Protectionnisme : les Etats-Unis n'ont pas attendu Donald Trump pour en faire

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Les Etats-Unis ont à leur actif pas moins de 1.280 mesures protectionnistes, selon Global trade alert.
Les Etats-Unis ont à leur actif pas moins de 1.280 mesures protectionnistes, selon Global trade alert. (Crédits : © Mike Segar / Reuters)
Derrière leur image libre-échangiste, les Etats-Unis n'hésitent pas à appliquer des mesures protectionnistes pour assurer la pérennité de leurs intérêts commerciaux. Si le 45e président se démarque de ses prédécesseurs, c'est par la brutalité de son style et sa volonté inquiétante d'imposer des barrières douanières sur les importations chinoises.

Alors que Donald Trump vient officiellement de prendre les rênes des Etats-Unis, le monde entier s'inquiète du "tournant protectionniste" que promet d'enclencher le 45e président américain. Si les mesures annoncées par le magnat new-yorkais sont brutales, il n'en demeure pas moins que la défense des intérêts commerciaux est prépondérante de l'autre côté de l'Atlantique.

Les Etats-Unis ont à leur actif pas moins de 1.280 mesures protectionnistes, selon Global trade alert. Ce qui les place en tête, loin devant la France (319), mais aussi d'autres grandes puissances comme la Chine (267), l'Inde (656), l'Argentine (447) et la Russie (666). Tout en sachant qu'en "Russie par exemple, il est difficile d'investir car il faut avoir ses entrées sans quoi les portes se ferment, ce qui n'incite pas à venir investir dans les entreprises", nuance Patrick Messerlin, professeur d'économie à Sciences Po.

Reste qu'à l'OMC notamment, les Etats-Unis sont régulièrement l'objet d'attaques de la part de leurs partenaires commerciaux pour violation des accords. La première puissance mondiale est à l'origine de nombreux litiges, avec 139 plaintes à son égard déposées à l'OMC depuis 1997. Une fois encore, elle se place loin devant les autres membres, à l'image de l'Union européenne (83 plaintes), la Chine (39 plaintes depuis son adhésion en décembre 2001) et l'Inde (24). Washington n'hésite pas à répliquer, puisqu'elle a porté plainte 113 fois au total, et a été citée comme tierce partie dans 136 affaires.

Les marchés publics délivrés aux entreprises américaines

"L'idée que les Etats-Unis sont le pays du libre-échange complet est fausse", observe Patrick Messerlin. "Ils ont un affichage libre-échangiste, mais mènent une politique tout aussi protectionniste que la nôtre", poursuit l'économiste. À commencer par leurs marchés publics. Depuis le Buy American Act de 1933, le gouvernement fédéral est obligé de donner ses appels d'offre à une entreprise américaine. Par extension, les organismes finançant un projet sur la base de fonds fédéraux sont, dans certains cas, soumis aux mêmes obligations.

Pour protéger ses secteurs clés historiques, Washington n'hésite pas à interdire purement et simplement des transactions. A titre d'exemple, le Comité sur les investissements étrangers (CFIUS) -une agence fédérale chargée d'assurer que les investissements étrangers ne nuisent pas à la sécurité nationale- a récemment bloqué le rachat des activités américaines de l'allemand Aixtron, une entreprise de semi-conducteurs, par une société chinoise. Fabricant des technologies employées par l'armée, le secteur des semi-conducteurs est particulièrement protégé outre-Atlantique. L'automobile et le textile bénéficient du même traitement de faveur. "Ces industries ont survécu à 50 ans de libéralisme et, comme par exemple Alstom avec le gouvernement français, ils savent défendre leurs intérêts auprès des povoirs publics", souligne Patrick Messerlin.

Enfin, les Etats-Unis font aussi massivement dans l'anti-dumping, en imposant des tarifs douaniers exorbitants sur certains produits. L'acier chinois en fait particulièrement les frais. Washington taxe à plus de 250% des nouvelles catégories d'acier en provenance de Chine, sous pression des industriels américains.

