Fabrice Grinda : l’entrepreneur comme homme éclairé

 |   |  969  mots
Si dans ses investissements d'ange, Grinda s'est essayé à de multiples secteurs (Blablacar, Webhelp, 1000mercis en France, mais aussi Alibaba, Airbnb, Brightroll - sa meilleure sortie à ce jour), en tant qu'entrepreneur, les places de marché demeurent sa spécialité.
Si dans ses investissements d'ange, Grinda s'est essayé à de multiples secteurs (Blablacar, Webhelp, 1000mercis en France, mais aussi Alibaba, Airbnb, Brightroll - sa meilleure sortie à ce jour), en tant qu'entrepreneur, les places de marché demeurent sa spécialité. (Crédits : DR)
"Il faut échouer pour réussir..." c'est le premier conseil de Fabrice Grinda, entrepreneur et business angel. Tester des idées, les confronter à la réalité, expérimenter, est pour lui la clef du succès de l'entrepreneur. Son aventure commence vraiment avec la fondation, en France à la fin des années 1990, du site d'enchères Aucland.

 Il y a trente ans, Fabrice Grinda aurait fait de la politique pour changer le monde, et sans nul doute y a-t-il songé lors de ses études d'économie à Princeton. C'est l'univers des startups qui lui aura finalement permis de poursuivre son idéal d'homme de la Renaissance, à la fois entrepreneur, investisseur, esthète aussi dans les conseils de vie qu'il distille dans son blog et dans ses nombreuses interactions avec des entrepreneurs. Saint -Exupéry disait : "Les échecs fortifient les forts", et les premières lignes du CV de Fabrice Grinda (enfance entre la France et les Etats Unis, Princeton, McKinsey) pourraient nous faire croire de prime abord à un profil très lisse en comparaison avec le mythe de l'entrepreneur high-tech rebelle et autodidacte... Et pourtant, il est de ceux qui n'ont cessé de pousser leur rocher de Sisyphe, animé d'une foi  inébranlable en la technologie, jusqu'au succès, qui n'est d'ailleurs jamais final et définitif - comme l'échec - dans sa philosophie de vie.

La fondation du site d'enchères Aucland, à la fin des années 1990

"Il faut échouer pour réussir..." est le premier conseil de Fabrice Grinda. Tester des idées, les confronter à la réalité, expérimenter, est pour lui la clef du succès de l'entrepreneur. Entrepreneur et business angel, son aventure commence vraiment avec la fondation en France à la fin des années 1990 d'Aucland.

Ce relatif échec d'une adaptation d'Ebay en France, loin d'entraver ses ambitions, le ramène à New York et à la fondation de Zingy, un spécialiste des sonneries pour portable.

Après deux ans de tâtonnements pour ce modèle B to C légèrement en avance aux Etats-Unis, quatre mois de salaires non payés aux employés et un jeune entrepreneur qui apprend à survivre tant bien que mal dans la jungle new-yorkaise, le bateau ivre et tanguant finit par se stabiliser et par prendre son envol avant d'être absorbé par un groupe japonais. Fabrice Grinda obtient son indépendance avec la vente, pour 80 millions de dollars, de Zingy.

150 investissements actifs à ce jour, dont 40 nouveaux en 2014

Commence alors pour lui une vie effrénée (de nuit) de business angel, avec son compère José Marin : 150 investissements actifs à ce jour, dont 40 nouveaux en 2014, et une philosophie d'investissement forgée elle aussi par tâtonnements et largement partagée sur son blog.

De jour, Fabrice Grinda demeure un entrepreneur et s'attaque aux places de marché et sites de petites annonces avec la création d'OLX: une fois n'est pas coutume, ce site, qui ne décollera jamais vraiment aux Etats-Unis, deviendra un immense succès dans nombre de pays émergents, avec 1.200 employés. Par itérations successives, Fabrice Grinda aura construit un groupe dont la valorisation, lors de ses sorties, avoisinaient plusieurs centaines de millions de dollars, et qui aujourd'hui sous l'égide du sud-africain Naspers, vaut probablement des milliards.

Si dans ses investissements d'ange, Grinda s'est essayé à de multiples secteurs (Blablacar, Webhelp, 1000mercis en France, mais aussi Alibaba, Airbnb, Brightroll - sa meilleure sortie à ce jour), en tant qu'entrepreneur, les places de marché demeurent sa spécialité.

La dernière tendance des places de marché verticales

Il a ainsi récemment lancé une plateforme pour la vente de voitures d'occasion (Beepi, qui vient de lever 60 millions de dollars) et une autre pour la vente d'œuvres d'art (Lofty): ces start-ups embrassent la dernière tendance des places de marché verticales complètement intégrées; elles gèrent l'intégralité de la transaction, du paiement, de la vérification des biens, quand bien même, pour toutes ces tâches, elles font appel à des prestataires extérieurs: mais, pour le consommateur final, en quelques clics, on peut vendre sa voiture ou acheter une œuvre d'art, les frictions que l'on rencontre traditionnellement sur ces marchés (confiance, vérification, authenticité, paiement, ...) étant prises en charge par la plateforme.

Fabrice Grinda a choisi de faire de New York son lieu de résidence principal car, au-delà de la présence grandissante de l'industrie de la high-tech (surpassée uniquement par la Silicon Valley), l'attrait culturel et artistique de la ville est indispensable à son équilibre. Et force est de constater que la notion de localisation n'a plus grand sens pour les startups.

Se remettre en cause régulièrement

Avec l'extension d'OLX dans les pays émergents, Grinda avait pris l'habitude de résumer toutes ses possessions matérielles à une valise et d'arpenter l'Argentine, l'Ukraine, le Pakistan... Un rythme de vie pour le moins effréné, qu'il tente à nouveau de contrôler en déplaçant nombre de ses programmeurs en République Dominicaine, à Cabarete... une expérience de création d'une Silicon Cabarete pour le moins enthousiasmante, mais qui doit beaucoup malheureusement aussi à la complexité des visas aux Etats Unis.

Au regard de ces réussites pour le moins exceptionnelles, Fabrice Grinda garde une humilité assez socratique, en faisant valoir la nécessité pour l'individu d'examiner régulièrement sa propre vie, en une autoréflexion rigoureuse, afin de mieux la remettre constamment en cause. La quarantaine est ainsi l'opportunité pour Fabrice Grinda d'accorder désormais plus de temps à ses amis et de se débarrasser de la propriété de ses biens matériels: une nouvelle organisation de vie qui devrait, n'en doutons pas, donner naissance à une floraison de nouvelles startups et d'investissements !

- - -

Retrouver le portefeuille de business angel de Fabrice Grinda : http://www.fabricegrinda.com/portfolio/

Beepi : https://www.beepi.com/

- - -

Voir aussi la conférence intitulée "La passion d'entreprendre" que Fabrice Grinda a donnée en février 2010 à TEDxParis (près de 1.9 millions de visionnages)

<iframe width="640" height="360" src="//www.youtube.com/embed/BJK3_vpfoQc?feature=player_detailpage" frameborder="0" allowfullscreen></iframe>

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Commentaires
a écrit le 05/01/2015 à 18:31 :
L'entrepreneur - qu'il soit 'du futur' ou du 'brick&mortar' - est déjà une figure du passé... Trouvez-en une autre !

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :