Commerce extérieur : une autre explication à la déroute française

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 Schématiquement, les constructeurs automobiles français ont choisi de produire des véhicules directement à l'étranger alors que les marques allemandes concurrentes importent des pièces détachées auparavant produites localement, mais continuent d'assembler les véhicules en Allemagne , indique l'Insee dans une étude récente.
" Schématiquement, les constructeurs automobiles français ont choisi de produire des véhicules directement à l'étranger alors que les marques allemandes concurrentes importent des pièces détachées auparavant produites localement, mais continuent d'assembler les véhicules en Allemagne ", indique l'Insee dans une étude récente. (Crédits : Reuters)
Compétitivité-prix et hors prix défaillante, orientation géographique défaillante, gamme vieillissante...les défaillances de l'appareil exportateur tricolore sont nombreuses. L'Insee avance une autre explication : la fragmentation des chaînes de production.

Depuis 2003, la balance commerciale tricolore est déficitaire. En 2016, le déficit commercial devrait avoisiner les 50 milliards d'euros. En cause ? Une compétitivité-prix et hors-prix du made in France défaillante, un nombre d'entreprises exportatrices trop faible - à peine 120.000 contre le double en Italie et le triple en Allemagne -, un positionnement géographique trop centré sur les pays de la zone euro vers lesquels près de 60% des exportations tricolores prennent le chemin. Nombreux sont les rapports qui pointent ces défaillances structurelles que la dépréciation de l'euro face au dollar et la chute des cours des matières premières entamées à l'été 2014 n'auront pas su compenser.

Jugé ambitieux en 2012, l'objectif fixé par Nicole Bricq, la ministre du Commerce extérieur de Jean-Marc Ayrault d'équilibrer la balance commerciale des produits manufacturés en 2017 devient désormais totalement irréaliste. Cette situation est le reflet comptable de la détérioration des parts de marché. Selon l'Insee, la part de marché des entreprises pour les biens est tombée de 5,1 % des échanges mondiaux en 2000 à 3,1 % en 2015.

Quand la chaîne de production se décompose

Nombreuses sont les explications à cette panne du commerce extérieur. Aussi nombreux sont les rapports qui les détaillent. Dans sa dernière étude, l'Insee avance un autre élément permettant d'expliquer cette chute des parts de marchés : la fragmentation des chaînes de production.

" Le grand dynamisme des exportations mondiales au début des années 2000 a pu résulter, pour partie, et de façon variable selon les pays, d'une fragmentation de plus en plus importante de la production entre les pays. La montée en puissance de la Chine dans le commerce mondial s'est accompagnée d'une décomposition des chaînes de valeur ajoutée qui a conduit à augmenter le contenu en flux commerciaux de chaque unité produite. À l'inverse, le ralentissement de cette forme de production depuis quelques années est un facteur du net ralentissement du commerce mondial ", explique l'Insee, citant une étude du Centre d'Etudes Prospectives et d'Informations Internationales (Cepii) datée de 2015.

Des stratégies différentes

De fait, l'augmentation des exportations pour " travail à façon " peut donc expliquer comptablement les mauvaises performances relatives des exportateurs tricolores depuis 2000. Un phénomène visible au sein des économies émergentes, ce qui leur a permis d'augmenter leur part dans le commerce mondial, mais également au sein de la zone euro, de façon variable selon les pays. Ainsi, la fragmentation des chaînes de valeur a ainsi beaucoup plus augmenté en Allemagne qu'en France. Pour quelles raisons ? L'étude de l'Insee évoque les différences de stratégie des entreprises entre ces deux pays.

" Schématiquement, les constructeurs automobiles français ont choisi de produire des véhicules directement à l'étranger alors que les marques allemandes concurrentes importent des pièces détachées auparavant produites localement, mais continuent d'assembler les véhicules en Allemagne ", indique l'Insee, reprenant les travaux académiques de Bechler et alii, (2014)* et Buigues et Lacoste, 2016)**.

Dans un entretien accordé à La Tribune, Jean-Pierre Chevènement, plusieurs fois ministre de gouvernements socialistes, et ancien candidat à l'élection présidentielle, revient également sur ce phénomène de fragmentation des processus industriels. " L'Allemagne a su utiliser la main d'œuvre à bas coût d'Europe centrale pour produire les composants, tout en continuant de les assembler en Allemagne où se concentrent aussi les fabrications et les fonctions à haute valeur ajoutée, ainsi que la recherche et les sièges sociaux. En France on a complètement délocalisé l'industrie vers l'Espagne, le Portugal, la Slovaquie, la République tchèque ou la Roumanie...", explique l'ancien ministre.

Concrètement, les constructeurs automobiles allemands et leurs principaux sous-traitants importent une part accrue de ses consommations intermédiaires, ce qui engendre plus d'importations de pièces détachées et plus d'exportations de véhicules. Selon l'Insee, cette fragmentation du processus de production explique environ 3 points de la perte de marché de l'industrie française, " une faible partie du recul d'ensemble (-22 %) ", indique l'Insee. Les petites rivières font les grands fleuves...

