"Les dégâts du Brexit ne font que commencer" Angel Gurria, OCDE

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Economiste et diplomate, ex-ministre des Affaires étrangères et des Finances du Mexique, secrétaire général de l'OCDE depuis 2006, Angel Gurría a mené une campagne virulente contre le Brexit : J'ai contribué à un livre, fait des discours, dont un à la London School of Economics, j'ai donné vingt interviews pour dire que j'étais contre, contre et contre. Et j'ai perdu, se désole-t-il.
Economiste et diplomate, ex-ministre des Affaires étrangères et des Finances du Mexique, secrétaire général de l'OCDE depuis 2006, Angel Gurría a mené une campagne virulente contre le Brexit : "J'ai contribué à un livre, fait des discours, dont un à la London School of Economics, j'ai donné vingt interviews pour dire que j'étais contre, contre et contre. Et j'ai perdu", se désole-t-il. (Crédits : Reuters)
[ ENTRETIEN ] Fervent opposant du Brexit dans le passé, le secrétaire général de l’OCDE, Angel Gurría, soutient désormais le gouvernement britannique -parce que c'est "un devoir"- pour limiter les dommages qui suivront la rupture entre le Royaume-Uni et l'Union européenne. Un article de notre partenaire Euractiv.

Angel Gurría  est un économiste et diplomate. Il a été ministre des Affaires étrangères et des Finances du Mexique. Il est le secrétaire général de l'OCDE depuis 2006.

EURACTIV - Que pensez-vous des aspirations de Theresa May, présentées le 17 janvier, pour l'avenir du Royaume-Uni en dehors de l'UE ?

ANGEL GURRIA - J'ai perdu, car je me suis fermement opposé au Brexit - j'ai toujours été contre. J'ai contribué à un livre, fait des discours, dont un à la London School of Economics, j'ai donné vingt interviews pour dire que j'étais contre, contre et contre. Nous avons évalué les dégâts. Je pense qu'ils ne font que commencer. Néanmoins, le Royaume-Uni est un membre de l'OCDE, donc nous leur devons quelque chose. Nous devons mettre toutes nos compétences, nos capacités, notre savoir sur le commerce et l'investissement à leur service et au service des autres pays européens, afin de minimiser le plus possible la rupture. Nous ne pouvons rien faire face à cette décision. Je regrette juste que 60 % des jeunes qui auraient dû aller voter, car leur avenir était en jeu, ne se soient pas rendus aux urnes.

>> Lire : Theresa May tire un trait sur la marché unique

Diriez-vous à Theresa May qu'un Brexit doux est une meilleure option ?

Il ne faut pas se faire piéger par ces noms et ces mots. Ce que tout le monde veut savoir, c'est comment nous pouvons procéder au divorce de la manière la moins brutale possible. Et puis ensuite, comment nous pouvons construire une sorte d'amitié, d'alliance ou même peut-être un autre mariage. Deuxièmement, certaines questions, comme le libre-échange, la libre circulation des investissements et des personnes, doivent être négociées. Tout le monde a les mêmes préoccupations.

En parlant de préoccupations, êtes-vous inquiet de l'arrivée de Donald Trump à la Maison-Blanche ?

Nous sommes une organisation qui s'appuie sur des faits. Nous travaillons avec les représentants démocratiquement élus de nos pays membres. Cela signifie Mr Trump et son équipe. La question implique d'essayer de deviner ce que lui ou son équipe vont faire, avant qu'il prenne ses fonctions et commence à parler avec ses partenaires. À ce moment-là, ils énonceront leurs projets et reconnaîtront qu'ils font face à des contraintes. Et puis, ils trouveront des alternatives pour y parvenir. En somme, il est encore un peu tôt.

Maintenant, ce que nous voulons faire c'est envisager les différents scénarios. Une fois que nous commencerons à parler avec le président américain officiellement scénarios, et que nous saurons exactement ce qu'ils recherchent, nous pourrons proposer des alternatives.

Oui, mais certains de ses commentaires ou de ses actions altèrent déjà le monde politique et l'économie...

Jusqu'à présent, tout ce que nous avons ce sont des commentaires et des tweets. Moi, je parle de politiques, de législations, de règlementations. Comme je l'ai dit, nous sommes une institution qui s'inspire de faits. Nous devons examiner attentivement ce qu'il se passe, plutôt qu'analyser le climat de la campagne qui perdure encore aujourd'hui.

