Comment la "French Tech" s'exporte (1/3) : la stratégie des accélérateurs

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L'incubateur et accélérateur français The Family (ici à Paris) vient d'ouvrir une filiale à Barcelone.
L'incubateur et accélérateur français The Family (ici à Paris) vient d'ouvrir une filiale à Barcelone. (Crédits : Reuters)
[ Série d'été ] Programmes de financement, accompagnement sur de nouveaux marchés, construction de réseaux internationaux d'entrepreneurs, l'écosystème entrepreneurial des startups françaises s'étend peu à peu au monde entier. Pour ce premier épisode : comment les accélérateurs français s'attaquent aux marchés mondiaux.

Depuis maintenant quelques années, la France est devenue un écosystème d'entrepreneurs reconnu pour sa dynamique. Incubateurs, espaces de co-working, accélérateurs, conférences et festivals, on ne compte plus les initiatives qui modèlent peu à peu l'Hexagone en un nouvel Eldorado pour les startups. Ici, Xavier Niel qui lance à la Halle Freyssinet (Station F) ce qui sera "le plus grand incubateur du monde"; ailleurs, Emmanuel Macron qui labellise "French Tech" des villes françaises à tour de bras...

Mais cela ne semble toujours pas suffisant car, si les mérites de la France en termes d'entrepreneuriat sont désormais bel et bien reconnus, l'Hexagone peine encore à attirer sur ses terres des startups étrangères, signe définitif que la France serait devenue une "Startup Nation".

Pourtant, les initiatives qui vont dans ce sens ne manquent pas. De plus en plus d'accélérateurs et d'"incubateurs" (des structures visant à accompagner la création et la croissance de startups) français se lancent au niveau international. A travers les réseaux et les synergies qu'ils bâtissent, c'est aussi une méthode française et européenne qu'ils mettent en valeur. Retour sur cette "French Touch" de l'entrepreneuriat qui s'exporte à l'étranger.

La construction progressive d'un réseau mondial

"Pour exister dans ce milieu, il faut avoir une dimension internationale." Cela sonne comme une condition sine qua non dans la bouche de Raouti Chehih, CEO d'EuraTechnologies, le plus grand incubateur et accélérateur de startups françaises, installé à Lille depuis 2009. La structure lilloise, qui se positionne parmi les 10 premières européennes, s'est lancée depuis une dizaine d'années dans la constitution d'un réseau international. New York, San Francisco, Shanghai, Dubaï et, plus récemment, Belo Horizonte (Brésil), la liste des villes où s'est implanté EuraTechnologies ne cesse de s'allonger.

L'accélérateur lillois n'est pourtant qu'un exemple parmi tant d'autres de structures entrepreneuriales françaises (Numa, The Family, Business France, etc.) qui tissent petit à petit leur réseau à l'international. Toutes mettent une méthodologie similaire. D'abord un long travail de fond pour déterminer quels sont les territoires les plus intéressants en termes d'implation. Puis une première mission exploratrice à la rencontre des acteurs de l'écosystème entrepreneurial local. Et enfin le lancement d'un programme d'accélération sur place.

Numa, un des pionniers français dans le domaine de l'incubation et de l'accélération, a ainsi étudié 80 pays, interrogé plus de 200 personnes, analysé des milliers de données et voyagé 760.000 kilomètres pour déterminer ses futures zones d'implantation. Pour le lancement en avril dernier de ses bureaux au Mexique, Numa s'est basé sur un panel d'indicateurs (attractivité économique du pays, état d'esprit entrepreneurial, niveau d'innovation, niveau d'investissement) et a travaillé avec des partenaires locaux pour faciliter l'intégration.

Lancée en 2008 à Paris sous le nom de Silicon Sentier, Numa a depuis huit ans accéléré considérablement sa croissance. C'est devenu une structure d'accompagnement de référence au sein de l'écosystème des startups françaises, un lieu de rendez-vous incontournable pour tous les acteurs de l'innovation et un espace de coworking florissant. C'est ce modèle synergique que l'accélérateur parisien a souhaité exporter dans tous les écosystèmes étrangers qui comme la France il y a six ans manquent encore de maturité. Une extension à l'international qui s'explique par des objectifs nombreux et très concrets.

L'international, nouvelle frontière des accélérateurs français

Raouti Chehih explique cette nouvelle stratégie des accélérateurs par la nécessité pour les startups de s'internationaliser. "Il y avait un véritable déficit d'internationalisation des entrepreneurs en France" dit-il en évoquant une situation qui remonte à seulement quelques années. Les startups françaises n'envisageaient pas de s'attaquer à des marchés internationaux et se retrouvaient de fait contraintes à n'être au mieux que des PME de second rang.

Or face à la concurrence internationale croissante et à l'impact du numérique sur les sociétés une startup ne peut plus se limiter au seul marché national.

"Pendant trop longtemps la France a voulu s'imposer dans le milieu des startups indépendamment de la concurrence mondiale, mais en réalité les frontières sont bien fines" commente Romain Dillet, journaliste chez TechCrunch.

