Florian Douetteau, la science des "big" données du futur Criteo français

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Florian Douetteau, fondateur de Dataiku./ DR
Florian Douetteau, fondateur de Dataiku./ DR (Crédits : DR)
À 33 ans, ce normalien féru d'informatique dirige Dataiku, une société éditrice d'un logiciel d'exploitation des données clés en main, qu'il a cofondée il y a un an. Et à laquelle le microcosme parisien du big data prédit un avenir à la Criteo.

Florian Douetteau est un homme humble, jusque dans ses saluts, qu'il ponctue d'une inclinaison du buste, à la japonaise. Et pourtant, cet entrepreneur de 33 ans pourrait légitimement bomber le torse : un an après sa création, la société Dataiku, qu'il a cofondée avec trois associés, fait travailler quinze ingénieurs et data scientists et compte une quinzaine de clients grands comptes, dont PagesJaunes, vente-privee ou encore Parkeon, le leader mondial de l'horodateur, implanté à Besançon.

« Aujourd'hui, tout le monde souhaite créer de la valeur à partir de ses données, mais identifier les données pertinentes dans le volume massif est fastidieux, et cela requiert une expertise rare. Notre solution aide nos clients à nettoyer leurs données et à en extraire des scénarios prédictifs », expose Florian Douetteau avec calme et pédagogie.

Sa voix douce et son air timide lui donnent un air mal assuré

En réalité il est sûr de ses compétences. Et ceux qui s'arrêtent à ses allures de grand dadais passent à côté d'un humour subtil et d'une intelligence fulgurante.

« Le premier contact avec Florian peut être déstabilisant. Mais il ne faut pas se fier à son langage corporel : il est brillant et efficace. Son cerveau tourne deux fois plus vite que la normale, mais il ne le montre pas », souligne Amélie Faure, entrepreneur à succès dans l'informatique qui a travaillé avec Florian Douetteau quand elle dirigeait IsCool, et qui le conseille dans la stratégie de Dataiku, en marge de ses activités de business angel et d'administratrice chez Bpifrance.

« Florian prend des décisions rapides et irrévocables. Il est un homme de parole, fidèle dans ses relations. Et il a cette qualité rare d'allier une grande expertise technique à une excellente compréhension des enjeux marketing et business. »

Ces compétences, Florian Douetteau les a acquises chez Exalead, qui n'était alors qu'une toute jeune pousse comptant cinq salariés quand il l'a rejointe pour mener sa thèse sur le développement du langage de programmation d'une start-up.

Mais, « comme dans une start-up on fait un peu tout », de fil en aiguille, il découvre le marketing et le développement de produits, qu'il adresse aussi bien à une communauté de geeks qu'aux grands comptes. Quatre ans après son arrivée, il prend la tête du département recherche et développement, qui comptera jusqu'à 50 personnes. Mais, après avoir vécu dix ans de croissance exponentielle d'Exalead, il aspire à de nouvelles expériences.

« J'avais envie d'entreprendre, mais il me manquait l'idée : celle qui répond à un problème, et qui ouvre un marché en croissance. Et il me fallait rencontrer ceux qui m'accompagneraient dans ce projet », se souvient Florian Douetteau.

En 2011, il tourne la page Exalead et dirige pendant un an la technique d'IsCool, où il rencontre Amélie Faure mais aussi Thomas Cabrol, data scientist qui deviendra l'un des trois cofondateurs de Dataiku avec Clément Stenac (ex-Exalead) et Marc Batty. Pendant qu'il mûrit sa réflexion entrepreneuriale, Florian Douetteau contribue, en tant que consultant technique indépendant, à l'essor de quelques-unes des plus belles start-up françaises du numérique, dont un certain Criteo.

Lors de sa mission au sein de la société de reciblage publicitaire sur Internet introduite au Nasdaq en octobre dernier, il noue des liens avec Romain Niccoli, cofondateur et directeur technique de Criteo, qu'il embarque au sein du comité stratégique de Dataiku dès sa création, en janvier 2013.

Entouré d'experts de renom, Florian Douetteau fonde son activité sur une conviction qu'il a acquise : l'analyse des grands volumes de données va devenir un besoin pour toutes les entreprises, y compris dans l'industrie, afin de réaliser des prédictions statistiques et d'adapter leur logistique et leur production. Une version bêta de sa plate-forme est lancée en avril et, à la fin de l'année 2013, son business model est validé.

Florian Douetteau envisage un développement aux États-Unis

Objectif : propulser sa solution comme un standard international d'ici cinq à six ans.

« En informatique, vous achetez les solutions qui marchent aux États-Unis. Il nous faut donc nous développer rapidement et nous faire connaître outre-Atlantique », souligne-t-il, conscient qu'être « face à des concurrents américains qui peuvent lever sur leur marché domestique beaucoup plus de fonds que nous auprès des capital-risqueurs français ».

