Pourquoi la construction bois devient une priorité pour l'Etat

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Le bâtiment en bois a-t-il de l'avenir?
Le bâtiment en bois a-t-il de l'avenir? (Crédits : Décideurs en région)
Un appel à manifestation d'intérêt (AMI) pour trouver des collectivités susceptibles d'accueillir des immeubles de grande hauteur en bois a été lancé ce mardi par le gouvernement. Cette annonce est une nouvelle preuve de l'intérêt grandissant de l'exécutif pour la filière bois, qui représente des enjeux écologiques et environnementaux majeurs.

En cette période post-Cop 21, la filière bois a le vent en poupe. Salué pour ses propriétés environnementales, ce matériau est érigé en priorité par le gouvernement, notamment dans le secteur du bâtiment, l'un des plus consommateurs d'énergie. Il représente en effet une part substantielle des émissions de CO2 en France - 25 % selon les professionnels du secteur - aussi bien en phase de construction qu'en phase d'exploitation.

Ce n'est donc pas une surprise si l'utilisation de ce matériau végétal pour construire qui, en plus d'être un très bon isolant thermique, stocke le CO2 là où le béton en produit, attire l'attention des dirigeants politiques. « Ce matériau fait partie des grands enjeux de la COP 21. Un mètre cube de bois c'est une tonne de carbone stockée ! », a martelé ce mardi le ministre de l'agriculture Stéphane Le Foll, au moment du lancement d'un appel à manifestation d'intérêt (AMI) pour trouver des collectivités susceptibles d'accueillir des immeubles de grande hauteur en bois, afin d'ouvrir la voie au développement de la filière.

Enjeu économique

Car au-delà de l'enjeu environnemental, la filière bois revêt un enjeu économique de premier ordre en France. En effet la forêt métropolitaine représente 30 % du territoire national, soit 16,5 millions d'hectares, et 10 % des surfaces forestières européennes. Une ressource domestique colossale... mais « la part bois dans les matériaux de construction stagne en France autour de 10 % alors qu'elle est de 15 % en Allemagne et 35 % en Scandinavie et aux Etats-Unis. », regrette Stéphane Le Foll.

Pire encore, la balance commerciale de la filière bois française reste très déficitaire de 6 milliards d'euros. « On importe encore beaucoup de bois en France, c'est dommage de passer à côté d'une filière aussi importante », regrettait aussi ce mardi la ministre du Logement Emmanuelle Cosse. Un échec incontestable pour un secteur qui génère au global 60 milliards d'euros de chiffre d'affaires, et pèse 440.000 emplois directs et indirects.

Hêtre ou ne pas hêtre ?

Pour donner une nouvelle impulsion au secteur, les acteurs publics et privés tentent de mobiliser les volumes de bois actuellement non exploités, « afin d'éviter que l'accroissement de la demande domestique en ressource bois soit couvert par une augmentation des importations alors même que le pays détient de la ressource ».

A défaut, « la France risque de devenir un pays producteur exportateur de matière première sans transformation ni valeur ajoutée sur le territoire national », s'inquiète le ministère de l'Agriculture, qui rappelle aussi que « le scénario hêtre du début des années 2000 - où l'industrie de transformation était trop faible pour exploiter la qualité de bois (ndlr) -  ne doit pas se reproduire sur d'autres essences emblématiques de la France ».

Pour trouver des débouchés, à l'international notamment, la filière bois française a du reste besoin de moyens financiers afin d'entretenir les forêts et de les renouveler dans le temps, soit « au minimum 150 millions d'euros par an », rappelait il y a quelques mois Luc Charmasson, le président de France bois industries entreprises.

Peu d'immeubles en bois

Déjà très utilisé pour la construction de maisons individuelles, le bois l'est toutefois moins jusqu'ici pour les programmes de logements collectifs. Pourtant, en tant que matière sèche, le bois a un intérêt très pratique : il permet de densifier plus facilement dans les villes, par le biais de surélévations d'immeubles ou de constructions sur des dents creuses, des enjeux majeurs dans les métropoles françaises.

C'est aussi pour cela que le gouvernement soutient la filière et a lancé cet appel à manifestation d'intérêt (AMI) qui doit montrer aux différents acteurs de l'urbanisme que le bois à toutes les capacités pour être généralisé dans les villes.

