Quel bilan pour Macron à Bercy ?

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Le potentiel candidat à la présidentielle sait qu'il sera aussi jugé sur son bilan au ministère de l'Economie.
Le potentiel candidat à la présidentielle sait qu'il sera aussi jugé sur son bilan au ministère de l'Economie. (Crédits : © Charles Platiau / Reuters)
Emmanuel Macron quitte Bercy quelques semaines après le premier anniversaire de sa loi, tant décriée et débattue. L'occasion de faire un premier bilan sur une batterie de mesures qui vise à relancer l'économie française.

Article publié le 5 août, mis à jour le 30 août 2016

Après deux années passées au ministère de l'économie, Emmanuel Macron a quitté le gouvernement, mardi 30 août. Il laisse derrière lui une loi, notamment, pour "la croissance, l'activité et l'égalité des chances économiques". Qui ne se souvient pas de ce premier 49-3 dégainé sous la présidence de François Hollande ? En dépit des cent-onze heures de débats parlementaires auxquelles s'était frotté Emmanuel Macron, le jeune ministre de l'Economie avait été contraint de voir son projet de loi adopté en première lecture à l'aide du désormais célèbre article de la Constitution. Un mal pour un bien?

Une rapidité d'exécution qui détonne

Ce n'est pas chose commune en France que de voir la quasi intégralité d'articles législatifs appliquée après seulement un an d'existence. Alors que les lois en France sont généralement mises en oeuvre de manière excessivement lente, c'est avec une fierté non dissimulée qu'Emmanuel Macron a annoncé jeudi à La Dépêche du Midi que sa "Loi pour la croissance, l'activité et l'égalité des chances économiques" avait échappé à cette norme bien française.

"Un an après, la quasi-totalité de la loi est en application : 60 % de cette loi était directement applicable, donc en vigueur depuis un an, et les 40 % restants nécessitaient des décrets qui ont quasiment tous été pris" a affirmé le ministre de l'Economie au quotidien régional.

Plus précisément, parmi les 85 décrets et 26 ordonnances qui devaient encore être rédigés par le gouvernement après la promulgation de la loi le 6 août 2015, 75 et 14 respectivement "sont prêts ou déjà publiés" a indiqué Emmanuel Macron lors d'une conférence-bilan sur sa loi à Bercy en mars dernier.

Mais si cette loi s'est distinguée des autres par son application rapide et efficace, ses effets économiques jugés restreints sont sujets à discussion.

Une libéralisation des services et des commerces très concrète

La loi du ministre de l'Economie avait un objectif concret : libérer les forces économiques du pays pour booster la croissance. Emmanuel Macron en a même fait son credo politique et n'hésite pas à le dire : "Cette loi porte une série de mesures très concrètes qui ont commencé à changer le quotidien des français", soutient-il dans La Dépêche du Midi.

Première mesure phare : le développement du transport par autocar, jusqu'alors réservé uniquement aux lignes transfrontalières. Sur le site du gouvernement on peut ainsi lire que plus de 3 millions de passagers ont été transportés en car ces dix derniers mois (comparé au maigre chiffre de 110.000 en 2014). Sept cent quinze lignes quotidiennes reliant 157 villes françaises sont aujourd'hui actives, soit deux fois plus qu'en septembre 2015. Le fondateur du mouvement politique" En Marche!" revendique également 1.500 emplois créés dans ce seul secteur.  Force est de constater que grâce à des prix de lancement attractifs (sur Isilines, principale compagnie de car, un Paris-Lyon réservé deux jours à l'avance coûte seulement 15 euros), ce mode de transport a su convaincre une clientèle essentiellement jeune. Chez OuiBus (filiale de la SNCF et concurrent de Isilines), 35% des passagers ont moins de 35 ans. A noter néanmoins que si cette mesure est une réussite pour les consommateurs, les prix extrêmement bas contraignent les compagnies d'autocars qui seront vite forcées d'augmenter leurs tarifs. La rapide concentration de ce marché autour de trois acteurs principaux (Ouibus, Flixbus et Isilines) devrait aussi pousser à la hausse les prix selon un modèle apparenté à l'oligopole.

"Les prix augmenteront parce qu'ils doivent correspondre à la réalité du coût de production", a assuré à l'AFP Roland de Barbentane, directeur de OuiBus.

La réforme du permis de conduire est un autre porte étendard de cette loi qui se veut disruptive. Les frais de présentation à l'examen après un premier échec ont été interdits tandis que le délai d'attente pour un deuxième passage a été réduit de 98 à 68 jours, permettant une économie pour le candidat allant de 150 à 300 euros. Au final, selon le gouvernement, 200 millions d'euros d'économies pour les consommateurs auraient été permises grâce à l'encadrement des pratiques tarifaires des auto-écoles.

