Généralisation du tiers payant, oui mais...

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Le conseil constitutionnel valide le tiers payant pour la partie remboursée par la "Sécu", mais pas celle prise en charge par les mutuelles, contrairement à ce que souhaitait la ministre des Affaires sociales.
Le conseil constitutionnel valide le tiers payant pour la partie remboursée par la "Sécu", mais pas celle prise en charge par les mutuelles, contrairement à ce que souhaitait la ministre des Affaires sociales. (Crédits : © Regis Duvignau / Reuters)
Le Conseil constitutionnel ne valide que le tiers payant pour la partie remboursée par la "Sécu", pas celle prise en charge par les mutuelles.

Mesure phare de la loi Santé, la généralisation du tiers payant a été partiellement rétoquée ce jeudi 21 janvier par le Conseil constitutionnel qui l'a jugée "pas suffisamment encadrée" pour les complémentaires.

Le projet de loi sur la modernisation du système de santé, contre lequel se sont élevés la droite et les médecins depuis plusieurs mois, avait été définitivement adopté le 17 décembre après un long débat parlementaire.

Plus de soixante députés et plus de soixante sénateurs, à l'initiative du groupe "Les Républicains" (LR), avaient saisi les "Sages" pour contester le texte, à l'origine d'une forte mobilisation des professionnels de santé.

Le Conseil constitutionnel a validé ce jeudi la principale mesure de la loi Santé: la généralisation progressive du tiers payant d'ici à 2017, pour les organismes d'assurance maladie de base.

Le tiers payant généralisé dès le 1er juillet...

Dès le 1er juillet, les professionnels de santé en ville pourront dispenser de l'avance des frais les patients pris en charge à 100% par l'Assurance maladie (maladies de longue durée, femmes enceintes, etc.). Fin 2016, le tiers payant deviendra un droit pour tous ces patients uniquement, soit 15 millions de Français, selon le ministère.

Dans un communiqué, la ministre de la Santé Marisol Touraine "se réjouit de la validation par les sages de la quasi totalité de la loi" qui repose sur "un choix politique fort", celui de "garantir l'accès aux soins" et de "créer de nouveaux droits pour les patients".

Outre la généralisation du tiers payant, la loi Santé comprend d'autres mesures: lutte contre la maigreur excessive, expérimentation de salles de consommation de drogue à moindre risque pendant six ans ("salles de shoot") ou suppression du délai de réflexion de sept jours qui était imposé aux femmes souhaitant une interruption volontaire de grossesse.

Sur un autre sujet, avec l'autorisation du Conseil constitutionnel, les paquets neutres de cigarettes (mêmes forme, taille et typographie, sans logo, mais avec la marque en petits caractères) seront par ailleurs obligatoires à partir du 20 mai 2016, au grand dam des buralistes et des "cigarettiers".

 ... mais pas pour la partie remboursée par les mutuelles

Mais le plus important n'est pas là. Le gouvernement subit un sérieux revers avec la censure de l'extension, à compter du 1er janvier 2017, du tiers payant pour les organismes d'assurance maladie complémentaires.

Le Conseil constitutionnel a estimé "que le législateur n'a pas suffisamment encadré ce dispositif et a ainsi méconnu l'étendue de sa propre compétence", a-t-il développé dans un communiqué.

Concrètement, le tiers payant ne deviendra un droit pour tous les Français au 30 novembre 2017 que "pour la partie remboursée par la Sécurité sociale", explique le ministère.

Actuellement, généralement, sur une consultation à 23 euros, 15,10 sont remboursés par l'Assurance maladie et 6,90 par la mutuelle. Sans obligation pour les complémentaires, le patient devrait payer ces 6,90 euros.

Le gouvernement a toujours promis que le tiers payant serait "simple", sans convaincre les médecins. Ces derniers craignent un surcroît de travail administratif, des retards de paiement, voire des impayés, notamment en raison de la multitude de complémentaires (mutuelles, institution de prévoyance, assurances) existantes.

"Cette décision va tout à fait dans le sens de notre refus de voir les régimes complémentaires venir compliquer la vie des médecins", a déclaré Claude Leicher, le président du principal syndicat de généralistes, MG France.

Les Sages ont "validé nos arguments contre la généralisation du tiers payant", s'est également félicité auprès de l'AFP Jean-Paul Ortiz, président du CSMF, premier syndicat des médecins libéraux.

"L'Assurance maladie repose sur le principe de la solidarité nationale, ce qui n'est pas le cas des assurances complémentaires" qui, elles, "ont besoin d'un bilan positif", a-t-il poursuivi.

(Avec AFP)

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a écrit le 23/01/2016 à 14:31 :
Le tiers payant généralisé, c'est une lutte de plus de 40 ans entre la Sécu et les médecins libéraux, qui va s'achever avec la fin de la médecine libérale de ville , de campagne et les cliniques privées . Il s'agit d'une lutte de classe achevée .