Lutter contre les préjugés

Car au-delà du syndrome des « trois petits cochons » qui a érigé le bois comme un matériau peu solide et trop léger dans l'inconscient collectif, il demeure des barrières psychologiques importantes concernant sa capacité à ne pas prendre l'humidité ou à résister au feu. Pour aller à l'encontre de ces préconçus, Nicolas Ferrand, directeur général des établissements publics d'aménagement de Marne-la-Vallée, tente de convaincre les élus et les techniciens que les immeubles en bois ne sont pas « des futures copropriétés dégradées ».

Sur son territoire, où devraient être construits 650 logements en bois cette année, il lance des opérations innovantes d'immeubles en bois afin de faire changer les mentalités. Concrètement, il fait construire des bâtiments en bois à énergie positive élaborés grâce à des maquettes numériques, ou même des parkings dans des immeubles en bois. Un vrai défi, car les voitures représentent un risque d'inflammabilité important. De quoi, peut-être, en finir avec ce mythe des "trois petits cochons" et ouvrir définitivement la voie à une filière d'avenir qui se développe sur un marché, celui du bâtiment, déjà très mature et attaché au béton.

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Commentaires
a écrit le 04/07/2016 à 0:00 :
Sans s'attarder sur l'équivalence réelle d'une tonne de bois en terme de CO2, il faudrait corriger l'expression : une tonne de bois utilisé aujourd'hui permettra de stocker du CO2 (une tonne ?) au cours des 30 prochaines années s'il est replanté.
Le béton ne génère pas de CO2, exact mais il contient environ 15% de ciment qui, lui, produit 930kg de CO2 par tonne. Un m3 de béton = 90 à 200 kg de CO2 émis.
En France, on semble découvrir la construction bois que l'on a fait passer pendant longtemps pour une technique d'un autre temps. Modernité oblige. Mais de nombreux pays on conservé cette tradition et non sans raison.
Au pays de Descartes, on manque un peu de logique. Il faut utiliser la technique la plus appropriée et arrêter de suivre ses habitudes.
a écrit le 10/06/2016 à 13:30 :
A votre avis
le bois,
lorsqu'il est coupé pour servir à la construction stocke-t-il le CO2?
Et ou voyez vous que le béton a une action sur le CO2.
Le béton est inerte.
Même lors de la fabrication.
Il ne faut pas confondre avec la brique.
a écrit le 08/06/2016 à 21:28 :
Le ministre de l'agriculture Stéphane Le Foll aurait dit «... Un mètre cube de bois c'est une tonne de carbone stockée ! » Ben voyons (!)
Sachant que les principaux constituants du bois sont la cellulose et la lignine composées, outre de carbone, d'hydrogène et - surtout - d'oxygène, que d'autres éléments seront évacués dans la fumée lors d'une combustion - azote, souffre... - ou se retrouveront dans les cendres, on ne peut que constater qu'un volume donné de bois ne peut que peser plus lourd que sont seul poids en carbone... lui-même égale au poids d'eau pure d'un volume identique (un mètre cube d'eau, cela fait une tonne) : donc tout morceau, sec ou vert (à oui, j'oubliais : l'humidité du bois, qui rajoute encore du poids...) doit ainsi couler à pic ! Mais comment font donc des gens tels que les bûcherons canadiens pour transporter leur bois par flottage sur des cours d'eau ?
C'est en répondant de telles inepties pseudo scientifiques que l'on décrédibilise la science et que l'on en détourne les jeunes générations, même si au départ c'était pour la bonne cause. Quand vérifiera-t-on le niveau scolaire de ceux que l'on nomme ministres ?
Réponse de le 14/06/2016 à 11:56 :
Bonjour Monsieur,
Plutôt que de vous lancer dans une critique non constructive, pourquoi ne pas simplement corriger l'information ?

1 m3 de bois mis en œuvre = 1 tonne de CO2 stockée.

Explication pour du bois sec (HR 15%) :
Masse volumique du résineux : 0.5 T/m3
Densité en Carbone d'un résineux : 0.5
Rapport des masses molaires : C = 12 g/mol ; O = 16 g/mol ; CO2 = 44 g/mol donc il faut 44/12 = 3.67 kg de CO2 pour stocker 1 kg de C.

