Paris contre Saclay : la bataille des campus a commencé

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La Ville de Paris veut développer les services pour les étudiants.
Bertrand Delanoë lance une consultation sur l'aménagement du "campus" de la capitale. La mairie de Paris promeut le concept d'un "grand quartier latin" qu'elle souhaite plus attractif pour les 600.000 étudiants franciliens que le modèle américain défendu par l'Etat sur le plateau de Saclay.

La Ville de Paris a décidé de mettre en avant son action pour ses campus universitaires face à la politique gouvernementale. Un comité de pilotage va être créé avec les quatre pôles de recherche et d'enseignement supérieur (PRES) parisiens (Sorbonne Universités, Sorbonne Paris Cité, Hesam et Paris Sciences et Lettres-Quartier latin) et une consultation sur l'aménagement du "campus de Paris" va être lancée, a annoncé hier la municipalité.

Un architecte-urbaniste, aidé par une "équipe pluridisciplinaire" doit être désigné au deuxième trimestre 2011 dans le cadre d'un appel d'offres afin de mener une "mission globale de définition et de proposition d'interventions dans l'espace public valorisant Paris comme Ville Université". Après constats des forces et faiblesses du campus parisien, "il fera ses recommandations à la fin du premier trimestre 2012", a précisé Jean-Louis Missika, adjoint au maire de Paris chargé de l'innovation, de la recherche et des universités.

Campus à l'américaine pour Saclay, un grand "quartier latin" pour Paris

En clair, selon Anne Hidalgo, première adjointe au maire de Paris chargée de l'urbanisme et de l'architecture, il s'agit "d'offrir aux étudiants des équipements et des services qui se traduisent par les moyens mais aussi par la transformation de l'espace public". Et Didier Guillot, adjoint chargé de la vie étudiante, de préciser : "Nous voulons mettre en valeur l'idée d'un campus qui fait sens. Alors que la ministre de l'Enseignement supérieur, Valérie Pécresse, veut développer des campus à l'américaine, fermés et loin des centres-villes, modèle qui a prévalu en province dans les années 60, nous pensons au contraire que l'université fait sens avec la ville."

"Ouvrir les universités sur la ville est aussi notre idée", approuve Jean-Charles Pomerol, président de l'université Pierre et Marie Curie (Paris 6). Pour "repenser l'espace public en tenant compte de la vie de campus", la mission se concentrera sur trois axes : l'identification des périmètres des différents pôles universitaires ; l'aménagement de l'espace publique (signature urbaine du territoire, aménagements spécifiques sur les sites, services numériques, circulation facilitée entre sites) ; et enfin l'événementiel.

La Ville de Paris compte vendre l'idée d'un "grand quartier latin" incluant des extensions vers le futur campus de Condorcet Paris-Auvervilliers au Nord et vers la cité internationale universitaire, la ZAC Paris Rive-Gauche et Ivry au Sud, sans oublier, à l'Ouest, Paris Dauphine et son projet de pôle financier à la Défense. Pour l'heure, l'enveloppe financière n'a pas encore été fixée mais la Ville de Paris, qui dispose de 8,5 milliards d'euros de budget d'investissement pour la mandature (2008-2014) est en mesure de financer le projet, a assuré Anne Hidalgo.

La moitié des 600.000 étudiants franciliens sont à Paris

L'organisation de l'enseignement supérieur parisien est devenu un véritable enjeu politique. Alors que le gouvernement a fait de l'économie de la connaissance l'une de ses priorités et s'attelle depuis 2007 à réorganiser l'enseignement supérieur et la recherche en multipliant les actions (loi LRU sur l'autonomie des universités, opération campus, regroupements en pôles, grand emprunt...), la bataille est à Paris à la hauteur de la densité du paysage universitaire local : 8 universités intra-muros, 300 établissement d'enseignement supérieur, 300.000 étudiants (soit 50 % des effectifs franciliens), 16.000 chercheurs et enseignants-chercheurs (soit 20 % de la recherche publique française)... Une telle densité est un atout mais aussi une source de complexité et de rivalités. Face à l'impossibilité de créer un seul et immense campus et aux difficultés des acteurs à se mettre d'accord dans le cadre de l'opération campus, lancée en février 2008, Valérie Pécresse avait commandé un rapport sur l'immobilier universitaire parisien à Bernard Laourrouturou et sommé les universités de se regrouper en PRES. C'est désormais chose faite.

Mais chaque PRES parisien ayant son propre schéma directeur d'aménagement, auxquels s'ajoutent désormais les projets d'initiative d'excellence dans le cadre du grand emprunt, la Ville de Paris devra donc composer avec l'Etat et les PRES pour mettre en application son projet. "La situation est compliquée. Nous devrons mener un travail de concertation avec les autres démarches en cours", a reconnu Jean-Louis Missika. "Il y a beaucoup de potentiel. Nous devons jouer sur l'existant pour développer des zones piétonnes et faciliter la mobilité entre universités, approuve Louis Vogel, président du PRES Sorbonne Universités (Paris 2,4 et 6). Mais une coordination sera nécessaire entre la Ville, l'Etat et les PRES car tout est imbriqué."

"On court après une Chimère"

Dans l'attente des subsides de l'opération campus, dont la répartition n'est même pas encore entièrement fixée, l'annonce de la Ville de Paris est plutôt bien accueillie par les universités. Mais, tempère Laurent Batsch, le président de l'université Paris Dauphine (Paris 9), qui ne fait partie d'aucun PRES, s'il est utile d'améliorer la fluidité de circulation entre les lieux universitaires, la qualité de la vie étudiante ou encore de créer une identité : "Il ne faut pas que ce grand quartier latin émerge au détriment des autres quartiers intégrant des établissements d'enseignement supérieur" (rive droite, Boulogne, Meudon...). Surtout se pose la question de l'application même du concept de "campus", dont les définitions varient selon les circonstances, au cas particulier de Paris. "On court après une chimère", estime, fataliste, Laurent Batsch.