*Bechler C., Quille B. et Sala M. (2014), « Trajectoires divergentes pour les industries automobiles européennes », Note de conjoncture, Insee, mars.

**Buigues P.-A., Lacoste D. (2016), « Les stratégies d'internationalisation des entreprises françaises et des entreprises allemandes : deux modèles d'entrée opposés », Annales des Mines - Gérer et comprendre, n° 124.

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Commentaires
a écrit le 22/12/2016 à 10:12 :
Il n'échappera à personne que le plongeon du commerce extérieur notamment en termes industriels (et en particulier dans l'industrie automobile) a suivi de très peu l'instauration des 35 heures (quoi qu'en disent certains qui osent affirmer sans rire qu'elles auraient créé ou sauvegardé des emplois : le plongeon industriel prouve le contraire). Au delà de leur effet de dégradation de la compétitivité-coût de l'ordre de 10% leur effet psychologique a été ravageur : qui aurait envie d'investir dans un outil de production industriel coûteux si un taux d'utilisation trop faible empêche d'en tirer un retour sur investissement suffisant ?
a écrit le 22/12/2016 à 9:25 :
Une chose n a pas été delocalisée: les salaires des grands pdg automobiles. Mais c'est vrai qu ils ne sont pas évalués suivant les mêmes critères
a écrit le 22/12/2016 à 9:19 :
Bref : les français ont raisonné comme des comptables, et les allemands comme des industriels.
Quand on délocalise une production, on donne au pays d'accueil toute la valeur immatérielle créée autour du produit : créativité, savoir-faire de production, etc... : c'est complètement nase, finalement.
a écrit le 21/12/2016 à 23:44 :
Les chaînes de valeurs se sont totalement internationalisées depuis longtemps et les nations se sont spécialisées afin de générer un avantage comparatif. Les batteries lithium à haute densité viennent du Japon, les dalles d'écran LED viennent de Chine ou de Corée, etc. L'Allemagne s'est spécialisée dans la conception et le montage de produits complexes, comme les automobiles, les avions, les robots-outillages qui valorisent son talent d'organisation du travail à grande échelle, etc. Mais au fait, quelles sont les spécialités industrielles de la France? Le nucléaire est en perte de vitesse, le TGV aussi.
Réponse de le 22/12/2016 à 9:25 :
Reste la construction aéronautique (mais c'est, avec Airbus, une compétence partagée avec d'autres) et les paquebots où désormais STX-France semble imbattable. Mais c'est bien peu pour un pays développé de 65 millions d'habitants.
a écrit le 21/12/2016 à 23:35 :
Jadis quand l'euro valait 1.45 ou plus, on criait haro sur la BCE car la France n'arrivait pas à vendre ses produits en dollars ( au passage la France vend plus de 60% en zone euro où le risque de change est de 0) et nous avions un déficit..... aujourd'hui, l'euro vaut 1.05-07 USD et la France continue à faire du déficit...le problème est alors ailleurs, non? Les Pays Bas, l'Allemagne n'ont aucun problème pour exporter, euro fort ou non.....la GB avec une livre dévaluée rencontre les mêmes difficultés que nous.....Pour les voitures? les français achètent de petites voitures fabriquées hors de France pour une raison bien précise.....ils n'ont plus les moyens de faire autrement.....taxes carbone, taxes en tous genres grèvent les budget....il suffit de se demander pourquoi mais les politiques de gauche et de droite ( merci Sarko pour le malus-bonus) sont sourds.....eux ils s'en fichent ils ne paient pas. Il nous faudrait un ministre de la réindustrialisation qui fasse en 5 ans ce que nos politiques ont mis 20 ans à détruire.....pas sûr qu'avec la pseudo taxe délocalisation M. Fillon fasse repartir la machine....il en faudra bien plus.
a écrit le 21/12/2016 à 18:26 :
Si on parle voitures, j'ai le regret de dire que nos modèles "Français" sont moches au regard des modèles allemands, anglais voire italiens. Mais les PDG de nos marques bien de chez nous sont considérés comme supérieurement intelligents et perçoivent des salaires et primes en conséquence....alors que dire d'autres...après on peut gloser sur l'organisation de la chaîne de production et de sa rentabilité. Quand un produit est nul il ne se vend pas....même s'il est 100% fabriqué en France.
Réponse de le 22/12/2016 à 9:29 :
c'est une question de goût... les 308 valent bien les Golf et quoi qu'on en pense, PSA, avec d'excellents nouveaux moteurs à essence, semble bien avoir pris le tournant du recul du diesel.
Réponse de le 22/12/2016 à 12:59 :
« Gloser », le mot est bien choisi, même si vous ne l'utilisez pas à bon escient.
a écrit le 21/12/2016 à 18:15 :
La priorité est de convaincre le marché intérieur avant d'aller plus loin! Et, non pas "le miroir au alouette" de la globalisation! Si en plus on délocalise....! Rien ne va plus!
a écrit le 21/12/2016 à 16:56 :
UN OUBLI !
Les couts administratifs à croissance exponentielle !
en 1965 une entreprise de 2500 personnes en 5 usines : cout de structure 15% du chiffre d'affaire
en 2004 des entreprises entre 100 et 400 personnes : cout de structure entre 45 et 55% du chiffre d'affaire suivant le poids du bureau d'étude en particulier !
c'est à dire que la paperasse coute autant que la matière première et la main d’œuvre de production réunies ...........
Mais les intellos de service (dans les services) ne veulent pas le savoir, ils valorisent leurs égos au nombre de secrétaires ........ (par exemple)
Réponse de le 22/12/2016 à 9:43 :
il me semble que la monter en gamme des produits et la complexification des produit entraine une augmentation des cout de conception a cela rien de choquant.
Il faut différencier le surcout administratif et la R&D.
Réponse de le 22/12/2016 à 10:57 :
Je suppose que Totor est retraité est qu il n a plus mis les pieds dans une usine ou meme une entreprise quelconque depuis longtemps. Car les secretaires sont maintenant une espece en voie de disparition: qui utilise encore des machine a ecrire ? Meme le telephone est souvent remplace par les mails !