Une réalité qu'a vite compris EuraTechnologies qui a lancé son développement à l'international il y a plus de dix ans. La structure lilloise a inauguré en septembre 2014 son premier programme d'accélération franco-chinois, baptisé "EuraTech in China". Il permettra aux startups sélectionnées d'évoluer au sein d'un accélérateur pendant 18 mois et de se familiariser avec le marché chinois grâce à de nombreux partenaires locaux et experts.

Construire un réseau à l'international, s'étendre pour ratisser plus large et ouvrir de nouveaux territoires, tels sont les nouveaux objectifs des accélérateurs qui suivent naturellement la logique des marchés sur lesquels bataillent les startups.

Des opportunités de développement considérables

Mais cette stratégie répond aussi au besoin d'aller chercher à l'étranger les nouvelles innovations et pépites. A l'image de la célèbre structure américaine TechStars qui a ouvert des bureaux à Londres et à Berlin, un accélérateur se doit désormais d'avoir une approche internationale s'il veut connaître le succès.

"Le marché de l'accélération est devenu mondial" confirme Frédéric Oru, directeur de la stratégie internationale de Numa. Aujourd'hui l'accélérateur parisien, ou devrait-on plutôt dire international, est présent à Moscou, Bangalore, Casablanca, Barcelone et Mexico. Une implantation internationale rapide entre mars 2015 et avril 2016 qui témoigne de l'appétit de la structure française. L'objectif est d'ailleurs d'ouvrir 15 bureaux dans le monde entier d'ici 2019.

Numa ne s'en cache pas, se développer à l'étranger, c'est permettre à ses startups de s'ouvrir à de nouveaux marchés, mais c'est aussi et surtout partir à la recherche de nouvelles entreprises étrangères à accompagner. N'ayant pas encore la renommée du leader mondial américain Y Combinator, qui s'autorise le privilège de sélectionner des startups venues postuler depuis le monde entier, les accélérateurs français se doivent d'aller "prospecter" en dehors de leurs frontières. Une exploration qui a surtout lieu dans les marchés émergents, les plus susceptibles de regorger d'opportunités.

"Nous sommes convaincus que les innovateurs de la prochaine décennie sont sur ce continent [l'Afrique] et nous avons pour objectif d'implanter Numa dans deux à trois pays africains" expliquait Frédéric Oru évoquant les bureaux de Casablanca.

Des centaines de kilomètres plus à l'Est, à Moscou où Numa est présent depuis mars 2015, l'accélérateur français est venu chercher les 84 millions d'internautes et les 2000 startups qui se lancent chaque année en Russie. Numa Moscou met à disposition des entrepreneurs locaux un espace de 700m² en plein quartier d'affaire moscovite, un réseau d'acteurs russes et français publics et privés, et une équipe trilingue de 7 personnes. Une véritable "opération séduction" qui illustre bien l'objectif international des accélérateurs français.

Attirer les entrepreneurs étrangers en France

Enfin cette stratégie internationale répond aussi à l'objectif de redorer l'image de la France auprès des startups étrangères. Attirer au final les entrepreneurs étrangers chez lui, c'est bien le but de Raouti Chehih qui qualifie sa stratégie de "from global to local" : EuraTechnologies souhaite s'étendre à l'international pour finalement bénéficier de résultats au niveau local. Le modèle d'accompagnement que promeut l'accélérateur lillois à l'étranger ne vise pas seulement à aider les startups françaises sur de nouveaux marchés mais doit aussi donner envie à des startups étrangères de venir s'internationaliser depuis la France. Raouti Chehih veut faire de l'Hexagone un véritable pôle d'internationalisation des entreprises comme le sont aujourd'hui les Etats-Unis.

 "Cette initiative sert [...] la région Hauts de France qui sera perçue comme une place hyper-stratégique, sur la scène internationale, favorable au développement de business dans le secteur de l'innovation technologique" explique Raouti Chehih.

Etre identifié comme une "zone d'accueil de startups étrangères", c'est l'objectif final de cette stratégie d'internationalisation pour Raouti Chehih qui reconnaît que "c'est un investissement de long terme". Pour cela le CEO Raouti Chehih peut aussi compter sur l'initiative French Tech, lancée en 2013 par le gouvernement français, et qui cherche à mettre en valeur l'écosystème strat-up français. Grâce à ce programme le nord de la France cher à Raouti Chehih est en passe d'effacer son image de désindustrialisation pour devenir un pôle d'innovation majeur dans les technologies et le numérique. La French Tech, nouvel atout de la France qui entreprend? Suite dans le prochain épisode.

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Serie ETE2

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Commentaires
a écrit le 06/09/2016 à 9:57 :
l'internationalisation des startups françaises est un facteur déterminant pour faire face à la concurrence de pays comme la Chine et les états unis

pour les sociétés qui cherchent à se développer à l'étranger, vous pouvez vous appuyer sur des réseaux internationaux à l'image de French Founders, qui rassemble des dirigeants de grands groupes, des startups et des fonds d'investissement internationaux

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