Enfin, troisième outil de cette batterie libérale, l'ouverture des commerces jusqu'à 12 dimanches par an contre 5 auparavant. 43 % des 70 plus grandes villes auraient augmenté le nombre de dimanches en 2016 par rapport à 2015, et 25 % auraient choisi le maximum de 12 dimanches. A Paris le centre commercial Beaugrenelle a annoncé avoir embauché 350 personnes suite à cette mesure. Mais l'efficacité économique de ces embauches est déjà remise en question au vu de l'affluence extrêmement faible à Beaugrenelle toute une partie du dimanche.

Si Bercy estime donc à plusieurs milliers le nombre d'emplois créés par l'ouverture le dimanche, ce chiffre reste cependant très difficile à vérifier et n'est en tout cas pas signe de réussite. N'oublions pas non plus que ces ouvertures étendues dépendent sont conditionnées à un accord avec les syndicats et salariés. Les négociations sont ainsi encore bloquées dans beaucoup de grandes surfaces et chez des distributeurs importants comme la Fnac.

Une série de mesures visant à moderniser le potentiel économique du pays

La loi Macron a également pour but de faire de la France un territoire dynamique, délesté de ses "zones grises" et autres fossés administratifs. Afin de remédier à la fracture numérique qui persiste elle prévoit l'existence d'une couverture mobile dans toutes les communes. Mais si l'Etat a annoncé en janvier dernier mobiliser 30 millions d'euros pour implanter des pylônes électriques apportant le réseau dans les 268 communes qui en sont privées, cet investissement n'a pour l'instant toujours pas été mis en oeuvre.

En parallèle la loi Macron compte moderniser les professions et le domaine du droit. Un décret publié le 20 mai dernier prévoit ainsi d'accélérer le rendu des décisions de la justice prud'homale alors que les délais d'attente s'étendent encore aujourd'hui jusqu'à 27 mois dans certaines juridictions. Concernant les professions, cette loi a mis fin au numerus clausus qui imposait un nombre limité de professionnels implantés sur un territoire donné. Les tarifs et émoluments ont eux été très légèrement diminués comme l'indique l'illustration ci-dessous.

Loi Macron

Enfin la loi intègre différentes réformes de l'épargne salariale. Par exemple, depuis le 1er janvier 2016, le forfait social est abaissé de 20 % à 8 % pour les PME mettant en place un plan d'épargne salariale pour la première fois, et ce pour les six premières années. Une mesure certes utile mais qui laisse dubitatif quant à l'ambition de cette loi qui visait à l'origine à libérer totalement l'économie française.

Pour aller plus loin : l'ensemble des mesures de la Loi Macron sur le site du gouvernement

Un premier bilan en demi-teinte

Car si Emmanuel Macron s'est félicité d'une "loi [qui] prouve que la politique peut encore changer la vie", ce n'est pas l'avis des experts et autres économistes. Ludovic Subran, chef économiste de l'assureur Euler Hermes, a déclaré ce matin à l'AFP que "à part les 1.500 emplois créés par les bus, l'impact est limité. C'est infinitésimal", avant d'ajouter qu'il estimait à seulement 0,05 % l'apport de la loi à la croissance.

Lire aussi : La loi Macron créerait 0,3 points de croissance d'ici à 2020

Un semi-échec qui serait dû à une loi "fourre-tout sans ligne directrice en termes de politique économique" selon Christopher Dembik, économiste de la banque danoise Saxo. C'est le cas notamment de la baisse des frais de notaire qui se révèle finalement très marginale et "très loin de la déréglementation des professions réglementées mises en avant" selon l'économiste de Saxo. Concernant le travail le dimanche, les grandes surfaces se heurtent elles à des résistances syndicales et "le retour de la part des commerçants est qu'il n'y a pas d'augmentation significative du chiffre d'affaires", assure Christopher Dembik.

Au final, il semblerait que cette loi ait davantage eu un impact symbolique qu'économique. "Le plus grand héritage de la loi sera d'avoir donné un grand coup de pied dans la fourmilière et de dire que d'autres pans économiques peuvent être dérégulés en France", plaide ainsi Ludovic Subran. Réveiller l'économie française et faire preuve de bonne volonté auprès des investisseurs étrangers. Voilà la première réussite d'une loi qui en appelle d'autres si elle souhaite vraiment peser sur le long terme.