>> Lire : Dernier plaidoyer pour le TTIP avant l'investiture de Trump

L'Espagne est le seul grand pays de la zone euro qui ne se rendra pas aux urnes cette année. Le populisme ne fait pas partie de son spectre politique. La reprise y est une des plus robustes d'Europe. Diriez-vous que c'est « mission accomplie » ?

Le besoin de réformes est toujours là. L'Espagne s'en sort mieux au niveau de la croissance et de l'emploi grâce aux réformes adoptées il y a quatre ans. Cela montre qu'il faut du temps pour que les réformes donnent des résultats. Garder le cap et la persévérance est donc important. Nous sommes contents de voir que le pays est sorti de son impasse politique et qu'il y aura une certaine continuité dans le gouvernement. Désormais, la vie législative sera un peu plus active, disons.

Est-ce une issue heureuse ?

C'est le résultat de décisions démocratiques des Espagnols. Il faut le prendre comme ça et vivre avec. Mais, encore une fois, il faut maintenir l'effort de réformes, y compris les réformes des réformes.

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Par Jorge Valero, EurActiv.com (traduit par Marion Candau)

(Article publié le jeudi 19 janvier 2016 à 10:03)

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a écrit le 20/01/2017 à 13:00 :
Le représentant du capital nous explique en filigrane moins d'élections en Espagne c'est plus de démocratie ce que n 'ose pas dire certains mais se contentent de dire "c'est pas le peuple qui décide" pour contrer le vote populisme. (élu sur liste au parlement Européen) émission 28 minutes .Voilà les stratégies de ceux qui nous envoient dans le mur depuis des lustres
a écrit le 20/01/2017 à 11:09 :
"J'ai contribué à un livre, fait des discours, dont un à la London School of Economics..."

C'est justement le problème !
Ce n'est pas à la LSE qu'il faut convaincre un public déjà convaincu... mais au coeur des sources d'information de la "masse", la classe moyenne, c'est à dire principalement depuis 10/15 ans maintenant, les réseaux sociaux...

Mais sur ces derniers en corollaire, il faudra trouver des solutions pour améliorer la transparence, la pluralité et la portée démocratique des opinions exprimées par les citoyens blogueurs.
Permettre de faire le distinguo entre le bon grain (des avis contradictoires légitimes, si possible motivés et respectueux) et l'ivraie ("troll", conspirationnistes, lobby et institutions, insultes,...).

Les géants du net comme AirBnB ont mis en oeuvre des mécanismes de confiance interpersonnelle, il devient urgent de faire de même dans les champs de la citoyenneté...
a écrit le 20/01/2017 à 9:48 :
"L'Espagne est le seul grand pays de la zone euro qui ne se rendra pas aux urnes cette année. Le populisme ne fait pas partie de son spectre politique."
Ben si, ils ont Podemos qui est un populisme de gauche.
Réponse de le 20/01/2017 à 11:43 :
Bein non, Pedemos est un parti leurre ..

"Ces manifestations d’amitié, et même de complicité, nous rappellent que le nom du parti espagnol « Podemos » signifie « Nous pouvons » ; et que cela fait irrésistiblement penser au slogan de campagne électorale de Barack Obama « Yes we can », qui se traduit par « Oui, nous pouvons ».

Avec un pareil « opposant au système », on comprend pourquoi Podemos passe en boucle sur tous les grands médias nationaux espagnols, comme Syriza passait en boucle sur tous les grands médias nationaux grecs, et comme le FN passe en boucle sur tous les grands médias nationaux français."

https://www.upr.fr/actualite/europe/le-parti-espagnol-podemos-est-un-leurre-du-meme-acabit-que-le-parti-grec-syriza
a écrit le 20/01/2017 à 9:32 :
Les dégâts ou la constatation de l’échec de l'UE de Bruxelles vont être de plus en plus perceptible par ceux qui ont été aveuglé par la propagande!
a écrit le 20/01/2017 à 9:23 :
"J'ai contribué à un livre, fait des discours, dont un à la London School of Economics, j'ai donné vingt interviews pour dire que j'étais contre, contre et contre"

Je m'arrête là... Merci quand même.

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