"La première présidence d'Obama a consisté à freiner la conclusion du TPP"

L'image de libre-échangiste des Américains passe aussi par les accords commerciaux signés avec ses voisins, notamment l'ALENA et le TPP, sur lesquels veut revenir Donald Trump. Or, il convient de rappeler que, notamment concernant l'accord transpacifique, le choix du 45e président américain n'a rien de surprenant par rapport à ses prédécesseurs.

"La première présidence d'Obama a consisté à freiner la conclusion du TPP", souligne Patrick Messerlin. Au lendemain de la crise financière de 2008, les Etats-Unis ont voulu s'écarter de l'OMC, à cause du poids politique de la Chine. En guise de réplique, Washington a décidé de se constituer une petite zone de libre-échange sur le Pacifique, composée de 12 pays, l'empire du Milieu exclu. Signé en 2015, le traité n'est toujours pas ratifié et Donald Trump compte annoncé son retrait dans les heures à venir. "Les Etats-Unis signent trop d'accords et les abandonnent dès qu'ils ne suivent plus leurs intérêts", observe l'universitaire.

La différence avec le nouveau président "c'est la manière", pointe Patrick Messerlin. Ses invectives incontrôlables, notamment sur les réseaux sociaux, font craindre à l'économiste qu'il finisse par "appuyer sur le bouton rouge", que son manque de diplomatie ne crée des conflits avec d'autres puissances.

Donald Trump va-t-il appliquer sa taxe sur les importations chinoises ?

L'enjeu majeur tient à la promesse de Donald Trump de taxer à 45% les importations chinoises. L'incertitude sur l'application d'une telle mesure est source d'angoisse pour les entreprises américaines qui auraient beaucoup à perdre dans la bataille.

"Ce serait une catastrophe pour elles. Les chaînes de valeur, sur lesquelles elles ont basées leur production, se reposent énormément sur l'étranger. Chaque composant d'un produit et son assemblage sont éparpillés, ils sont fabriqués là où il est le plus avantageux de le faire. Ce serait catastrophique si le pays de départ, dont dépend le choix de production, décide de couper la chaîne de valeur", prévient Patrick Messerlin.

Encore faut-il que Donald Trump réussisse à convaincre le Congrès du bien fondé de sa mesure. Celui-ci est dominé par les républicains, ouvertement défenseurs du libre-échange et sujets aux lobbies industriels, qui ne manqueront pas de tout tenter pour la faire échouer.

> Lire aussi : Etats-Unis : à quoi ressembleront les "Trumponomics" ?

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Commentaires
a écrit le 22/01/2017 à 18:46 :
Ils est claire que les USA font du protectionnisme, rien de bien nouveau, il est claire que la nouvelle politique americain de commerce internationnal.... Risque de faire quelque déconvenue dans notre monde... Ne pas oublier que la mondialisation est l'enfant des USA, à l'origine ils devais gagnier cette compétition.... Maintenant ils souhaite du protectionnisme, afin de sauf garder quelque emploi.... Ce changement de portage devrai changer notre monde...
a écrit le 22/01/2017 à 15:55 :
C EST VRAIS QUE L AMERIQUE EST LE PLUS PROTECTIONNISTE DE TOUS LES PAYS ? ILS S EST TOUJOURS SERVIE DU PROTECTIONISME POUR DEFENDRE SES INTERES? ? COMME JE L AI DEJA DIT TOUS LES PAYS SE BATTENT POUR LEURS PROPRES INTERES? LES IDEOLOGIES DROITE GAUCHE ? RELIGIEUX OU PAS ILS S EN FOUTENT? SEULS LES RICHESSES FOURNIE PAR LE BINES LES INTERESSENT? POUR ENCHAINE LES PEUPLES ON COMMENCE PAR LES ENDORMIR///MARAT///
a écrit le 21/01/2017 à 16:46 :
Vous vous souvenez du marché des avions-ravitailleurs pour l'USAF ? Par des trucages,
manipulations et corruption, le marché qui avait été attribué au KC-330-MRTT d'Airbus,
est passé au KC-46 "Pegasus" de Boeing. Le KC-330 était le meilleur appareil, disponible immédiatement, testé et approuvé par les pilotes de l'USAF. Le KC-46 était
un avion de papier, dont mêmes les performances théoriques étaient en dessous de ce
qu'attendait l'USAF. Résultat, Le "Pegasus" a 4 ans de retard, son prix à triplé, il a loupé plusieurs fois les tests de qualification, et les malheureux pilotes de l'USAF doivent encore utiliser les KC-135, qui datent de 50 ans et ne tiennent plus que par la peinture.
D'ou risques pour la capacité opérationnelle à grande distance pour l'USAF. Enfin,
Boeing a déjà payé 2 milliards de $ de pénalités pour ce fiasco.
a écrit le 21/01/2017 à 14:44 :
Il faut être niais pour ne pas connaître le Buy American act de 1933.

