L'erreur fatale de la Banque centrale européenne

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En achetant, pour un montant considérable de 190 milliards d'euros, de la dette grecque, la Banque centrale européenne a commis une lourde erreur. Ce montant est disproportionné eu égard au capital de la BCE, et lorsque l'inévitable restructuration de la dette grecque interviendra, la débâcle ne pourra être évitée.

L'Allemagne a accepté la création de l'euro à condition que la monnaie unique soit aussi solide que le deutschemark qu'elle remplaçait. Ce qui impliquait que la Banque Centrale Européenne (BCE) soit, à l'instar de la Bundesbank, un organisme politiquement indépendant ayant comme principal objectif le maintien de la stabilité des prix. Pour atteindre cet objectif, la BCE a été dotée d'un instrument privilégié : le taux d'intérêt auquel se refinancent à court terme les établissements de crédit de la zone euro. Par ailleurs, le financement des Etats membres lui a été strictement interdit.

Les conditions demandées par l'Allemagne ont été respectées jusqu'à ce qu'éclate la crise grecque. Dans les premiers mois de 2010, Athènes, n'arrivait plus à se financer sur les marchés. Les leaders de la zone euro, après d'âpres négociations et pas mal de tergiversations, lui ont donné accès à un fonds spécialement créé à son intention et auquel contribue, outre les Etats de la zone euro, le Fonds Monétaire International. Mais la BCE n'a pas pu se tenir à l'écart du premier plan de sauvetage de la Grèce (sauvetage explicitement interdit par le Pacte de stabilité et de croissance). Soumise à la pression des dirigeants de la zone euro la BCE a pris le 10 mai 2010, sous prétexte d'assurer la profondeur et la liquidité des marchés et de faciliter la conduite de sa politique monétaire, une initiative lourde de conséquences : elle s'est autorisée à acheter les obligations souveraines des pays de la zone euro. Donc à fournir de l'argent aux gouvernements qui en sollicitent. Ce que jusqu'alors ses statuts lui avaient interdit de faire (ne serait-ce que pour ne pas augmenter excessivement une masse monétaire avec les conséquences inflationnistes que cela entraîne).

Après avoir acheté des obligations souveraines pendant une année la BCE se trouve détenir aujourd'hui (d'après Open Europe, un think tank londonien) pour 190 milliards de dettes grecques. Or, le poste capital et réserves de la BCE ne se monte qu'à 82 milliards d'euros pour un bilan total de 1 900 milliards dont un dixième est constitué, nous l'avons vu, par des dettes grecques publiques et privées. Il s'agit là d'une capitalisation très faible correspondant à un levier de 23 et signifiant qu'une baisse de 4,3% de la valeur du total des actifs entraînerait la disparition complète du capital et des réserves de la BCE. L'insuffisance de son capital apparaît également si l'on considère qu'une perte de valeur de 44 % des dettes grecques réduirait à néant le capital de la vénérable institution de Frankfurt. Bien entendu, si un tel événement se produisait la BCE ne ferait pas faillite comme une vulgaire banque de dépôt, car ses actionnaires (le Etats de la zone euro) la recapitaliseraient immédiatement.

Une recapitalisation serait d'ailleurs nécessaire même si la BCE ne perdait qu'une partie de son exposition à la Grèce, suite à une restructuration des dettes de ce pays. Ajoutons qu'une telle restructuration entraînerait la dégradation des notes attribuées à ces dettes par les agences de rating. Ses statuts interdiraient alors à la BCE de prendre en pension les obligations hellènes qui lui seraient proposées par les banques grecques dont le refinancement deviendrait impossible.

Les répercussions qu'aurait une restructuration des dettes grecques sur le bilan et les activités de la BCE ainsi que sur la viabilité des banques grecques expliquent l'opposition acharnée de celle-ci à toute opération de ce genre (même déguisée en échange volontaire d'obligations). Etant donné l'endettement de la Grèce, ses déficits budgétaires, le manque de compétitivité de son économie, le pouvoir de ses syndicats opposés aux privatisations, l'hypertrophie de sa fonction publique, la généralisation de la fraude fiscale, cette restructuration, quel que soit le nom qu'on lui donne, peut être retardée mais pas évitée. Lorsqu'elle se produira, elle entrainera une débâcle bancaire et financière. Pour que la zone euro s'en sorte aux moindres frais elle devra compter sur la politique monétaire de la BCE.

Malheureusement, celle-ci aura perdu la confiance des Européens et surtout celle des contribuables allemands qui, indignés d'avoir été trompés, n'accepteront plus de venir au secours d'une zone euro en phase terminale. En acceptant de participer au sauvetage temporaire de la Grèce au printemps 2010 la BCE a cédé à des pressions politiques. Elle a ainsi commis une erreur fatale et trahi gravement la confiance qui avait été placée en elle tout en prenant des risques excessifs dont les contribuables européens auront à régler la note.

