Les banques ont intérêt à s'investir dans le crowdfunding

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La finance participative ou « crowdfunding » s'impose progressivement dans le paysage financier français. Les banques se positionneront-elles sur cette offre nouvelle, jusqu'ici proposée par des plateformes de financement ? Elles y ont intérêt. Par Thibaut de Lajudie, associé, cabinet Ailancy

La finance participative représentera dans le monde plus de 1 000 milliards de dollars d'investissement en 2020! La France est au cœur de cette innovation financière. Les plateformes de financement participatif éclosent depuis cinq ans sur l'ensemble du territoire français. Elles permettent via internet à des porteurs de projets de trouver des financements auprès d'investisseurs particuliers. Réunies en 2012 au sein de l'association Financement Participatif France, elles mènent une réflexion en lien avec les citoyens et les acteurs publics afin de clarifier les statuts légaux de leur activité et de poursuivre les succès rencontrés dès 2007 par MyMajorCompany, Kisskissbankbank ou encore Babyloan.

 Utilisant des plate formes Internet souvent adossées à des établissements de paiement, le financement participatif se traduit par des échanges sous forme de don, de don contre contrepartie, de prêt ou d'investissement en capital. De nombreux groupes bancaires comme Le Crédit Coopératif, le Crédit Mutuel Arkea, La Banque Postale ou la BNP Paribas participent à l'essor de l'activité en qualité d'actionnaires ou de sponsors.

 Des risques identifiés pour des projets spécifiques.

En plus des risques auxquels sont confrontées les entreprises en création, les plate formes génèrent pour l'investisseur une immobilisation temporaire de ses fonds. Les phénomènes de « buzz » peuvent, par ailleurs, rendre difficile d'identifier les projets réellement prometteurs. Bien que les projets présentés aient bien souvent reçu un retour négatif de leur agence bancaire, il est fort probable que la validation du business plan par la communauté fédérée par le porteur de projet devienne un outil additionnel de sélection des projets.

 Les plate formes actuelles limitées par les contraintes règlementaires

Si l'offre est alléchante pour l'investisseur, les contraintes réglementaires actuelles limitent les activités des plate formes. Le ministère de l'économie et des finances, l'AMF et l'ACPR ont mené une consultation publique en Novembre 2013 visant à faire évoluer le cadre applicable aux acteurs du financement participatif. Fleur Pellerin interviendra ce vendredi 14 févrierafin d'aborder l'assouplissement du cadre réglementaire français.

 Les banques, en intermédiaires

Les banques sont aujourd'hui positionnées comme intermédiaires de ce marché en phase d'expansion. Les années qui viennent verront sans nul doute une phase de consolidation et de rationalisation des acteurs qui développeront une offre sensiblement orientée vers le trou de financement des TPE-PME. Ceci sera possible grâce à l'utilisation de structures de gestion adaptée à de forts volumes financiers et la capacité à maintenir une forte proximité avec les citoyens. Deux atouts dont disposent déjà les banques de détail françaises.

 Les banques ont intérêt à s'investir dans la finance participative

Notre conviction est que les banques ont intérêt de se positionner sur la finance participative. Quelques-unes ont d'ailleurs lancé en interne des réflexions en ce sens. Plusieurs facteurs militent pour que les établissements financiers lancent, éventuellement en partenariat, une offre de crowdfunding.

Tout d'abord, ce dispositif leur permet de contribuer au financement de leurs clients sans puiser des fonds propres de plus en plus précieux du fait de la réforme Bâle III. Par ailleurs, il donne la possibilité à des épargnants éclairés de diversifier leurs placements, et de connaître parfaitement l'utilisation qui en sera faite, ce qui répond à une demande croissante de « fléchage » de l'épargne. Enfin, plusieurs compétences des banquiers - en termes de sélection et d'accompagnement des projets, mais aussi de traitement de masse - pourraient se révéler utiles pour l'essor de la finance participative.

 

 

 

 

 

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a écrit le 13/02/2014 à 11:37 :
Merci pour cet article intéressant. Je voudrais ajouter que hormis une implication en tant que sponsors ou actionnaires,certains établissements bancaires se sont déjà lancé dans la finance participative.
La Nef (Coopérative de finance solidaire) a lancé www.pret-de-chez-moi.coop l'année dernière. Le fonctionnement est intéressant car hybride entre Crowdfunding et intermédiation bancaire.
a écrit le 13/02/2014 à 1:31 :
Si la finance participative existe c'est que les banques n'ont pas fait leur boulot. Et pour cause, elles gagnaient bien assez d'argent par le bisais d'avantages compétitifs et de positions règlementaires les avantageant. Ce carcan n'a d'ailleurs pas disparu et pour cause.
Il reste que les banques se positionnent en donneurs d'ordres bénéficiant d'une rente. La disparition du cash pour laquelle on nous force la main d'un côté, le coût de gestion des comptes en augmentation permanente n'en sont que des exemples. Elles vont se débarrasser massivement de leur contrainte en personnel en automatisant leurs agences, tout en créant des "flagships" parfumés et luxueux sur les champs, histoire de maintenir les apparences de relations personnalisées avec la clientèle. Elles le feront aussi sur leurs coeurs de métiers techniques, en limitant (par la force publique comme il se doit dans les systèmes de connivence) la taille des opérations qui ne peuvent se faire sans elles, et viendront se servir sur ce qui émergera de ce nouvel outil de proximité (même si elle est numérique). L'avantage évident, c'est qu'une grosse partie du travail est en fait bénévole dans un tel système. Quand les heureux élus auront franchi les premières étapes et qu'un tri efficace (le marché réel) aura promu ses élus, les banques viendront se servir au prétexte qu'elles seules sont autorisées à financer l'étape suivante. Une extension de ce que pratiquent déjà les multinationales quand elles achètent des PME ou des start-ups.
a écrit le 12/02/2014 à 22:31 :
C'est tout de même bizarre que les banques se défaussent du coeur traditionnel de leur métier en externalisant, quite à sponsoriser comme un spectateur. On dirait qu'elles se délestent du risque et du besoin de fonds propres. Vous avez dit
bizarre, comme c'est bizarre.

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