Expatriés : pour le conjoint, « le travail de suiveur est un rôle à temps plein » (5/5)

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Selon une étude, 60% des expatriés considèrent leur expérience professionnelle à l'international comme une promotion tandis que leurs conjoints la voient comme une rétrogradation pour leur propre carrière.
Selon une étude, 60% des expatriés considèrent leur expérience professionnelle à l'international comme une promotion tandis que leurs conjoints la voient comme une rétrogradation pour leur propre carrière. (Crédits : Vladomir Kudinov/Unsplash)
SÉRIE EXPATRIÉS 5/5 - Si l’expatriation comme le retour en France sont, la plupart du temps liés à une situation professionnelle, leur impact est beaucoup plus large, notamment d’un point de vue personnel. Plus de la moitié des candidats au retour sont en couple et sont parents d’un ou plusieurs enfants. Des situations familiales qui viennent ajouter des considérations supplémentaires aux déplacements.

« Lorsque l'on s'expatrie pour suivre son conjoint, ça peut être difficile. Au départ, il y a la partie difficile où l'on interrompt sa carrière sans savoir si l'on pourra revenir et reprendre sa vie professionnelle là où on l'a laissée. Le gros challenge, c'est d'exister », témoigne Alexandra Schneider, partie en Asie d'abord pour suivre son compagnon et restée ensuite pour développer son expérience professionnelle.

Une étude internationale réalisée par Humanis, la Caisse des Français de l'Etranger (CFE) et Expat Communication, révèle que dans 92% des cas d'expatriation, la carrière de l'homme est à l'origine de la mobilité et la femme suit son époux. La même étude révèle que, si 60% des expatriés considèrent leur expérience professionnelle à l'international comme une promotion, leurs conjoints la voient comme une rétrogradation pour leur propre carrière. Et lorsqu'ils travaillent, ceux-ci possèdent des postes souvent inférieurs à leurs attentes. 30% estiment d'ailleurs s'être « sacrifiés » pour l'autre.

Cette situation familiale a un impact autant sur le départ que sur le retour des Français à l'étranger. En plus des soucis courants que rencontrent les expatriés de retour en France (réinscription à la sécurité sociale, recherche de logement, fiscalité...), les accompagnants sont souvent confrontés à des problèmes, notamment liés à l'emploi. Certains ayant quitté leur travail avant le départ pour « accompagner leur conjoint » ont le droit de bénéficier d'allocations chômage, la raison étant reconnue par Pôle emploi. D'autres, doivent entrer dans le système français de recherche d'emploi.

Poursuivre  sa carrière, une grande complexité

Mais la problématique de l'emploi pour le conjoint débute dès la vie à l'étranger. En effet, il n'est pas toujours évident, pour les conjoints de trouver un travail. Françoise Chauvet a choisi de mettre entre parenthèse sa vie professionnelle pour suivre son époux.

« A 45 ans, j'ai suivi mon mari qui a été expatrié en Asie au sein d'une succursale de son entreprise. J'ai d'abord pris un congé sabbatique puis, après 4 ou 5 ans, j'ai dû démissionner. Je n'ai pas essayé de travailler sur place car à Hong-Kong c'était trop complexe et à Rome, il fallait parler la langue. Je me suis laissée porter par les visites et, très vite, je me suis rapprochée des associations d'accueil d'expatriés français à l'étranger. »

A son retour en France, elle n'a pas souhaité retrouver un travail d'emblée ou commencer les démarches auprès de Pole emploi, « souhaitant s'octroyer un peu de temps pour atterrir », témoigne-t-elle. La situation a été similaire pour Christine Demmel, présidente de l'association France Retour accueil et ancienne expatriée. Elle a suivi son mari pendant près de 30 ans en Hongrie et en Belgique, notamment.

