Un Bâle III moins contraignant relancera-t-il le crédit en zone euro ?

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Des règles Bâle III plus souples, mais peu de capitaux supplémentaires pour l'économie réelle.
Des règles Bâle III plus souples, mais peu de capitaux supplémentaires pour l'économie réelle. (Crédits : (c) Copyright Thomson Reuters 2010. Check for restrictions at: http://about.reuters.com/fulllegal.asp)
En assouplissant le calcul du ratio de levier, le Comité de Bâle va-t-il libérer plus de capitaux pour l'économie réelle ? C'est bien peu probable...

On le sait, la sévérité des règles de Bâle III est souvent mise en avant pour expliquer une partie du « credit crunch » dont souffre la zone euro, particulièrement dans les pays périphériques. L'assouplissement annoncé dimanche par le Comité de Bâle des règles de calcul des ratios de levier est-il en mesure de favoriser l'offre de crédit de la part des banques en réduisant la nécessité de stocker des capitaux plutôt que de les prêter. A priori, on pourrait le croire puisque les banques auront désormais, en théorie, moins besoin de fonds propres pour couvrir un certain nombre d'actifs risqués. Un capital qui pourrait être utilisé pour réaliser des opérations de prêts à « l'économie réelle. »

Un des facteurs seulement

En réalité, la situation est plus complexe. Jacques Cailloux, chef économiste zone euro chez Nomura à Londres, estime ainsi « qu'il est encore trop tôt pour juger de l'impact de cette décision sur la distribution de crédit. » Il rappelle que la discussion sur le ratio de levier n'est qu'un « des facteurs qui ont un impact sur cette distribution. » Les ratios de liquidités ou l'analyse future du bilan des banques de la BCE lors de son « stress test » (ou plutôt de sa « revue de la qualité des actifs ») jouent aussi un impact important. « Les facteurs macro-économiques, à la fois du côté de la demande et de l'offre, expliquent probablement à court terme une grande partie de la faiblesse actuelle du crédit », résume Jacques Cailloux.

Effet neutre

En réalité, plusieurs éléments plaident plutôt en faveur d'un effet neutre de cette décision. D'abord, il y a le calendrier puisque les ratios ne seront mis en place qu'en 2018. Les facteurs à court terme jouent donc un rôle plus important. Ensuite, et surtout, les règles définies par le Comité de Bâle favorisent surtout les grandes banques d'investissement. Dans la zone euro, la principale bénéficiaire de cette mesure devrait être la Deutsche Bank qui n'a d'activité de crédit aux entreprises et aux particuliers qu'en Allemagne, autrement dit, pas là où le credit crunch est le plus fort. A l'inverse, les banques de taille moyenne de la périphérie sont peu concernées.

Une approche peu favorable à la lutte contre le credit crunch

« L'approche du Comité de Bâle favorise actuellement les grandes banques systémiques ou les banques d'investissement qui ont plus de moyens d'optimiser leurs risques, plutôt que les banques commerciales ou les banques de taille moyenne avec une lourde base d'emprunts, qui sont cruciales pour les PME et la création d'emploi », explique les analystes de la Royal Bank of Scotland. Autrement dit, on a préféré réduire le poids sur les banques par qui la crise est arrivée plutôt que sur celles qui sont utiles à l'économie.

La clé : la demande

Mais surtout, le problème réside désormais principalement dans la situation économique qui, à la fois, rend les banques frileuses et réduit la demande de crédits. « Les dynamiques de crédits restent influencées principalement par les conditions de demande qui restent déprimées », explique Jacques Cailloux. « Le secteur privé dans les pays périphériques est devenu dans sa totalité un prêteur net ! Ceci s'explique par un comportement d'épargne de précaution qui réduit fortement la demande de crédit », ajoute l'économiste, pour qui « une amélioration des anticipations en matière de demande est nécessaire pour relancer la demande de crédit. » La BCE, qui a déjà beaucoup fait pour soutenir la demande, pourrait, selon l'économiste, « engager des opérations ciblées pour faire face à des problèmes précis comme la remontée des taux réels en Espagne et en Italie. »  

Plus que jamais, la clé de la lutte contre le credit crunch est donc une amélioration durable et solide de la conjoncture. Et l'on ignore encore si la zone euro est entrée dans ce processus.

 

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Commentaires
a écrit le 14/01/2014 à 14:59 :
Pourquoi n'y a t il pas plus de concurrence entre les banques? On a toujours l'impression d'être face a un monopole!
a écrit le 14/01/2014 à 13:39 :
Hormis quelques milliardaires, reste plus des masses de clients solvables. Tout simplement. Ou comment le capitalisme tua l'économie... Et puis, les banques SAVENT ce qui va se passer. Elles ont du recul, depuis leur création.
a écrit le 14/01/2014 à 11:19 :
Bien d'accord avec l'article ; toutefois, l'omerta demeure sur la réduction du besoin de fonds propres, opérée progressivement depuis des années en sortant des bilans bancaires des créances mises banalement sur le marché par le biais de la titrisation. Le simulacre des contraintes des "Bâle"témoigne de la collusion des gouvernants et financiers.
a écrit le 14/01/2014 à 9:53 :
Sans vouloir refaire l'histoire, il conviendrait cependant d'avoir un minimum de recul sur l'origine de la crise, toujours selon certains imputable aux banques, sans jamais s'interroger sur l'impact des dettes publiques, états et collectivités locales..Evidemment, il y a interpénétration (sic), les banques grecques par exemple ayant été très lourdement chargées en dette publique grecque, (et bulgare..). et la seule banque en quasi faillite en France, sauf erreur de ma part, étant la banque spécialisée dans les prêts aux collectivités locales... les quelques prêts aux banques françaises ou allemandes (CBK) ne sont guère significatifs..Jamais nous n'avons vécu sous pareille propagande..
Réponse de le 14/01/2014 à 13:26 :
Et tant que ces contes pour enfants seront rabaches au public, la crise de l Euro durera. Il n y a qu a voir les pays anglo saxons bien repartir parce qu ils sont passes a autre chose niveau bouc emissaire, alors qu ils auraient de bien meilleures raisons d etre enerves contre leur banque.
Réponse de le 14/01/2014 à 13:37 :
Toujours est-il que c'est bien le "public" (NOUS) qui est le prêteur de dernier ressort. Voire DONATEUR, d'ailleurs. Alors, votre propagande ...
Réponse de le 14/01/2014 à 19:19 :
Les pays anglo-saxons font tourner leurs planches à billets à donf pour renflouer leurs banques. Vous êtes le seul à ne pas le savoir..??
a écrit le 14/01/2014 à 9:06 :
Excellente synthèse "on a préféré réduire le poids sur les banques par qui la crise est arrivée plutôt que sur celles qui sont utiles à l'économie."La messe est dite,et tant que l'on ne réformeras pas ce système, la croissance ne reviendra pas en Europe,la spéculation financière étant nettement plus profitable que les gains portant sur l'économie réelle.

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