"Le charbon est une énergie du passé"

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Reuters (Crédits : © 2009 Thomson Reuters)
S'il évoque les mines du XIXe siècle et les romans de Zola, le charbon reste aujourd'hui la deuxième source d'énergie au monde, et de très loin, la première pour l'électricité... et les émissions de CO2.

A la mi-juillet 2011, le gouvernement allemand a annoncé son intention de financer la construction de nouvelles centrales électriques au charbon et au gaz naturel grâce à une partie des fonds destinés à promouvoir les énergies propres et la lutte contre le changement climatique. Une annonce vivement critiquée par les Verts, et qui montre que la sortie du nucléaire (aujourd'hui 22 % de son électricité), prévue pour 2022, risque d'être compliquée. Surtout que le pays maintient des objectifs de réduction de CO2 très ambitieux : - 40 % d'ici 2020, soit une baisse deux fois plus rapide que l'objectif européen !

L'exemple allemand pourrait bien être annonciateur d'un phénomène plus large : un recours massif au charbon (et au gaz) pour pallier la diminution (ou une interruption dans la croissance) du nucléaire, ces énergies étant plus rapides à développer et moins onéreuses à court terme que les énergies renouvelables.
A force d'opposer à longueur de débats les énergies renouvelables au pétrole, voire, depuis l'accident de Fukushima, au nucléaire, on en oublierait presque le charbon. Or c'est déjà la deuxième source d'énergie au monde (27 %) derrière le pétrole (33 %) et devant le gaz (21 %) et le nucléaire (6 %). Et la première pour ce qui est de la seule électricité, dont il fournit 41 % en moyenne, parfois beaucoup plus : 75 % en Chine, 49 % aux Etats-Unis, 46 % en Allemagne.

Symbole de la révolution industrielle, le charbon (qui est aussi utilisé pour la production d'acier) est responsable d'une part significative du CO2 aujourd'hui présent dans l'atmosphère, mais aussi de celui qu'on y envoie en ce moment : 43 % des émissions liées à l'énergie, contre 37 % pour le pétrole.
Mais il demeure de très loin la source d'énergie la moins chère et la plus abondante et les réserves sont bien réparties géographiquement. Même si à eux seuls huit pays (Etats-Unis, Russie, Chine, Australie, Inde, Afrique du Sud, Kazakhstan et Ukraine) en détiennent 90 %, celles-ci sont présentes à la fois aux Etats-Unis, en Asie, en Russie et en moindre quantité en Europe. Le charbon assure donc à de grands pays avides d'énergie comme les Etats-Unis ou la Chine (qui ouvre une centrale à charbon par semaine), non seulement un approvisionnement à moindre coût mais aussi l'indépendance énergétique vis-à-vis des pays producteurs de pétrole.

Et si toutes les réserves ont été découvertes avant 1950, avec un pic attendu entre 2025 et 2050, il en resterait pour cent cinquante ans de consommation. A court terme, le véritable enjeu environnemental concernant l'énergie consiste essentiellement à «rendre le charbon propre». C'est ce que visent les technologies de captage et séquestration de CO2 (CSC, ou en anglais, CCS pour carbon capture and storage). Pour l'Agence internationale de l'énergie (AIE), le CCS est incontournable pour limiter les émissions de CO2 et donc la hausse des températures à un niveau gérable. L'agence compte d'ailleurs sur cette technique pour assurer près de 20 % des économies de CO2 d'ici 2050 ! Malgré des investissements récents, notamment en Europe et en France, pour financer des projets démonstrateurs de grande taille, le CSC en est encore au stade des premiers pilotes industriels. Si son coût devient de plus en plus compétitif à mesure que le prix du baril et/ou le cours de la tonne de CO2, augmente, il reste encore très onéreux.
Surtout, la technique suscite une grande méfiance, tant chez les écologistes que chez les citoyens (voir « Le captage de CO2 nous sauvera »), et l'acceptabilité des projets risque d'être un frein majeur à son développement.

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