Les patients ne savent pas que, en échange des honoraires contenues et le remboursement partiel des soins et consultation dans la convention médicale , les médecins disposaient d'une prise en charge de leur couverture sociale et surtout de leur retraite.

Cet convention à été régulièrement torpillée par les syndicats à qui l'Etat a donné imprudemment la gestion des caisses sociales .

Le résultat matériel pour les praticiens : grignotage constant des honoraires , désengagement de la participation au financement de la retraite, majoration des cotisations sociales sans contrepartie.

Le résultat social : les déserts médicaux , le désintérêt des jeunes pour ce métier . 50 % des médecins masculins ont plus de 60 ans, 50 % de médecins femmes ont plus de 50 ans.

Âge moyen des spécialistes de l'urgence chirurgicale ( chirurgien , anesthésiste, accoucheur ) 64 ans.

Il reste un dernier bastion à prendre le capital de la CARMF ( caisse de retraite des médecins libéraux), pour les spolier définitivement dans le régime générale.

Il faut être fou pour faire des études de médecine en 2016. 10 ans de galère , pour finir petit salarié d'un système soviétique ...

a écrit le 22/01/2016 à 18:19 :
"mais pas pour la partie remboursée par les mutuelles" elles complètent à 100% ? Sinon ça compliquerait la gestion, il faudrait réclamer de l'argent ensuite au malade, ayant rien payé chez le médecin.
a écrit le 22/01/2016 à 15:39 :
Avec ce petit dérapage sous la pression de syndicats de médecins, c'est surtout les mutuelles qui vont s'engouffrer pour assurer les soins à moindre coût dans leurs dispensaires; la médecine libérale a du plomb dans l'aile. La tête semble un peu creuse.
a écrit le 22/01/2016 à 12:49 :
Pour moi l'accès aux soins est un droit inaliénable que seul l'état peut garantir. Le privé n'a rien a y faire.

Donc, on rétablit les dispensaires gratuits de quartier où l'on peut consulter gratuitement des médecins, des pédiatres, des dentistes, des ophtalmologistes. On requinque les hopitaux publics, que ce ne soit plus une peine pour ceux qui y travaillent et s'y font soigner. Tout le personnel est fonctionnarisé, pour que nul n'ait intérêt à prodiguer des soins inutiles ou baclés, avec un contrôle a postériori sur la qualité des soins

Les meilleurs soignants seront invités à prendre des responsabilités, les autres stagneront et n'aurons pas de pouvoirs.

Ensuite on interdit tout déficit à la branche santé. Si un déficit devait arriver une année, on augmenterait l'année suivante les prélèvements sociaux de deux fois la somme manquante pour combler immédiatement le trou (et éviter l'endettement) et pallier aux éventuels dérapages de l'année suivante.
Cette opération vérité permettra à l'ensemble de la population de prendre conscience du coût de la maladie.
Réponse de le 22/01/2016 à 14:23 :
Un passage tiré de "Les misérables"
Zola (la version sous titrée en Coréen du Nord)
J' ai bon ?
Réponse de le 22/01/2016 à 14:42 :
Sur quels critères seront distingués les"meilleurs soignants" , des critères économiques ou médicaux et par qui: patients,soignants, administratifs... ?
Vous oubliez de supprimer les établissements privés pour éviter d'y voir partir les meilleurs praticiens attirés par l'appât du gain .
N'oubliez pas non plus de nationaliser l'industrie pharmaceutique .
Mais tout cela et j'en oublie ne vous garantira pas qu'il n'y aura "pas de soins inutiles ou bâclés " "
a écrit le 22/01/2016 à 9:46 :
est ce qu'on pourra venir se shooter gratuitement pris en charge a 100% sans avance des frais?
parce que vu le prix de la poudre, ca devrait etre rembourse par la secu, ca serait une mesure de justice sociale de gauche par rapport a ceux qui n'ont pas les moyens de s'offrir de la poudre de bonne qualite
Réponse de le 22/01/2016 à 13:23 :
La mairie de Paris organise une distribution gratuite d'air canabisoïsée tous les soirs en été au quai Saint Bernard : il suffit de se mettre à proximité des alvéoles et de respirer...
a écrit le 22/01/2016 à 8:27 :
Pauvre Ministre : quelle nouvelle claque !!
a écrit le 22/01/2016 à 8:25 :
La bonne mesure est effectivement d'en rester au tiers payant de la SS (couvrant en particulier la CMU) qui ne pose aucun pb pour les professions de santé et de laisser les mutuelles et les assureurs faire de leur côté des offres d'avance de trésorerie aux assurés. C'est simplement du bon sens.
a écrit le 22/01/2016 à 6:37 :
Ce n'est pas aux médecins de gérer les assurances de chacun, comme ce n'est pas aux employeurs à le faire. Ces derniers devraient refuser aussi au lieu de se laisser imposer toujours plus de contraintes administratives.
Réponse de le 22/01/2016 à 11:25 :
pauvre france

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