« Je suis fonctionnaire en disponibilité. Je pouvais reprendre le travail quand je voulais. Au final, je ne l'ai pas fait. C'était compliqué. »

Temps partiel et nécessité de s'adapter

Agnès Brouhard, elle aussi « suiveuse », comme elle le dit, a trouvé en quelque sorte une parade pour ne pas mettre entièrement de côté sa profession de pharmacienne. « Je fais des remplacements, pour garder le métier et conserver les compétences. » Pour pallier le manque d'un travail régulier, elle confie suivre les lectures concernant son domaine d'activité. En parallèle, elle aussi s'est orientée vers le bénévolat. Pour le retour, elle a géré toutes les démarches administratives... moins simples qu'elles n'y paraissent. Une tâche qu'elle a remplie avec sérieux en l'associant aux missions du 'conjoint d'expat' : « Le travail de 'suiveur' est un rôle à temps plein. »

> Lire aussi Expatriés : « Chacun est moteur de sa carrière »

Sabine de la Villemarqué, qui travaillait dans une banque et a suivi son mari en Chine et aux Etats-Unis, a profité de son expatriation pour reprendre des études en passant par un centre de formation à distance, se tournant alors vers l'enseignement. En se déplaçant au rythme des mutations professionnelles de son mari, elle a accepté l'instabilité qui va avec :

« Dans les postes que j'ai occupés, dans ce type de situation, il n'y a pas de préavis possible. »

Revenue en France depuis pour se rapprocher de ses enfants installés en Europe, la Française a tout de même pu travailler un an à New York puis une autre année à Hong-Kong, en multipliant, en parallèle, les activités associatives.

Le manque d'informations concernant les conjoints étrangers

Après les difficultés d'accommodation rencontrés lors de l'expatriation, vient une nouvelle problématique lors du retour en France : le manque d'informations concernant les conjoints étrangers désireux d'acquérir la nationalité française. Ce souci de clarté est l'un des points relevés dans le rapport de la sénatrice Hélène Conway-Mouret, sur le retour en France. D'après les chiffres du ministère de l'Intérieur, l'immigration familiale en France représente près de 50% des motifs d'immigration à destination de la France et les conjoints de Français en constituent la part la plus importante. Or, les informations concernant les conditions à remplir, les démarches administratives, les types de cartes de séjour et de visa, peuvent être confuses. D'autant qu'elles ne sont pas les mêmes si le couple est marié ou pacsé - dans ce cas, la protection est moins importante que pour un mariage. Cette lacune dans le système français pousse même certains à complètement modifier leurs plans, comme le montre ce témoignage recueilli dans le rapport d'Hélène Conway-Mouret.

« Je suis pacsé depuis trois ans avec une Chinoise, qui n'a pas droit à un visa long séjour... J'avais très peu d'informations sur la procédure à suivre. Du coup, nous avons accéléré la préparation de notre mariage. »

 Source: Caisse des Français de l'Etranger (CFE), Humanis et Expat Communication

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Commentaires
a écrit le 25/08/2017 à 19:45 :
Tous ces articles font référence à du personnel détaché, pas à des expatriés ! Chez les expatriés, l'épouse cherche du boulot comme son mari, car elle sait que c'est son seul choix à long terme. Cela dit, on voit bien l'effet dévastateur qu'aurait le revenu universel si on l'instaurait en France: les gens, sachant qu'ils dépendent entièrement de ce revenu, ne se remueraient pas pour chercher du boulot. Pour ce qui est du logement, quand on est détaché, on garde son logement ou on le loue :-)
a écrit le 25/08/2017 à 12:08 :
Depuis que je vis ici, j'ai connu un nombre important de francaises esseulees, sans boulot a passer le temps au cafe a papoter avec les copines dans des situations ubuesques. Les maris souvent en mission en Chine, absents pour de longs jours, alors pour passer le temps, ca fricottait de tout cotes, les francaises sont reputees localement pour avoir la jupette haute et legere...
Réponse de le 25/08/2017 à 18:41 :
Un commentaire complètement misogyne.
Réponse de le 26/08/2017 à 9:15 :
j'ai connu un nombre important de françaises esseulées,...
Que des françaises ?

Tous les pays ont leur lot de femmes délaissées par leurs maris et il existe partout des lieux de rencontre ( et je ne parle pas de l'internet et de ces clubs de rencontre de 5 a 7 )...

Mettre une nationalité sur les femmes frivoles est stupide et reflète une incompréhension du problème ...

Pour ma part , les plus fidèles ne vont pas sur les spots de rencontre ... Ceux qui y vont ne cherchant qu'un plaisir facile et surtout un besoin de plaire .
Cela relève plus de l'éducation que du pays de naissance .
Voyager et je doute que vous puissiez contredire mes propos .

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