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Victoire de Trump : quelles conséquences pour l'économie française ?

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La France doit-elle redouter l'arrivée de Donald Trump à la Maison Blanche ?
La France doit-elle redouter l'arrivée de Donald Trump à la Maison Blanche ? (Crédits : ANDREW KELLY)
La victoire de Donald Trump aura-t-elle un impact négatif sur l'économie française ? Les Etats-Unis sont le deuxième partenaire commercial de la France.

Donald Trump a été clair lors de sa campagne électorale. Pour sauver le made in USA, pour que le "Make America Great Again" devienne une réalité, le nouveau président des Etats-Unis a pris l'engagement de protéger l'économie américaine  par une série de mesures protectionnistes. Dénonçant les dérives du libre-échange, il prévoit par exemple de revoir l'accord commercial qui lie son pays avec le Mexique et le Canada, le NAFTA, considérant que cet accord avait entraîné des destructions d'emplois aux Etats-Unis.

Avec les Etats-Unis, la France et l'Union européenne étaient en pleine négociation sur le traité transatlantique (TAFTA ou TTIP), et les discussions étaient à l'arrêt, ou presque. En toute logique, l'arrivée de Donald Trump devrait briser les rêves de ceux qui souhaitaient la mise en place de ce traité. Ceci étant dit, vu les difficultés des pays de l'Union européenne et du Canada à signer le CETA, un accord commercial entre les deux zones économiques pourtant bien moins libéral que le TAFTA, on peut imaginer que la signature de ce dernier aurait pris beaucoup de temps. Et ce, même si Hillary Clinton était arrivée en tête des élections américaines.

Calmer le jeu

Dans ce contexte, il y a fort à parier que les Etats-Unis ne devraient pas durcir leurs relations commerciales avec les pays qui sont aujourd'hui leurs principaux partenaires commerciaux.

" Si Trump met en œuvre son programme de barrières douanières destinées à contrarier les importations chinoises, les autorités monétaires de ce pays vont immanquablement y répondre en dévaluant leur monnaie qui se déprécie déjà depuis deux ans par rapport à la monnaie américaine. Les autorités chinoises vont donc déprécier leur monnaie dans la proportion des droits de douane qui leur seraient imposés ", avance Bruno Colmant, chef économiste de la Banque Degroof Petercam. " Cette situation n'est bien sûr pas désirable puisque la devise chinoise a besoin d'une stabilité de parité depuis sa reconnaissance au titre de monnaie de réserve par le FMI, au même titre que le dollar américain, la livre sterling, l'euro et le yen. Mais les Chinois n'accepteront jamais de voir leur expansion commerciale freinée par les Etats-Unis dont ils sont d'ailleurs les principaux créanciers ", poursuit l'économiste.

Concrètement, les consommateurs américains sont-ils en mesure de se passer de leur smartphones made in China « dessinés aux Etats-Unis » ? Peuvent-ils à coup de relèvements de tarifs douaniers et de quotas rebâtir une industrie des biens d'équipements et faire l'impasse sur les machines-outils allemandes ? Préféreront-ils les voitures américaines aux voitures étrangères sachant que ces dernières, japonaises en tête, représentent 40% des ventes de la voiture neuve ?

Auront-ils le courage de délester leurs tables de vins rouge français et de son incontournable camembert ?

Trêve de plaisanterie. Il est improbable que les relations commerciales entre les Etats-Unis et la France se dégradent subitement après la victoire de Donald Trump même si celui-ci a déclaré à plusieurs reprises pendant la campagne que " la France n'est plus la France " en raison de sa politique en matière de sécurité et de lutte contre le terrorisme jugée "catastrophique" après les attentats de Nice et de Saint-Etienne-du-Rouvray.

L'homme est pragmatique. Son équipe, dont on attend les noms, devrait l'être également et tempérer ses éventuels accès de colère même si des mesures-chocs, symboliques, peuvent être décidées pour "coller" au programme présenté lors de la campagne.

Des liens étroits avec la France

En 2015, les Etats-Unis étaient le deuxième partenaire commercial de la France, derrière l'Allemagne selon les Douanes. Les exportations tricolores vers le pays de l'Oncle Sam se sont élevées à 32,7 milliards d'euros quand celles vers l'Allemagne dépassaient les 71 milliards. Les importations de produits américains atteignant 35 milliards d'euros, la France affiche un déficit bilatéral proche de 2,5 milliards d'euros.

Par ailleurs, il faut rappeler qu'environ 2.500 entreprises françaises sont implantées aux Etats-Unis. Elles y créent des emplois, font de la R&D et participent à la création de richesses outre-Atlantique. Donald Trump prendrait-il le risque absurde de se passer des investisseurs français, et plus globalement des investisseurs étrangers ? En 2015, selon le rapport annuel de Business France, les Etats-Unis étaient les principaux pays d'accueil des investissements étrangers, avec un montant estimé à 384 milliards de dollars. Si tel devait être le cas, quel sort réserverait le gouvernement français aux 1.500 entreprises américaines installées dans l'Hexagone ? Les parcs Disney fermeraient leurs portes ?Toujours selon Business France, les entreprises américaines étaient les principaux investisseurs étrangers en France en 2015, avec 176 projets d'investissements, représentant 10.783 emplois.

