« Dépasser les 500 milliards ferait ressurgir les craintes sur les liquidités des banques européennes »

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Jean-Louis Mullenbach, associé chez Bellot Mullenbach & Associés / DR
Jean-Louis Mullenbach, associé chez Bellot Mullenbach & Associés / DR (Crédits : dr)
Pour Jean-Louis Mullenbach , la première opération de refinancement à 3 ans lancée par la BCE en décembre 2011 a permis d'éviter la contraction des crédits. S'il estime que l'opération de mercredi prochain devrait consolider le système, un trop grand succès serait paradoxalement une mauvaise nouvelle pour le système bancaire européen.

L'opération de refinancement à 3 ans lancée par la BCE le 21 décembre dernier a-t-elle été bénéfique?
On peut rappeler que début décembre, l'économie européenne était très proche du crédit crunch, le risque d'une forte contraction du crédit était réel. Nous étions au bord du gouffre. L'appel d'offre de la BCE a eu dans ce cadre un effet très heureux. Elle a permis de réduire les tensions sur les dettes souveraines et par la même occasion, les craintes sur les défauts bancaires. Ce qui a redonné confiance aux marchés actions qui sont remontés assez fortement.
Les fonds monétaires américains commencent à revenir sur le marché européen, c'est signe que la défiance vis-à-vis de la zone euro recule.
En terme de croissance économique, on est moins pessimiste pour 2012 et 2013 qu'il y a trois mois. Le sentiment général est aujourd'hui bien meilleur grâce à cette premièreopération de refinancement à long terme, il était temps...

Les banques ont-elles racheté des titres de dettes souveraines grâce aux 489 milliards empruntés lors de cette première opération ?
Les Etats des pays du sud, espagnol et italien notamment, ont poussé les banques locales à racheter leur dette souveraine grâce aux liquidités de la BCE. Cela a permis de diminuer les taux d'emprunt de ces Etats de presque deux points.
Dans les pays du nord, cela a moins été le cas. Il faut dire, qu'un certain nombre de dettes souveraines arrivaient à échéance, comme en France et en Allemagne. Les compagnies d'assurance et les banques de ces pays ont du coup repris des titres d'Etats sans subir de pression. Et ce par souci de diversification de leurs investissements, mais également à cause des exigences prudentielles de Bâle 3 et Solvabilité 2, aux yeux desquelles les dettes souveraines sont des actifs sans risque.

Elles ont également utilisé l'argent de la BCE pour combler leurs besoins de liquidité...
Le risque de liquidité des banques européennes a en effet fortement diminué. Cela a permis de rendre le système plus fluide. Grâce à ces liquidités, les banques ont pu reprendre leur activité de crédit. Ceci est salvateur car en période d'austérité, il est vital que la finance continue de financer l'économie.
Au final la BCE a réalisé une opération très proche du quantitative easing (assouplissement quantitatif, cher aux banques centrales anglo-saxonnes).

Les banques vont-elles se présenter massivement au guichet de la BCE mercredi prochain pour la 2ème opération de liquidités à 3 ans ?
Certaines banques sont plus à court de liquidités que d'autres. Des banques comme celles des pays du sud de l'Europe ou Dexia vont se présenter, il n'y a pas de doute. En revanche, BPCE a par exemple annoncé qu'elle n'aurait pas besoin de solliciter cette opération.
Toutes les banques pourraient pourtant se présenter au guichet ne serait ce que pour constituer un coussin de sécurité.
Mais qu'on le veuille ou non, l'opération leur coûte cher car si elles replacent directement auprès la BCE (au taux de 0,25%) les montants qu'elles ont empruntés à 1%, elles perdent de l'argent.
De plus, en échange du prêt de la BCE, elles doivent apporter des actifs en garantie. Les banques européennes ne peuvent donc pas céder ces actifs à d'autres établissements, à l'heure où beaucoup en ont bien besoin.
Enfin, si les banques se présentent en masse au guichet mercredi, elles enverraient un mauvais signal aux marchés sur la santé de leurs liquidités. L'aspect psychologique peut jouer.

Un trop grand succès de l'opération pourrait donc constituer une mauvaise nouvelle pour les banques ?
Dépasser les 500 milliards d'euros ferait ressurgir les craintes sur les liquidités des banques européennes.
Il ne faudra d'ailleurs pas trop répéter ce type d'opération, car cela provoquerait une accoutumance aux crédits de la BCE.
Le consensus estime que la demande sera inférieure à ce qui a été emprunté au mois de décembre. Il y a un mois, on nous prédisait le double, aujourd'hui le consensus estime que l'on ne devrait pas atteindre 500 milliards d'euros, ce qui indiquerait que la confiance est revenue sur les marchés.

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