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Autonomie des universités : toutes celles qui ont basculé

Infographie La Tribune
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Clarisse Jay  |   -  534  mots
Au 1er janvier 2011, 90 % des universités seront autonomes. Une révolution en profondeur du paysage universitaire français.

Ce 1er janvier 2011, 22 nouvelles universités vont sauter dans le grand bain de l'autonomie. Elles seront donc en tout 73 (sur 83) à être passées aux « responsabilités et compétences élargies » (RCE) prévues par la loi LRU (liberté et responsabilité des universités) d'août 2007. De quoi satisfaire la ministre de l'Enseignement supérieur, Valérie Pécresse, l'objectif de 100 % d'universités autonomes en 2012 étant quasiment atteint.

Sur le terrain, ces nouvelles compétences satisfont les présidents d'université. « Nous tenons à la notion d'autonomie. Ce sujet doit pouvoir dépasser les clivages politiques. Nous pouvons aboutir à une vraie cohérence », estime Alain Beretz, le président de l'université de Strasbourg. La gestion des ressources humaines et d'un budget global (leur marge de manoeuvre ne jouait que sur 25 % de leur budget auparavant) leur permet d'adapter leur politique salariale à leur stratégie et facilite une plus grande maîtrise des emplois et de la masse salariale (7 milliards d'euros et près de 124.000 emplois pour les 73 universités autonomes). « La loi LRU permet aux universités d'être plus attractives. Elle leur donne plus de liberté en matière salariale », indique Bruno Gérard, responsable de l'audit dans le service public chez Ernst & Young. Les établissements peuvent aussi réaffecter en interne des crédits en fonction de leurs priorités. Enfin, « le rapprochement avec les collectivités locales et les entreprises », via leur participation aux conseils d'administration et la création de fondations, favorise l'insertion professionnelle et la valorisation de la recherche, insiste-t-on rue Descartes.

La loi LRU ne se met cependant pas en place sans accrocs, comme l'ont rappelé au chef de l'Etat les présidents d'universités autonomes reçus le 21 décembre à l'Elysée (lire « La Tribune » du 22 décembre 2010). « Le problème n'est pas l'autonomie, mais sa mise en oeuvre qui entraîne des surcoûts. Quant au transfert de la masse salariale, nous ne voulons pas assumer des excès de charge dont nous ne sommes pas responsables », note Alain Beretz, évoquant la limite de certains outils techniques. Mauvaise évaluation de la masse salariale, système d'allocation des moyens à la performance imparfait (20 % des moyens sont désormais attribués en fonction de la performance et 80 % en fonction de l'activité), mise en concurrence des universités, gouvernance à revoir (lire encadrés ci-dessous), IUT qui s'estiment sous-financés, sont autant d'imperfections qui alimentent le projet d'une réforme de la LRU.

Ajustements

À l'Elysée, cette idée fait son chemin. D'ici à la campagne présidentielle, il est matériellement possible de réouvrir le chantier de la LRU, estime-t-on dans l'entourage de Nicolas Sarkozy. Reste à savoir si, politiquement, cette option est opportune. Au ministère de l'Enseignement supérieur, on préfère évoquer une seconde phase axée sur l'insertion professionnelle, déjà amorcée avec la nouvelle licence (lire « La Tribune » du 20 décembre 2010). Valérie Pécresse a déjà commencé à rencontrer les partenaires sociaux à ce sujet. Mais, in fine, il se pourrait aussi que les ajustements se fassent d'eux-mêmes, petit à petit, sur le terrain. « La loi LRU est une première étape. Elle enclenche un mouvement qui accélère les changements », résume Bruno Gérard.

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Commentaires

@Danger  a écrit le 31/12/2010 à 17:38 :

La vie est un risque... et puis comme si l'on pouvait se satisfaire du système actuel qui n'est pas risqué mais carrément suicidaire pour l'université française. Quelque soit la réforme, il y aura toujours des risques... et rien n'empêchera de réajuster le tir pour adapter la réforme dans quelques années si besoin. Il faut arrêter de ne rien faire dans ce pays par simple peur du risque.

Danger  a répondu le 01/01/2011 à 12:38:

Il aurait fallu plus de contrepouvoirs dans le nouveau système, sinon il y a des risque de comportement dictatorial des présidents d'université. Et j'ai des exemples concrets qui vont dans ce sens.

Danger  a écrit le 31/12/2010 à 15:07 :

Il y a des risques avec cette réforme. En particulier, certains présidents d'université peu scrupuleux font des choix en fonction des copinages et de l'électorat interne. Ainsi, si une discipline n'a pas ostensiblement voté pour le président, celui-ci, dans certains cas, va supprimer des postes de cette discipline pour les réaffecter dans des disciplines qui ont voté pour lui, indépendamment des besoins réels de l'université, indépendamment de la qualité des départements et laboratoires concernés. Cela peut vite devenir catastrophique, et c'est malheureusement le chemin que prennent certains présidents d'université plus soucieux de leur carrière et des enjeux électoraux que du devenir de leur université.

Gregory Thomas  a répondu le 31/12/2010 à 21:26:

La finalite des ecoles et des universites est de former des gens qui doivent exercer une activite sur le marche du travail. Former des gens pour lesquels on sait qu'ils ne trouveront pas d'emploi a l'issue de leurs etudes est un luxe que l'on ne peut plus se permettre! C'est dommage pour l'enseignement du latin et du grec mais c'est une realite du monde moderne.

Danger  a répondu le 01/01/2011 à 12:35:

Vous n'avez pas compris mon message. Je dis que certains présidents d'université préfèrent affecter les postes non pas là où ils sont utiles, mais dans les disciplines qui votent pour eux dans les élections de président d'université. Leurs choix peuvent donc être totalement déconnectés des besoins dont vous parlez.

Et  a répondu le 01/01/2011 à 12:36:

vous oubliez que le rôle des université n'est pas uniquement de former et d'enseigner : elles ont aussi pour rôle de faire dela recherche. La majorité de l'activité de recherche en France, et dans le monde aussi d'ailleurs, se fait dans les universités.