Pour du bois sec type résineux on a donc :
0.5 Tbois/m3 * 0.5 TC/Tbois * 3.67 TCO2/TC = 0.9 TCO2/m3

L'approximation 1 m3 de bois mis en œuvre = 1 Tonne de CO2 stockée permet un rappel plus aisé.

A cela nous pourrions également ajouter le CO2 non émis par la construction classique non mise en œuvre, mais il s'agit d'un autre débat.

Cordialement,
a écrit le 08/06/2016 à 16:57 :
De toute façon le durable est une notion relative.
Dans mon village l'imbécile de maire précédent a décidé de fermer les deux écoles, celle du hameau ou on vit plus peuplé que le village avec une école solide du double des besoins, et celle du village batisse du début 20 tième pour en construire une toute neuve, bien sur au village 5 classes.
25 ans après faut tout refaire budget estimé 100 m d'euro.
Alors en bois c'est tout bon.
a écrit le 08/06/2016 à 14:16 :
Pour le moment, les maisons en pierre tiennent plusieurs centaines d'année et en parpaings et briques plus de 50 ans.
Pour le bois et panneaux solaires, il faut laisser les autres expérimenter d'abord.
Réponse de le 08/06/2016 à 14:46 :
tout a fait raison il faut l'expèrimenter avant tout
a écrit le 08/06/2016 à 13:03 :
Comme aux us : au bout de 30 ans, tu jettes ta maison, ou si tu veux qu'elle dure, tu la repeins tous les ans. Notes, l'avantage c'est que ça brule mieux.
Réponse de le 08/06/2016 à 14:36 :
C'est exactement cela. La maison était encore l'un des rares domaines pas encore contaminé par l'obsolescence programmée. Les problèmes d'héritages sont définitivement résolus avec ce genre de cages a poules en carton :-)
a écrit le 08/06/2016 à 8:13 :
Une baisse de TVA ou taxes sur tous les produits verts et écologiques en plus d'être locales serait la bienvenue !
Réponse de le 08/06/2016 à 13:02 :
Touta fé : pour faire de l' "écologie", il faut un maximum d'argent.
a écrit le 08/06/2016 à 5:13 :
La, encore, les pouvoirs publics, meles au lobbies locaux ont un grand temps de retard.
En Coree, nombre de nouveaux batiments en centre ville, en peripherie et a la campagne l'on construit en bois. Plus rapide a eriger, economique, isolant.
Quant aux commentaires sujet a la durabilite des panneaux, de notre expert en solaire, no comment.
a écrit le 07/06/2016 à 23:29 :
Les constructions que l'on voit sont minables . C'est encore un truc d'écolo ...
Réponse de le 08/06/2016 à 12:51 :
L'ossature bois, c'est très bien. Le bois en extérieur, (la façade) ce n'est pas adapté partout. Dans le sud-est, par exemple, le "pays des extrêmes" où il fait pas mal chaud en été et très sec, où il peut y avoir d'énormes orages voire des inondations et donc pas mal d'humidité avec un hiver où il y a un vent glacial le célèbre Mistral et un froid de canard. Sans parler des remontées d'infiltrations d'eau et des mouvements du sol sur certains terrains. Le bois a besoin de beaucoup de soin pour ne pas craqueler...
Ce n'est pas pour rien si les fenêtres en bois ont laissé la place aux fenêtres en PVC. Certaines peintures professionnelles pour volets... sont très durables quand elle sont bien posées, elles sont juste "mangées" par les intempéries... Mais dès qu'on fait à l'économie, c'est la catastrophe en deux, trois ans, au mieux. Alors que le parpaing, le béton armé, il faut déjà être un sacré radin pour provoquer un problème parce qu'on ne respecte pas les normes pour augmenter sa marge.
Cela dit maintenant il y a des isolations par l'extérieur, qui évitent de crépir régulièrement donc cela doit aussi pouvoir se faire sur une maison bois et la protéger pour des dizaines d'années.
a écrit le 07/06/2016 à 21:19 :
