Cornis : « Nous avons créé le carnet de santé des pales d'éoliennes »

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(Crédits : Cornis - A. Dosda.)
La start-up française Cornis adapte les technologies de traitement d'images issues de l'industrie spatiale aux problématiques de l'éolien. Entretien avec son Président : Thibault Gouache.

Cleantech Republic : Comment inspectez-vous les pales des éoliennes ?

Thibault Gouache : On compte globalement trois étapes. D'abord l'acquisition des données, effectuée depuis le sol - en pied de mât pour les éoliennes offshore - à l'aide d'un appareil photo hyper-performant monté sur une tête motorisée, pilotée par ordinateur. Une centaine de photos HD par pale sont ainsi automatiquement réalisées. Ensuite, les clichés sont envoyés sur notre serveur qui reconstitue une sorte de photo géante permettant de localiser et de mesurer la taille des défauts. Vient enfin l'analyse technique de cette image, autrement dit le diagnostic de l'état de santé de la pale.

Quelles sont ces techniques spatiales que vous utilisez ?

Les satellites d'observation de la terre prennent une quantité astronomique de photos qui demandent des traitements particuliers, non seulement pour compenser les conditions de prise de vue et améliorer la qualité - luminosité, angle... - mais aussi pour reconstruire une vision globale du phénomène étudié. Il s'agit par exemple d'ôter complètement les nuages grâce à plusieurs clichés ou encore d'extraire des données particulières, comme les comptages automatiques ou les mesures de densité. Ces outils numériques reposent sur des algorithmes complexes. Nous les avons adapté pour détecter le moindre élément visible à la surface des pales et en tirer des informations chiffrées.

En quoi votre solution change-t-elle la donne ?

Les alternatives consistent soit à inspecter visuellement les pales aux jumelles, soit à les ausculter de près dans une nacelle ou suspendu à un cordage. Ces pratiques donnent de bons résultats mais nécessitent beaucoup de temps et de personnel, imposent la présence sur place de spécialistes des pales, dépendent fortement de la météo et peuvent être dangereuses. De plus, notre approche offre à l'exploitant une totale autonomie opérationnelle : il maîtrise totalement son plan d'inspection et peut arbitrer en fonction de la météo ou encore de sa maintenance. Enfin l'historisation des informations dans le cloud permet de suivre l'évolution de la pale en question mais aussi de comparer plusieurs machines et sites entre eux. Nous avons en quelque sorte créé le carnet de santé des pales.

Quel retour sur investissement avez-vous observé ?

Un opérateur seul, correctement formé, réalise une inspection standardisée. Le ROI est donc très rapide car l'investissement est négligeable au regard du prix d'un parc éolien (ndlr : l'équipement coûte entre 10 000 et 25 000 €) et permet de diviser les coûts d'inspection au moins par deux par rapport à l'existant. L'intérêt financier se situe aussi dans l'optimisation du productible. Il faut comprendre qu'un impact ou la simple érosion du « gel coat » qui recouvre la pale, nuisent aux performances aérologiques et donc à la production. En multipliant les inspections, devenues faciles et bon marché, on améliore la maintenance prédictive ce qui augmente mécaniquement les temps de fonctionnement, et donc les revenus. Et pour l'offshore, les ratios sont encore meilleurs. Ainsi, en mai 2014, nous avons réalisé une campagne au Danemark lors de laquelle 20 éoliennes ont été inspectées en une semaine.

Ne craignez-vous pas la concurrence des drones ?

Pas vraiment car notre valeur ajoutée tient plus dans le traitement des images, l'analyse technique des pales, et la tenue du carnet de santé. En fait, nous sommes agnostiques quant au mode de recueil terrain. Qu'il s'agisse de photos prises par un drone ou un cordiste, il s'agit toujours d'informations valables et exploitables par nos algorithmes.

Vous annoncez être déjà à l'équilibre. Quel est votre modèle économique ?

Nous avons réussi à financer nos développements initiaux par de la R&D « à façon» dans le monde aéronautique et spatial. Désormais, nous vivons de notre offre de service « Cornis Blade Inspection », vendue en « pay as you go », un tarif dégressif indexé sur le nombre d'inspections. Nous sommes par ailleurs très souples sur le matériel d'acquisition qui peut être acheté ou loué, avec ou sans opérateur. Commercialement, après plusieurs tests « in situ » réussis, nous sommes en phase finale de négociation de contrats avec plusieurs exploitants européens reconnus, notamment en Allemagne et au Danemark. Nous sommes d'ailleurs fiers d'exporter un savoir faire éolien « Made in France » dans ces pays berceaux de l'éolien.

Crédits photos : Cornis - A. Dosda

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Cornis en bref

  • Création : 2011
  • Siège social : Paris
  • Activité : inspection de pales d'éoliennes
  • Effectifs : une dizaine de personnes
  • Références : EDF EN, EoleRES, ENEL, EDPR, WPD Windmanager, (Eurocopter et CNES pour le bureau d'étude)


Cleantech Republic

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