé, nombre de pièces, surface, ancienneté). Et cela se voit dans les chiffres : certes les loyers ont baissé en 2015 pour 30 % des nouveaux emménagés parisiens, notamment grâce à l'encadrement. Mais en parallèle, les loyers des nouveaux contrats de location parisiens sont restés globalement en hausse d'1,6 % par rapport à 2014, à 24,80 euros le mètre carré en moyenne. Il n'y a donc pas de baisse du niveau moyen des loyers à Paris, au contraire, mais bien une baisse du nombre de loyers abusifs. Jusqu'ici, la rentabilité des bailleurs qui ne pratiquent pas des loyers abusifs n'est donc pas inquiétée par l'encadrement.

Des loyers de référence élevés

Par ailleurs, il n'y a qu'à se rendre sur la plateforme internet du gouvernement dédiée à l'évaluation des loyers, pour se rendre compte que le niveau des loyers de référence reste relativement haut, notamment pour les petites surfaces - qui sont par ailleurs connues pour être les plus rentables à Paris. La loi s'attaque donc bien à des loyers abusifs. Des loyers qui le plus souvent pèsent très lourd sur le budget des locataires, et qui ont pour effets pervers de réduire significativement leur capacité à épargner et à consommer autre chose que de l'immobilier.

Il y a là un débat majeur : sachant que le logement est un bien de première nécessité, les locataires sont prêts à y consacrer une part très importante de leurs revenus. Faut-il alors laisser se développer des pratiques fixant des loyers indécents, avec des conséquences sociales et économiques potentiellement néfastes, au seul titre du respect d'une loi du marché impitoyable qui accroît les rendements à court terme quand les déséquilibres le permettent ?

Paris, une ville très dense

Les tenants d'une ligne plus libérale expliquent certes que ce n'est pas par un excès de régulation que l'on fait baisser les prix ou les loyers, mais par un accroissement significatif de l'offre de logements... mais pour Paris intramuros, cet argument reste très limité, car la capitale française est la grande ville occidentale la plus dense au monde. Avec un parc de près d'1,4 million de logements, il est très difficile d'y construire significativement plus - la mairie de Paris a pour objectif de mettre 10.000 nouveaux logements à dispositions des parisiens chaque année sur le marché - et d'influencer significativement le marché.

Le débat devrait en fait se régler au niveau de la petite couronne, où le gouvernement compte, pour plus de cohérence, étendre l'encadrement des loyers à 400 villes des trois départements de la petite couronne parisienne (Hauts-de-Seine, Seine-Saint-Denis, Val-de-Marne). L'Olap possède déjà, comme pour Paris, les données suffisantes pour fixer les fameux « loyers de référence » par quartier et par type de bien. Et alors que la métropole se développe et vise à réduire les déséquilibres sociaux, territoriaux et fiscaux en son sein, réduire les loyers abusifs en grande couronne n'aurait rien d'absurde.