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Commentaires
a écrit le 01/07/2011 à 21:41 :
froid dans le dos, cet article : et après la Grece, qui d'autre?
a écrit le 01/07/2011 à 20:32 :
La Tribune , en quelle langue faut-il vous dire d'utilises les services d'un informatien ou d'un électronicien !!! j'arrête !
a écrit le 29/06/2011 à 22:41 :
Très bien, docteur; fallait pas l'faire ! Mais alors, docteur ? on fait quoi ? Moi (qui n'y connais rien), j'ai l'impression que face aux prêteurs qui poussent du coude les agences de notation (CDS ???), c'était loin d'être idiot. Quel est le risque ? Que la dette soit allongée ? Et alors ? Je pense qu'il vaudrait mieux avoir des opérateurs BCE qui achetant, rapidement, en dessous du marché stopperaient le délire des opérateurs privés. Lesquels n'ont, comme il a été dit, d'autre but que de faire payer à la collectivité le risque qu'ils ont pris en achetant, en parfaite connaissance de cause...
a écrit le 29/06/2011 à 10:59 :
stanjourdan bap1944 et lol ont bien raison de se poser des questions sur ces 190 milliards d'euros. En revanche je suis désolé, mais je trouve grave qu'un professeur émérite à l'Essec se trompe aussi lourdement pour deux raisons que je vais expliciter.

Le rapport d'Open Europe, disponible ici http://www.openeurope.org.uk/research/ecbandtheeuro.pdf calcule les 190 milliards d'euros comme la somme de trois contributions, en NOMINAL :
- 60 milliards d'obligations souveraines grecques achetées au titre du programme SMP de la BCE ;
- 45 milliards d'obligations souveraines grecques admises en collatéral pour prêter à des banques grecques ;
- 85 milliards de créances bancaires garanties par l'Etat grec admis en collatéral pour prêter à des banques grecques

En NOMINAL, c'est 190 MdE, mais en VALEUR d'ACHAT par la BCE le chiffre est de 139,5 milliards d'euros.

D'où les 2 erreurs de l'article :

1) qui laisse penser que la BCE a un engagement de 190 milliards d'euros de dette grecque, alors que le prix d'achat étant estimé à 139,5, l'exposition de la BCE est estimée par Open Europe de 139,5 milliards d'euros. Je suis désolé, mais ce n'est pas 190 MdE qu'il faut comparer au capital de la BCE, mais 139,5 !
"En achetant, pour un montant considérable de 190 milliards d'euros, de la dette grecque, la Banque centrale européenne a commis une lourde erreur. Ce montant est disproportionné eu égard au capital de la BCE"

2) qui laisse penser que les 190 milliards sont seulement des dettes souveraines grecques, alors qu'une partie seulement est concernée, dont du collatéral, ce qui n'est à aucun moment évoqué.
"Après avoir acheté des obligations souveraines pendant une année la BCE se trouve détenir aujourd'hui (d'après Open Europe, un think tank londonien) pour 190 milliards de dettes grecques."

CQFD

Olivier Fluke d'InvestigationFin
a écrit le 29/06/2011 à 7:31 :
Enfin des faits
a écrit le 29/06/2011 à 7:28 :
Soit, en résumant, le système qu'utilisent toutes les banques centrales du monde. Mais, comme la crise est finie depuis longtemps, qu'auriez-vous proposé d'autre..???
a écrit le 28/06/2011 à 20:47 :
Enfin un article qui parle de ce problème. Par contre je suis sceptique sur les 190 milliards.

D'une part le rapport de Open Europe se base sur les chiffres de la BCE de février il m semble. Et perso j'ai les données suivantes :
- prêts aux banques 97,53 Mds? en mai 2011
- SMP : environ 40 mds ?

Soit environ 140-150 mds ?

Mais bon mis à part ça, bon article !
a écrit le 28/06/2011 à 19:09 :
Bravo!
Même si le chiffre de 190 MM? est pour le moins étonnant (la dette publique grecque étant de 300-350 MM? et la BCE n'a pas du/pu acheter des créances des émetteurs privés grecs) et quel que soit le montant exact (je crois plutôt à un montant de l'ordre de 60 MM ?) celà veut dire que les anciens créanciers, banque et assurances principalement, françaises et allemandes, se sont débarrassé de ces montants au remboursement incertain après avoir profité des forts taux d'intérêt et fait montre d'un manque de discernement coupable dans l'octroi des prêts à l'origine.
Comme mentionné, en cas de défaut grec, il faudra recapitaliser la BCE ce qui se traduira par une participation des contribuables européens qui in fine n'a qu'un objectif : éviter que les actionnaires et dirigeants des grandes institutions financières supportent le coût de leurs erreurs.
Le même résultat serait atteind si l'UE ou la BCE acceptait de garantir les roll-over de prêts accordés par les créanciers.
Comme d'habitude on privatise les profits et on met les pertes au compte de la collectivité!
Je pense qu'en remerciement Jean Claude Trichet, qui sera bientôt sans emploi, obtiendra de juteux postes d'administrateurs dans les banques de ses amis qu'il a si magistralement aidé. Il pourra préparer sa défense pour sa participation au maquillage des comptes du Lyonnais toujours pas jugée pour la dernière année avant l'explosion de la bulle quand Trichet était Gouverneur de la Banque de France et son ami Noyer son remplacant au Trésor.
Mais où sont nos politiques pour dénoncer ces arrangements entre amis??? Et où sont les journalistes pour nous expliquer le dessous des choses???
Réponse de le 28/06/2011 à 20:58 :
C'est la même remarque je me suis dis sur le montant de la dette achetée par la BCE. J'ai trouvé ce site qui dans son graphique parle de 47 mia.
http://blog.crottaz-finance.ch/?p=7511
La source me semble fiable mais ça reste à vérifier.
Réponse de le 02/07/2011 à 22:32 :
Le Canard Enchaîné, cite " Papandréou,sociale-démocrate, est président de l'internationale socialiste ... Trichet, lyonnais (ne leur fait pas honneur ) socialiste aussi... DSK, socialiste aussi ... La Tribune on attend la suite de ces 190 Mds, contestés, qui sont peut-être partis ailleurs?

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