Une menace sur le commerce mondial

Si des mesures directes contre les entreprises françaises sont peu à craindre, l'économie tricolore pourrait souffrir des conséquences d'un repli éventuel du dollar qui rognerait la compétitivité-prix du made in France. Pour l'instant, rien n'indique que la Reserve Federale décide de modifier sa politique monétaire et renonce à relever ses taux. La France pourrait aussi d'un isolationnisme commercial américain qui ferait plonger le commerce mondial. Rappelons que les Etats-Unis sont le deuxième exportateur et le premier importateur mondial  selon l'Organisation mondiale du Travail (WTO). Compte tenu de l'expositin de la France au commerce mondial, il y a fort à parier que les dégâts seraient limités.

On le répète, Donald Trump est tout sauf un idéologue. Pragmatique, il devrait tôt ou tard prendre la mesure des conséquences potentielles de ses déclarations enflammées de campagne. Du moins, on l'espère.

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Commentaires
a écrit le 11/11/2016 à 14:27 :
La première chose que Donald Trump va faire, c'est de dénoncer l'accord iranien sur le nucléaire, et faire remonter les cours du pétrole en se désengageant aussi du Moyen-Orient, conséquence, le $ va baisser et les taux remonter, ce qui est très mauvais pour nous.

En ce qui concerne la Chine, l'idée n'est pas de taxer, mais bel et bien de tout relocaliser aux USA, donc les chinois peuvent dévaluer autant qu'ils le veulent, cela n'aura aucune conséquences pour une Amérique qui va contrebalancer ses manques à gagner sur ses exportations, en cessant tout simplement d'importer, la relocalisation des entreprises va élargir l'assiette fiscale et permettre la réduction des impôts.

http://www.latribune.fr/actualites/economie/international/20150205trib78cb4ad09/etats-unis-le-deficit-commercial-atteint-505-milliards-de-dollars.html
a écrit le 10/11/2016 à 10:37 :
Le succès de Trump est en relation avec l'énergie. Qui nous l'expliquera? L'énergie remplace le travail et favorise le chomage. Il faut financer le chomage par une taxe sur l'énergie.
a écrit le 10/11/2016 à 10:05 :
Trump sera un serviteur de l'oligarchie comme les autres.
a écrit le 10/11/2016 à 9:33 :
Trump va être la super excuse des socialos pour justifier la médiocrité de leur bilan :-)
a écrit le 09/11/2016 à 16:22 :
Il y aura au moins un vainqueur Français, c'est la filière Armement. Les ex-alliés vont de plus en plus douter de ne se remettre qu'à leur fidélité commerciale aux USA pour assurer leur défense.
Le récent choix politique polonais pour des hélico US n'a pas d'intérêt géopolitique avec Trump au pouvoir.
a écrit le 09/11/2016 à 15:56 :
C'est son pragmatisme terre a terre qui l'a amené au plus haute fonction, ce que lui demandent ses électeurs c'est des frontières!
a écrit le 09/11/2016 à 15:52 :
en gros et pour résumer votre article, on n'en sait rien. Pas plus d'ailleurs que ses électeurs, c'est assez savoureux. Mon pari va plutôt sur une sorte plutôt de statut quo et en tout cas rien du tout de reveloutionnaire en ce domaine. Il ira au plus facile pour donner l illusion de respecter ses promesses: 1/taper sur les immigrés 2/ faire des grands travaux (à 105% de dettes, soit 19000 milliards, un peu plus ou un peu moins...)
a écrit le 09/11/2016 à 15:48 :
Il y a une belle opportunité pour l'Europe de piquer aux USA une partie des entreprises high tech US dont les dirigeants sont profondément allergiques à Trump et à ses idées. Après tout il ne manque pas d'ingénieurs de qualité en Europe, aussi compétents que ceux qu'ont peut trouver dans la Silicon Valley. Apple, Facebook ou Google déménageant en Europe, ça aurait de la gueule.
Réponse de le 09/11/2016 à 16:32 :
Doux réveur....
Réponse de le 09/11/2016 à 17:36 :
Pour ça, il faudrait que l'UE cesse de voir les entreprises uniquement comme des contribuables.
Réponse de le 10/11/2016 à 8:01 :
Ceci n'arrivera pas. J'ai les même chances de gagner l'élection de Miss France.
Réponse de le 10/11/2016 à 11:45 :
@Benoit: méfie-toi, parce que dans la France du mariage gay de Hollande, tu pourrais avoir des gens qui te déclarent miss France :-)
a écrit le 09/11/2016 à 15:42 :
Pour les américains rien ne change , pour les français non plus.Pour le complex militaro industriel qui a soutenu Hilary va falloir débourser le double pour se faire pardonner.Erdogan restera en place et Poutine aura un peu d'air.Il est temps d'aller prendre des vacances a Cancun ..

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