https://fr.m.wikipedia.org/wiki/Buy_American_Act

Mesure du Dieu Obama.

https://fr.m.wikipedia.org/wiki/Buy_American_provision



Ou il faut être borné ou butté comme un technocrate européen, un commissaire européen.

Malheureusement pour nous.
a écrit le 21/01/2017 à 13:52 :
C'est une évidence, tout pays, toute entreprise cherche à protéger ses intérêts par des barrières à l'entrée. La nouveauté apportée par Trump est de le faire dans le but de développer l'emploi aux US et non de protéger les superbénéfices des entreprises multinationales, bénéfices qui sont réinvestis à l'étranger pour échapper à l'impôt américain. Il s'agit de restaurer l'impérialisme économique américain pour, d'abord, la prospérité du peuple américain et accessoirement celle du reste du monde.
Réponse de le 22/01/2017 à 9:24 :
@Boule: je sens un peu de mauvaise foi dans votre post. Donc à seul à vos yeux de protectionnisme de Trump est béni des Dieux, le protectionnisme de ses prédécesseurs lui est un protectionnisme malsain.
Je pense que vous allez être très rapidement déçu de votre poulain.
Vous dites aussi : Restaurer l'impérialisme économique américain.
Ah bon? Parce qu'ils l'avaient perdu?
Enlever les oeillères SVP... Votre Trump est un milliardaire qui se fout des pauvres.
a écrit le 21/01/2017 à 8:12 :
Le protectionnisme. Français ?!?!? .....des exemples. ?
Réponse de le 21/01/2017 à 10:07 :
Les services des (air)ports, le lait, le viande, l'energie, le transport public, certains prefectures regarde l'immatriculation des voitures etrangers, même > 50% musique en français sur les emissions de radio (par decret), beaucoup des professions, cabotage, et le tout produits soumis aux normes NF.
a écrit le 20/01/2017 à 22:40 :
C'est curieux que l'on ne s'en aperçoive que maintenant, alors que la politique de l'UE est complaisamment ouverte obligeant les États qui la compose a la suivre!
a écrit le 20/01/2017 à 21:23 :
Dans l'entre deux guerres, le slogan de la CGT était de "produire français avec des Français". Mais ça, c'était avant que l'islamo-gauchisme ne s'empare de nos élites dirigeantes quelles qu'elles soient...
Réponse de le 20/01/2017 à 23:41 :
Chapeau mon vieux ou ma vieille vous avez réussi à placer "Islam" dans un article traitant de protectionnisme amérequins (volontaire)!