Quant a la paperasse elle existe. Elle est souvent maintenant sous forme de tableau exel a remplir mais que personne ne va lire ... Ca n a rien a voir avec l etat d ailleurs mais tout avec une bureaucratie privee: assurance qualite, gestion de projet ...
a écrit le 21/12/2016 à 16:51 :
C'est tout de même bizarre ...., beaucoup d'experts et autres économistes, à l'unisson disaient depuis 2011 ..et .expliquaient , que le manque de résultats positifs à l'export, était dû , au fait que l'Euros est trop cher ,donc pas compétitif contre USD...! et l'énergie et le pétrole bien trop cher aussi ... ? , la pression fiscale fut minimisée (raisons politiques évidentes) et le poids des boulets syndicalistes minoré ! , Nous sommes maintenant en 2016 ,(presque en 2017) ...le prix du pétrole depuis 4 ans est au plancher..., l' Euro à perdu environ 25% contre USD ..., les taux d'intérêts sont plat ...,(donc pas de frais supplémentaires, pour louer de l'argent pour investir éventuellement , ...et malgré cet environnement très favorable , la France n'arrive pas à exporter ...cherchez l'erreur ..
a écrit le 21/12/2016 à 16:49 :
on disait en 2014 que les Français achètent plutôt des petits véhicules. ceux fabriqués à l'étranger par les constructeurs français.
la part de marché des autos françaises en France a dégringolé à 50%, il me semble (la part de marché des autos allemandes reste autour de 70% en Germanie).
les ventes des marques premiums teutonnes progressent en France, de 6% à 9% du marché entre 2010 et 2015.

pas bon pour le commerce extérieur et l'industrie.
a écrit le 21/12/2016 à 16:41 :
+1 avec Blitzkrieg, quand on voit les taxis tous rouler (à part les VTC en 508) en Skoda/Toyota, cela me laisse sans voix et chaque fois que j'en prends un, je me fais un plaisir de leur souligner (que la voiture est fabriquée au Japon/république Tchéque alors que des potes à eux ont perdu leur emploi à Aulnay sous bois) et souvent la réponse est "ah oui c'est vrai, j'y penserai à mon prochain achat".
Bref, les allemands ne se privent pas de privilégier leur industrie quand ils achètent et en France, c'est une habitude qui a été délaissée donc il ne faut pas s'étonner.
Après, les constructeurs français ont raté la montée en gamme, il y a eu aucune reflexion sur ce sujet et la marque DS mettra des années à rattraper le retard...
a écrit le 21/12/2016 à 15:36 :
Je pense que La Germanolatrie, maladie chronique non seulement des élites françaises, qui n'achetent que du Made in Germany, y est aussi pour quelques chose.
Le Made in Germany qui à qualité égale est 20% plus cher que le Made in Italie ou le Made in France.
Ils ont impressionné le monde avec leur Blitzkrieg!
Il faut donc forcement qu'ils soient meilleurs.
Réponse de le 21/12/2016 à 16:46 :
Le recul des parts de marché à l'internat. c'est en pourcentage, mais pas en valeur absolue ou FR pointe toujours à la 5ieme place des exportateurs mondiaux ( en exceptant Hong Kong et NDL, ou les chiffres sont du transit chinois et allemand)... Donc, déroute est idiot et nocif... En valeur relative, la diminution provient simplement de la montée en puissance des pays émergents. Donc, un simple effet d'optique... Pas fort pour l'article !!! Déroute !!! Enfin, l'Allemagne fait effectivement beaucoup d'assemblage, et tamponne "made in Germany" ,mais ce n'est pas vraiment le cas et la qualité s'en ressent !!!!

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