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a écrit le 02/10/2011 à 21:09 :
L'angoisse de la mairie parisienne, c'est de se retrouver avec un centre ville remplie de jeunes cadres travailleurs, pendant que les étudiants créeront des lieux d'animation plus dynamiques aux portes de la ville.

Les tendances actuelles vont dans ce sens. Et au prix du mètre carré actuel, créer les logements étudiants nécessaires à leur projet aura un coût économique monstrueux.
A voir si Paris aura les moyens de mettre cet argent sur la table sans se saigner à blanc pour d'autres projets....du fait du centralisme français, ce n'est peut être pas impossible.

Par contre le Paris famillial, avec des enfants semble une époque révolue. Les écoles y ferment à tour de bras...
a écrit le 01/03/2011 à 14:38 :
Il faut décentraliser autrement on reste petit.
Réponse de le 01/03/2011 à 15:29 :
ca doit bien faire 30 ans qu'on parle de decentraliser. le theme revient a la une un peu avant les elections car c'est ce que les gens veulent pour pouvoir rester "vivre" chez eux en region. mais les especes de politiques qui nous gouvernent ne veulent pas decentraliser, car c'est synonyme de perte de pouvoir.
a écrit le 01/03/2011 à 12:46 :
Pas d'agrandissement en centre ville ,le campus de Saclay avec tous les poles techniques doit etre privilégier en place de Paris ville utile pour les soirées des fétards .Il suffit de mettre en place un service de tram automatique pour permettre ces déplacements loisirs ....Mais ce qui doit prévaloir c'est la coopération sociétés /étudiants et non pas étudiants /festivités
Réponse de le 01/03/2011 à 19:26 :
Etudiants/festivités sinon vos campus seront désertés
a écrit le 01/03/2011 à 11:29 :
C'est pas parce qu'un campus est confortable qu'il est créatif.
Les soi disant campus à l'américaine n'ont rien d'américain. Les campus americains sont en ville et c'est pour ça qu'ils sont pleins d'energie.
Réponse de le 01/03/2011 à 12:04 :
Alors il va falloir vous renseigner car voici ou se trouve les principales universites us et uk:
mit et harvard dans la ville de cambridge (100 000 habitants)
cambridge dans la ville de cambridge (uk) (100 000 habitants)
oxford ville de oxford (150 000 habitants)
yale a new haven (124 000 habitants)
standford a palto alto (59 000 habitants)
berkeley a berkeley (100 000 habitants)

Donc comme vous pouvez le voir elles sont toutes dans des petites villes et je dirais meme que sans ces universites ces villes n'en seraient pas la aujourd'hui
a écrit le 01/03/2011 à 10:27 :
les campus a l'exterieur de la ville offrent une qualité de vie incomparablement plus faicile que des campus rikiki en ville.
Equipements sportifs, logement, grands espaces.
Delanoe devrait se pencher plutot sur des moyens de transport rapide
entre ce type de campus, et la ville, pour la plus grande attractivité de la ville et des campus externes.
a écrit le 01/03/2011 à 9:02 :
et voila , delanoe a encore foiré.. pendant que les facs repondaient présentes à la réforme et que huchon et les verts trainaient les pieds pour le grand paris , delanoe se prelassait a bizerte.. et au reveil il s'aperçoit qu'on va construire un vrai pole mondial aux portes de sa ville "festive et citoyenne"..delanoe n'aura rien laissé en deux mandature que des occasions loupées (JO, les halles..)
a écrit le 01/03/2011 à 7:38 :
Je préfère une solution dans campus à l'extérieur car je pense que la synergie serrait meilleur. Toutefois je suis effaré que nos élus se permettent de monter des projets concurrents alors que c'est le contribuable qui au final finance. Sérieusement, est-ce raisonnable de risquer qu'un des deux projets reste sur la carreaux et engloutissent des milliards d'euros ?
a écrit le 28/02/2011 à 23:22 :
J'en reviens de paris ou je devais chercher un appartement par rapport a un stage. Mais ils sont fous? Pour avoir vécu a londres et a montreal (pour mes études) je peux vous assurez qu'ils feraient mieux de mettre leur campus a l'extérieur de paris. Cette ville est un grand n'importe quoi entre les loyers fou et les transports en commun c'est un calvaire.
Il serait bien plus simple de faire 4 gros campus a chaque point cardinaux de la région parisienne avec chacun ca spécialité et bien les desservir.
En plus cela permettrait un peu de développer la région parisienne.
Réponse de le 01/03/2011 à 10:29 :
tout le monde est d'accord que les loyers sont largement surevalues et superieurs a bcp d'autres pays.
mais ce n'est pas ce que les "grands" lol de ce pays pensent. eux pensent que la france c'est paris et c'est tout, le reste ce sont des bouseux, donc tout doit etre concentre a paris. et pas question de construire plus haut non plus pour contrecarrer les montants insensés des loyers.
a écrit le 28/02/2011 à 22:24 :
Je suis intimement convaincu que l'idée même de vouloir créer ces " méga-campus " est une très une profonde et très grave erreur.

Je me suis déjà longuement exprimé sur ce sujet et vous renvoie à mes précédents commentaires.

Antoine GED
Réponse de le 01/03/2011 à 8:38 :
oh lol té ki???
a écrit le 28/02/2011 à 21:05 :
Pécresse elle est bonne à rien, à part faire tout de travers...

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