On est sur La Tribune ACTUALITE ÉCONOMIQUE et non sur Le Figaro fait divers, mais hélas, c'est tellement facile et rapide de tout mélanger et de chercher des boucs émissaires, plutôt qu'analyser, n'est ce pas ;)
Réponse de le 21/01/2017 à 8:47 :
@wow : non, non, aucun bouc émissaire, seulement un constat objectif et serein de l'idéologie dominante. Je comprends que ce soit gênant.
Réponse de le 21/01/2017 à 13:35 :
Ok pour l'islamo-gauchisme de ce quinquennat, qui était absente (l'idéologie) sous l'ère Mitterrand. Mais alors quelle idéologie pendant les mandats de Chirac et Sarkozy, car la France ne s'est pas redressé avec ces deux là ?! Islamo-droitisme ? Non, votre vision "objectif" est malheureusement ou heureusement subjectif. La dérégulation de la finance et la mondialisation à tout prix, sont des causes plus terre à terre. Trump s'attaque à déréguler la finance en levant les gardes fous, et s'attaque à la mondialisation en s'attaquant aux nations qui sont excédentaires avec l'US, càd l'Allemagne et la Chine. Dieu soit loué que des analyses pertinentes nous soient donnés par des "La Tribune et consorts", sinon avec vos "analyse" de comptoir, le débat serait bien creux et vite réglé.
Réponse de le 21/01/2017 à 16:04 :
@wow : mais oui, le gauchisme actuel est islamophile. et il n'est pas incompatible avec la mondialisation dont on nous a tant rabattu les oreilles en France sous les quinquennats/septennats précédents. Ce n'est pas une question de parti-pris pour un parti politique, c'est une observation des lignes de force de notre culture et de notre vie politique. On dit bien de FILLON qu'il est libéral sur le plan économique et conservateur sur le plan des idées et de sa vision de la société. Vous pensiez que CHIRAC et SARKOZY étaient de "droite" ? Leurs électeurs les ont peut-être élus pour cela...mais les analystes de science politique y trouvent beaucoup à redire...La brève de comptoir n'est pas toujours du côté de celui qu'on croit ! N'invectivez plus ceux qui ne pensent pas comme vous : ils ont le droit de participer au débat des idées, notamment au profit de ceux qui ne veulent pas ouvrir les yeux.
a écrit le 20/01/2017 à 18:30 :
1) je ne vois pas d'inconvénients à ce que Trump défende en premier lieu les intérêts de son pays. C'est en fait ce que j'aimerais que nous dirigeants fassent au lieu de se vassaliser, notamment aux US. 2) Depuis Nixon, les Chinois bénéficient de privilèges d'exportation vers les US. Ces privilièges de nation sous-développée étaient sans doute justifiés en 1972, mais la Chine n'est plus un pays du tiers-monde :-)
a écrit le 20/01/2017 à 18:29 :
1) je ne vois pas d'inconvénients à ce que Trump défende en premier lieu les intérêts de son pays. C'est en fait ce que j'aimerais que nous dirigeants fassent au lieu de se vassaliser, notamment aux US. 2) Depuis Nixon, les Chionois bénéficient de privilèges d'exportation vers les US. Ces privilièges de nation ous-développée étaient sans doute justifiée en 1972, mais la Chine n'est plus un pays du tiers monde :-)
a écrit le 20/01/2017 à 18:10 :
Un grand merci pour cette tribune : cela fait des décennies et ma mémoire ne peut remonter que jusqu'aux sixties que les USA ont organisé leur protectionnisme hypocrite sous couvert de soi-disant bons sentiments comme la protection de l'environnement ou de la santé de leur population .Et cela fait autant de décennies que le reste du monde se laisse faire de son plein gré
a écrit le 20/01/2017 à 17:55 :
Excellent article et merci pour cette piqure de rappel qui permet de faire taire cette hypocrisie généralisée comme quoi les états unis auraient banni le protectionnisme de leur politique alors que pas du tout, j'ai toujours lu et entendu l'inverse. Encore une légende urbaine que l'on doit au vide sémantique médiatique.

Il n'y a que l'UE qui soit stupide au point de croire que le protectionnisme serait le mal absolu a ne jamais employer.

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