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a écrit le 02/08/2016 à 15:14 :
Il faudrait déjà supprimer les HLM dans Paris : oui il s'agit d'un marché très particulier verrouiller etc. donc inutile de rajouter des HLM en plus !!!
=> les ménages "moyens" n'ont pas la capacité financières d'habiter à Paris, seuls les aisés et les pistonnés en HLM l'ont
=> les HLM de Paris servent principalement à loger les copains du maire, les députés et leur famille, etc.
Réponse de le 02/08/2016 à 19:01 :
"les HLM de Paris servent principalement à loger les copains du maire, les députés et leur famille" : l'ère Chirac, Tiberi, c'est fini ...
a écrit le 02/08/2016 à 12:37 :
Les "professionnels de l'immobilier" (notaires, agents immobiliers, investisseurs immobiliers..) qui annoncaient l'apocalypse, provoquée par cette incompétente, idiote de Duflot (je ne fais que reprendre les insultes...) sont ils eux m^me des incompétents ? Je ne crois pas ! Ils n'ont joué que leur propre intéret,. Ils sont donc compétents pour faire de l'argent à court terme sur des ventes. mais surtout incompétents, pas fiables, sans scrupules, quand il s'agit de l’intérêt national (macro économie, intéret des populations, gestion de l'urbanisme...).
a écrit le 02/08/2016 à 9:21 :
Mais c'est vrai, la loi de 1948 a aussi bien joué son rôle au début. Seulement, on en voit le résultat aujourd'hui. Nos élus n'ont visiblement rien appris, l'important à leurs yeux est qu'ils soient élus...
a écrit le 02/08/2016 à 8:54 :
Mon frère a voulu faire baisser son loyer lors du renouvellement de bail et apparemment ce n'est plus possible avec une disposition de la loi Macron. Cela ne marcherait que pour les nouveaux baux, ce qui limite considérablement la mesure vu que les agences n'ont aucun scrupule à fixer des loyers bien plus élevés que le prix de référence étant donné la demande bien supérieure à l'offre dans ce secteur.
a écrit le 01/08/2016 à 18:10 :
Je croyais que ça allait être l'apocalypse moi.
a écrit le 01/08/2016 à 17:40 :
La mesure est très bonne et doit être étendue et pourtant c'est une mesure de gauche ....
Il faut aussi inciter fortement les administrations publiques dont l'activité n'est pas directement liée à Paris à se délocaliser en province dans les régions à foncier peut coûteux. Pour les entreprises, elles devraient le faire d'elles même pour réaliser des économies sur le foncier et pouvoir proposer des salaires 15% plus bas à leurs employés donc gagner plus d'argent !
Réponse de le 01/08/2016 à 19:06 :
couper trop dans les dépenses est déflationiste et pourrait entrainer le pays dans une grave dépression,est ce cela que vous voulez vraiment?
Réponse de le 02/08/2016 à 10:34 :
@Emmanuel_R: jouer les salaires à la baisse est complètement idiot. Penses-tu qu'un quidam va rester dans une entreprise qui le paie 15% de moins pour le même travail ? La concurrence avec les Chinois est dure, d'autant plus qu'ils sont 1,5 milliard et que la France compte seulement 66 millions d'habitants. Alors, on est 3, ils sont 100 000, on fait quoi ? On les encercle :-)
a écrit le 01/08/2016 à 16:48 :
C'est une mesure d'urgence mais le problème, c' est la surpopulation en île de France.
17 millions de personnes agglutinées sur 50 Km2 , est-ce raisonnable. Les gouvernements
ont abandonné depuis longtemps une politique volontariste de décentralisation.
Il y a des régions entières dépeuplées. Avec internet, les liaisons rapides, est-il encore
pertinent de résider dans la région parisienne?
Réponse de le 02/08/2016 à 10:50 :
Le dernier recensement ne comptait que 12 millions de Franciliens.
a écrit le 01/08/2016 à 16:16 :
Oui et surtout que les investisseurs comme vous dites, en gros les gens qu'on du pognon donc, n'ont pas vraiment le choix puisque de toutes façons le marché de la location est appelé à perdurer car avec la baisse du pouvoir d'achat des gens, acheter devient de plus en plus difficile surtout quand vous voyez que pour 500000 euros vous avez un vulgaire pavillon en banlieue parisienne tandis que par chez nous vous pouvez acheter un château.

Je pense plutôt que nous atteignons une limite des prix, si encore les salaires suivaient mais ces derniers stagnent ou baissent et le Qatar et la mafia russe ne peuvent pas tout acheter quand même...
Réponse de le 02/08/2016 à 9:38 :
@citoyen blasé: "mafia russe" ?? Serais-tu en train de nous dire que le gouvernement est complice de blanchiment d'argent et de laisser-aller en matière de contrôle de l'immigration ?
Réponse de le 02/08/2016 à 11:57 :
Tous les politiciens sont compromis, Front National inclus les preuves ne manquent plus, compromission directe comme avec sarkozy ou bien indirecte comme avec Hollande qui laisse nuire la finance dont les liens avec la mafia ne sont plus à prouver.

Quand le front national sera aux affaires certes les bénéficiaires de ces magouilles changeront mais ce seront toujours les magouilles qui dirigeront la politique.

C'est la politique professionnelle, parce que achetable, qui est en train de tous nous faire crever.

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