Les maisons en bois c'est moins cher à la construction mais il faut faire trés attention à la peinture ou à la lasure !Je vois a coté de chez moi des maisons en bois recentes dont la surface c'est trés vite degradée surtout les maisons lasurées ce qui donne un aspect trés sale !Et là il faut tout refaire ,ponçage et de nouveau deux ou trois couches pour refaire encore dans 10 ans meme avec du Sikens !Les maisons en briques ou moellons avec crépis (plastifié ) teinté dans la masse sont quasiment inalterables dans le temps !Et quand il s'agit d'estimer le bien et le revendre c'est pas pareil !C'est comme les panneaux solaires qui ont une courte durée de vie et des performances qui s'amenuisent avec le temps !Comment vendre ou faire estimer sa maison qui a une énorme balafre sur le toit avec des panneaux solaires hors service ou trés proche de l'etre d'autant que rien ne dit que les trés allechantes aides recentes vont se perpetuer dans le futur .......
Réponse de le 07/06/2016 à 22:54 :
Encore un qui ne connait pas grand chose au sujet et s'invente une expertise. Panneaux solaires : 10 à 12 ans de garantie produit, 25 ans de garantie de fonctionnement a 80% du rendement. Soit 2 fois et demi la garantie décennale de la maison.
Le bois grise, c'est normal mais il est extrêmement durable et résistant, comme le prouvent les datchas russes ou les maison canadienne. Allez, va plastifier tes moellons ...
Réponse de le 08/06/2016 à 8:15 :
Il faut nettoyer vos panneaux solaires de temps en temps !
Réponse de le 08/06/2016 à 13:06 :
Optimist, il est clair que vous n'y connaissez rien en panneaux solaires. Et donc, effectivement, pour la MAJORITE, au bout de 10 ans, la puissance fournie baisse de 30 à 50%. Vérifiez, vous verrez.
a écrit le 07/06/2016 à 20:50 :
Voir article "quand le bois "pauvre" européen est transformé en bois de luxe" (la tribune du 01 juin 2016), ça donne une indication.
a écrit le 07/06/2016 à 19:40 :
Si le bois n’est pas incombustible, il présente une excellente tenue au feu. Grâce à sa faible conductivité thermique, il transmet la chaleur 12 fois moins vite que le béton, 250 fois moins vite que l’acier et 1 500 fois moins vite que l’aluminium. Au cours de la combustion, une couche carbonisée se forme à sa surface : huit fois plus isolante que le bois naturel, cette couche ralentit la combustion du matériau (0,7 mm par face et par minute). Les ossatures et poteaux-poutres en bois conservent leurs capacités mécaniques plus longtemps. Autre sécurité : prêt à se rompre, le bois craque et offre ainsi un signal d'alarme. Une charpente en bois donne la possibilité d'un temps d'intervention plus long qu'une structure en béton ou acier, du fait de sa plus faible conductivité thermique. Un atout supplémentaire pour les constructions en bois qui tendent à se multiplier, en particulier dans les bâtiments collectifs.
Réponse de le 08/06/2016 à 12:59 :
Tout cela est vrai auquel il faut rajouter la qualité anti-simique.
Pou habiter dans un chalet norvégien en rondins depuis 38 ans, je peux témoigner de la qualité de vie à l'intérieur grâce à une stabilité hygrométrique qu'on ne retrouve jamais dans une maison en pierre, parpaings, béton. Quant à l'entretien il est quasi nul à l'intérieur, les bois sont apparents, ni tapisserie, ni peinture, ni lasure. Il ne faut par contre pas être un intégriste de l'éradication de la poussière...Pour l'extérieur, soit ne jamais rien mettre et laisser le bois vieillir, sinon tous les 5 ans une couche de lasure incolore (Sikkens) avec filtre UV.
Je suis plus que favorable à la construction en "vrai"bois, et plutôt circonspect quand à l'utilisation des Agglomérés, Osb, Contreplaqués pour la construction et plus encore pour les grandes hauteurs.
a écrit le 07/06/2016 à 18:42 :
Très bonne initiative si on gère ça bien et à long terme, et avec des ressources locales. Pas question de tout couper bêtement, pas question de traiter avec des produits cancérigènes; Le bois est traditionnellement utilisé en montagne, où il prouve ses qualités depuis fort longtemps.
a écrit le 07/06/2016 à 17:44 :
L'article oublie un point important: Il s'agit de remplacer le beton, dont la fabrication emet enormement de CO2, et qui utilise du sable extrait de nos rivieres et nos plages avec un impact ecologique majeur.

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