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Commentaires
a écrit le 01/09/2016 à 13:08 :
Macron un ministre qui a fait beaucoup de dégât,divise la gauche dans sa longueur un bilan maigre c'est une personne qui aime Je pas l'ensemble de la Population Française
a écrit le 31/08/2016 à 11:06 :
Parlons plutot du bilan de Macron AVANT d'etre ministre:conseiller économique du président dès 2012,nous lui devons un des plus grands tabassage fiscal de ces dernières années.....
a écrit le 31/08/2016 à 8:14 :
Chers "journalistes", apprenez a avoir un regard critique sur ce que vous écrivez:
"ce mode de transport a su convaincre une clientèle essentiellement jeune. Chez OuiBus (filiale de la SNCF et concurrent de Isilines), 35% des passagers ont moins de 35 ans".
Selon les chiffres de l'INSEE, au 1er janvier 2016, 42.4% de la population française à moins de 35 ans...
Donc ce serait plutot les "moins jeunes" qui utilisent ce mode de transport.
a écrit le 31/08/2016 à 8:10 :
Le bilan est bien simple! Essaie de mise en application des directives de Bruxelles! Rien qui n'améliore la situation!
a écrit le 30/08/2016 à 20:39 :
Quel bilan ? Ben, pas grand chose, surtout du vent...
a écrit le 30/08/2016 à 20:12 :
C'est affreux de voir tant déloges pour un ministre qui n'a au final rien fait de bien et qui crois avoir sauver le pays... Dans quel état est notre pays? A part le chômage et les prix qui progressent, le reste est à la baisse (salaires, entreprises que délocalisent, notre départ à la retraite qui augmente...) L'avenir est loin d'être rose, plus on vieilli et plus l'enfer s'approche... Je ne sais pas ce que j'ai fais dans une autre vie, mais j'ai du faire beaucoup de mal pour devoir supporter ce pays...
a écrit le 30/08/2016 à 14:53 :
N'a pas payé L'ISF alors qu'ancien banquier d'affaire, il est evident qu'il est millionnaire.
Suite à dénonciation, il a "régularisé" son cas. Belle éthique....
a écrit le 07/08/2016 à 8:15 :
"Demie teinte" qui finira en "fiasco" c'est la marque de fabrique de nos élites
a écrit le 06/08/2016 à 19:50 :
C'etait evident, une loi pour creer des lignes de bus. Quelqu'un a verifié que les bus etaient fabriqués en France ? ils sont fait principalement en Italie et les chauffeurs des francais et non des travailleurs etrangers? Ceci est risible. Combien d'entreprises ont fermé depuis la nomination de M Macron au ministere de l'economie? la desindustrialisation continue gaiement. Regarder le commerce exterieur? meme avec des charges à 0, un euro faible et un petrole en bas, pas une entreprise industrielle se crée. et pourquoi? parce nos dirigeants du Medef préférent produire la où on ne paie pas d'impots (zone franche Maghreb, Pologne, etc...) et Macron!!! il est d'accord avec ses amis des banques pour le transfert des bénéfices. voir ses exonerations sur les dividendes. Continuons comme cela et le FN est au pouvoir dans un an et la gauche enfin balayée et merci qui?
Réponse de le 30/08/2016 à 16:15 :
la gauche balayée ? mais quelle gauche ? celle de Macron ?
a écrit le 06/08/2016 à 6:53 :
Un résultat minable!!!
Macron et ces sous-fifres se gargarisent d'avoir permis de redonner de pouvoir d'achat aux français, d'avoir créé des milliers d'emplois.....
Ce n'est pas en créant 2.000 emplois alors que dans le même temps plusieurs dizaines de milliers sont détruits on peut prétendre représenter une nouvelle donne politique!!!
a écrit le 06/08/2016 à 0:25 :
Il sait ce qu'il fait. C'est un grand petit mais surtout un petit grand. Un futur géant. Vivement !
a écrit le 05/08/2016 à 16:36 :
Un an après, quel bilan pour la loi Macron ?

réponse : micronimique bilan pour maxi dégâts sociétaux et économiques
a écrit le 05/08/2016 à 15:32 :
Quand la dérégulation se fait pour le pire on se marre sans retenue ;)
Et bien sûr ... comme pour toute perversion ... on s'adapte.
Ce genre d'épiphénomène ne mérite même pas une analyse tant ce fut un épisode comique.
a écrit le 05/08/2016 à 14:08 :
Le bilan de la loi Macron, c'est que Macron a appris à débattre devant un auditoire souvent hostile. C'est bon pour sa formation. Il ira loin, à condition bien sur qu'il exprime de bonnes idées.
a écrit le 05/08/2016 à 13:07 :
Rapidité d'exécution qui Détonne, pas qui dénote !!!

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