Les accélérateurs de start-up sont-ils déjà trop nombreux ?

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A Paris, la Halle Freyssinet accueillera en 2017 plus de 1.000 start-up. REUTERS.
A Paris, la Halle Freyssinet accueillera en 2017 plus de 1.000 start-up. REUTERS. (Crédits : DR)
Encore inexistants il y a une dizaine d’années, ces programmes d’accompagnement de jeunes entreprises - comme Rocket Internet, qui s’est introduit à la Bourse de Francfort le 2 octobre - se comptent aujourd’hui en centaines dans le monde. Problème : tous n’auront pas la chance d’être les premiers actionnaires de futurs Google ou Facebook.

Les arbres ne montent pas jusqu'au ciel, selon un vieux proverbe boursier. Rocket Internet, la  "fusée Internet", non plus. Avec un prix d'introduction en Bourse fixé à 42,50 euros, l'accélérateur allemand de start-up devait lever 1,4 milliard d'euros (hors option de surallocation) à Francfort le jeudi 2 octobre, soit la plus importante IPO (initial public offering) depuis l'éclatement de la bulle Internet, en 2000.

Mais, pour son premier jour de cotation, Rocket Internet - "fabricant" de jeunes pousses spécialisées dans le commerce en ligne, comme Zalando - a vu son cours de Bourse perdre jusqu'à 14% de sa valeur. De quoi alimenter encore les spéculations sur l'existence d'une nouvelle bulle Internet. De quoi, également, se demander si le jeune secteur des accélérateurs de start-up n'est pas déjà trop encombré.

 Passer du stade de porteur de projet à celui d'entrepreneur

Mais qu'entend-on exactement par "accélérateur" ? Il s'agit de structures d'accompagnement de projets de création d'entreprises, à but lucratif. En clair, un accélérateur, financé par des entreprises, des collectivités locales ou des fonds de capital-risque, lance tous les six mois ou tous les ans un appel à projets, au terme duquel une dizaine de jeunes pousses sont sélectionnées. Elles gagnent ainsi le droit de participer, durant trois mois à un an, au programme d'accompagnement de l'accélérateur, celui-ci devant permettre aux jeunes porteurs de projets de devenir des entrepreneurs à même de présenter leur business model à des investisseurs.

Durant cette session de trois mois à un an, les start-up sont hébergées par l'accélérateur, lequel les met en relation avec des mentors, c'est-à-dire des entrepreneurs chevronnés qui leur font partager leur expertise et leur carnet d'adresses. Les jeunes pousses trouvent également au sein de l'accélérateur les outils juridiques, comptables et de marketing qui leur permettront d'élaborer un business plan digne de ce nom.

Airbnb et Dropbox pèsent 10 milliards de dollars chacune

Outre ces apports techniques, qui donnent lieu au versement d'une cotisation par les start-up, les accélérateurs injectent des capitaux dans les jeunes entreprises qu'ils accompagnent. Pour des sommes allant de quelques milliers de dollars à 25.000 dollars environ, en échange desquelles les accélérateurs prennent une participation (de moins de 10%) dans le capital des start-up. Si ces dernières se transforment en "success stories", c'est le jackpot à la clé pour les accélérateurs.

La preuve avec le pionnier, l'Américain Y Combinator. Depuis sa création, en 2005, il a couvé plus de 630 start-up, dont 17 pèsent aujourd'hui plus de 100 millions de dollars chacune. Mieux, le site de location de logements entre particuliers Airbnb et le service de stockage de fichiers en ligne Dropbox, deux des "créatures" les plus célèbres de Y Combinator, sont valorisées 10 milliards de dollars chacune. Alors que la première est née en 2008 seulement, et la seconde en 2007.

4% seulement des jeunes pousses accompagnées ont généré un retour sur investissement

Des montants qui ont fait des émules : en dix ans, le nombre d'accélérateurs dans le monde est passé de zéro à plusieurs centaines. Parmi ceux qui ont emboîté le pas à Y Combinator figurent l'Américain TechStars, le Britannique Seedcamp, ou bien encore le Français Le Camping, créé en 2011 par l'association d'aide aux start-up Silicon Sentier. Le problème, c'est qu'il existe sans doute déjà trop d'accélérateurs par rapport au nombre de Dropbox et Airbnb en puissance.

En effet, depuis 2005, 4% seulement des jeunes pousses accompagnées par un accélérateur ont généré un retour sur investissement pour ce dernier, que ce soit grâce à une introduction en Bourse ou à un rachat par une entreprise ou un fonds de capital-risque, d'après une étude réalisée par Susan Cohen et Yaël Hochberg, respectivement chercheurs à l'Université de Richmond (Virginie) et au Massachusetts Institute of Technology (MIT).

Des coûts de fonctionnement compris entre 250.000 et 750.000 dollars

Conséquence, pour attirer le plus grand nombre de jeunes entreprises possible, et maximiser ainsi leurs chances de tomber sur la perle rare, les accélérateurs n'hésitent pas à baisser le montant des cotisations, à proposer un hébergement gratuit. Or les coûts de fonctionnement de leurs programmes d'accompagnement sont élevés : entre 250.000 et 750.000 dollars par session.

Résultat, d'après une étude réalisée en 2013 par les accélérateurs Village Capital et Aspen Network of Development Entrepreneurs auprès de 25 de leurs concurrents, 18% seulement déclaraient disposer de revenus "sûrs et stables." Les autres se trouvaient à court d'argent. Une vraie problématique de start-up, en fait.

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Commentaires
a écrit le 08/10/2014 à 18:26 :
Article qui mélange tout, depuis quand Rocket Internet est un accélérateur ?
Quand au fait qu'ils perdent 14%, l'action FB a été introduite à 40$, est tombée à 20 et en vaut maintenant 80…
a écrit le 06/10/2014 à 15:38 :
Le retour sur investissement d'une start-up est plus qu'aléatoire ; c'est une loterie....
a écrit le 06/10/2014 à 12:07 :
Il faut les intégrer aux universités avec des cours de gestion !
Réponse de le 08/10/2014 à 18:27 :
Certainement pas, quand on voit combien les universités sont à la traine en ce qui concerne les startups. Les créateurs de Facebook, Microsoft, etc. ont tous quitté l'université pour créer leur boîte.

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