Le pari est osé, mais ce lecteur de Victor Hugo féru des Travailleurs de la mer, dont il admire « le personnage principal, endurant, droit et jusqu'au-boutiste », entend bien le relever.

Et son succès ne fait aucun doute pour Ori Pekelman, entrepreneur et organisateur des Paris DataGeeks meetups, des événements pointus réservés aux acteurs du big data où les « pseudo-magiciens qui vendent du rêve sans assise technique » n'ont pas leur place.

Pour lui, « Dataiku est l'une des prochaines pépites françaises, dans la lignée d'Exalead ou de Criteo ».

« En matière de profils d'activité comparables, Dataiku est plutôt le futur SAP du big data, avec une offre disruptive à l'instar de celle qu'a apportée Business Object dans la business intelligence », sourit Romain Niccoli, qui apprécie « le jugement scientifique très fin » de Florian Douetteau.

Connu et respecté dans la communauté parisienne des acteurs du big data, Florian Douetteau multiplie les interventions dans des conférences techniques, désireux de contribuer à l'émergence d'un écosystème français autour des acteurs de la valorisation des données. Au cours de la première quinzaine d'avril, il prendra la parole lors de l'événement Big Data Paris, puis dans le cadre de la conférence Hadoop, à Amsterdam, et de la « conférence des développeurs passionnés », organisée par Devoxx France.

Dans cet agenda chargé, Florian Douetteau veille à garder du temps pour jouer et faire du sport avec ses deux enfants de 6 et 8 ans. Il ne cherche pas à leur apprendre à coder.

« À leur âge, rien ne m'amusait plus que d'entrer ces lignes de symboles cabalistiques et d'observer ce qu'on pouvait faire avec. Parce que je suis né avec l'ordinateur. Mais la nouvelle génération, elle, est née avec les réseaux sociaux et les tablettes. Ce qu'elle inventera portera davantage sur les usages que sur la technique. »

La seule prédiction que Florian Douetteau s'accorde à énoncer sans l'avoir d'abord soumise à ses algorithmes.

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>>> MODE D'EMPLOI

Où le rencontrer ? : « Je n'ai pas de compte Facebook, comme beaucoup de gens qui savent comment fonctionne ce site. Le plus simple est de me contacter par e-mail ou via LinkedIn. Je vous recevrai chez Agoranov. »

Comment l'aborder : « Je vous apporterai volontiers une réponse sur les questions d'usage et de valorisation des datas. En revanche, je ne pense pas être la meilleure personne pour parler de business plan. »

À éviter ! Lui dire que vous cherchez un cofondateur technique. « J'ai souvent entendu ce genre de demandes et, statistiquement, cela révèle qu'il y a un problème dans le projet. Je connais beaucoup de bons ingénieurs qui cherchent un projet auquel s'associer, mais un projet réaliste. » Et évitez de le qualifier de « magicien » : la gestion des données, c'est scientifique ! »


>>> TIMELINE

  • Septembre 1980 Naissance
  • 2003 Diplômé de l'école normale supérieure de Paris
  • 2007 Dirige la R & D chez Exalead
  • 2012 Consultant technique chez Criteo
  • Janvier 2013 Fonde Dataiku
  • 2016 Dataiku compte plus de 100 utilisateurs réguliers, ouvre un bureau aux États-Unis
  • 2019 La solution Dataiku devient un standard international

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Commentaires
a écrit le 28/03/2014 à 16:22 :
L'exploitation des big data , c'est bien , mais , en période de crise très prolongée , comme cela va être le cas , on exploite quoi ?
Des bons de réduction ?
Il y a une boite américaine qui le fait déjà...
Fastueux avenir , comme on voit !!! MDR
Réponse de le 28/03/2014 à 17:00 :
la crise est déjà ancienne et l'activité repart tout autour de nous ce qui logiquement devrait finir par profiter aussi à notre pays(malgré 2 ans de décisions imbéciles destinés à faire peur aux riches, financiers, investisseurs et entrepreneurs)
Réponse de le 29/03/2014 à 11:40 :
" l'activité repart tout autour de nous" oui, c'est la vague que le Président espérait exploiter pour rebondir tranquilou en nous épargnant des mesures dures (appliquées chez les autres), mais les vagues, ça ne se décide pas, on en profite, et si on flotte mal, l'effet n'est pas démultiplié. On ne coupe pas le doigt malade en espérant qu'il guérisse. Au pire, on coupera le bras entier.
Réponse de le 29/03/2014 à 14:58 :
Mon graphique me dit que c'est pas une crise comme une autre...Celle-là , elle est méchante de chez méchante...et...Ho !!! Que vois-je ? Le graphique s'aplatit , c'est une Crise doublée d'un Deleveraging !!! Pas de bol , ça va durer 6 ans de plus...à la louche !!!

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