Affaire Bettencourt : le rapport de l'Inspection générale des Finances ne fait pas l'unanimité

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(Crédits : Reuters)
Le ministre du Travail Eric Woerth s'est dit "énormément soulagé" ce matin après la publication du rapport de l'Inspection générale des Finances sur son rôle dans la gestion du dossier fiscal de la milliardaire Liliane Bettencourt. Soulignant que ce rapport a été réalisé par un corps d'Etat lié directement au gouvernement, le PS demande que la justice fasse la clarté sur cette affaire.

L e rapport commandé par le gouvernement à l'IGF (Inspection générale des Finances), administration sous la tutelle de Bercy, et diffusé dimanche soir, affirme que le ministre du Travail Eric Woerth "n'est pas intervenu" dans le dossier fiscal de la milliardaire et héritière de L'Oréal, Liliane Bettencourt, lorsqu'il était ministre du Budget (2007-mars 2010).

Le rapport, rédigé par le chef de l'IGF lui-même, Jean Bassères, épaulé par trois inspecteurs des finances, compte douze pages, hors annexes. Une annexe, couverte par le secret fiscal, n'a pas été publiée. Le champ de la mission était restreint. Il s'agissait de répondre à deux questions : Eric Woerth est-il intervenu dans un dossier fiscal entourant de près ou de loin Mme Bettencourt ? Et l'administration fiscale aurait-elle dû procéder à un examen de la situation fiscale de Mme Bettencourt ? La réponse du rapport est négative dans les deux cas.

Soulagement du ministre du Travail

"Les choses sont claires et c'est vrai que je suis énormément soulagé parce qu'enfin on me croit", a déclaré Eric Woerth sur Europe 1, ce matin.

Le ministre a également  indiqué qu'il allait "réfléchir" à un éventuel abandon de sa fonction de trésorier de l'UMP, au coeur des accusations de conflit d'intérêt portées contre lui. Eric Woerth a en effet cumulé ses fonctions ministérielles (au Budget puis désormais au Travail) avec celle de trésorier de l'UMP, en gérant les dons des particuliers, dont ceux de Mme Bettencourt. Depuis un mois, des enregistrements clandestins de l'héritière de L'Oréal, révélés par le site Internet Mediapart, font peser sur lui des soupçons de complaisance fiscale, mais aussi de trafic d'influence et de financement politique illégal.

Le rapport mis en cause

Malgré le soulagement d'Eric Woerth ce matin, la polémique rebondit sur la nature de ce rapport. Pour le porte-parole du Parti socialiste Benoît Hamon, qui s'est exprimé ce matin sur I-Télé, ce rapport n'a que peu de valeur, puisqu'il a été réalisé par un corps d'Etat lié directement au gouvernement.

"Ce dont nous avons besoin aujourd'hui, a expliqué Benoît Hamon, c'est que ce ne soit pas l'administration fiscale qui fasse la clarté dans cette affaire, c'est que la justice fasse la clarté", a-t-il dit, demandant à que le procureur de Nanterre (Hauts-de-Seine) Phlippe Courroye, qui suit les différentes enquêtes autour de Liliane Bettencourt, passe la main à un juge d'instruction.

Ce rapport "ne va pas au fond des questions posées, notamment comment mieux contrôler les dossiers fiscaux complexes et sensibles", a par ailleurs estimé dimanche Vincent Drezet, le secrétaire général du Syndicat national unifié (Snui) des salariés des services des impôts. "Là, il a fallu attendre les révélations" d'enregistrements pirates pour se rendre compte que la situation fiscale de Mme Bettencourt comportait des failles, a-t-il ajouté.

Le secrétaire général de l'UMP, Xavier Bertrand, est monté au créneau pour défendre le travail de l'IGF, une "institution dont le sérieux est reconnu par tous, par la droite comme par la gauche" et dont l'autorité de ses membres est "incontestable".

De même, le Premier ministre François Fillon a estimé ce lundi que le rapport de l'IGF démentait "l'essentiel" des accusations contre Eric Woerth, critiquant les réserves de l'opposition sur l'indépendance de cette administration fiscale.

Intervention de Nicolas Sarkozy attendue ce soir

Nicolas Sarkozy, qui s'exprimera ce lundi soir sur France 2, s'appuiera en tous les cas probablement sur les conclusions de l'IGF pour  tenter de relativiser l'affaire Bettencourt/ Woerth et de revenir sur les questions de fond, notamment  la réforme des retraites qui sera présentée mardi en Conseil des ministres par le ministre du Travail.

Alors que la cote du président est au plus bas depuis son élection (30% de satisfaits, selon une enquête Opinion Way pour Metro), il abordera ce soir "tous les sujets", a promis l'Elysée. Il devrait répéter sa confiance à son ministre du Travail et exclure tout remaniement ministériel avant octobre.
 

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