Les Français craignent l'inflation, les économistes, la déflation

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Les matières premières flambent, les Français ont le sentiment d'une inflation galopante. Pourtant, certains économistes pointent un phénomène d'inflation faible, voire de déflation, porté par la faiblesse de l'activité économique.

L'inflation calculée par l'Insee se situe depuis le début de l'année à 1,5%-1,6% en variation annuelle. Soit un niveau très raisonnable, bien inférieur à la valeur de 2% ciblée par la Banque centrale européenne. Les Français estiment, eux, l'inflation sur les douze derniers mois à 10,5%, selon un baromètre Ifop/Robeco.

Si les ménages ont un tel sentiment de hausse de prix, c'est peut-être parce les principaux foyers de hausse concernent des postes vitaux de leur consommation : l'énergie (en hausse de 11,1% sur un an en octobre) et les produits alimentaires frais (+6,5%). Pourtant, en réalité, la hausse du pétrole a pour l'instant un effet limité sur l'inflation française, grâce aux effets de change. L'euro s'est apprécié face au dollar ces trois derniers mois, rappelle Mathieu Plane, économiste à l'OFCE (Observatoire français des conjonctures économiques).

Le pire scénario

Plus que l'inflation globale, les économistes scrutent l'inflation sous-jacente. Cette dernière, parce qu'elle exclut les produits les plus volatils comme les produits pétroliers et l'alimentaire frais justement, reflète les tendances de fond de l'inflation. Or, l'inflation sous-jacente baisse. Elle s'est affichée à 0,8% en octobre en glissement annuel.

Pour la société d'études économiques Xerfi ou encore l'OFCE, c'est donc la déflation qui menace l'économie française, plutôt que l'inflation. "Le pire scénario [pour 2011] serait celui d'une déflation sous-jacente et d'une inflation importée", selon Mathieu Plane. En d'autres termes, une inflation globale portée par les prix du pétrole et une inflation sous-jacente plombée par le déficit de l'activité économique et la mauvaise santé du marché du travail. Mais le scénario d'une déflation ne convainc pas tout le monde. Pour parler de déflation il faudrait "une activité plus dégradée encore", fait valoir Benoît Heitz, économiste à la Société générale.

Frein à la consommation

L'inflation sous-jacente a en tous les cas de fortes probabilités de rester faible. La France se trouve en surcapacité de production : les industriels n'ont donc d'autres solutions que de contenir leurs prix pour garder leurs débouchés. Par ailleurs, les revenus des ménages sont attaqués sur tous les fronts : par un chômage élevé (9,7% au deuxième trimestre 2010, selon l'Insee), qui pèse sur la dynamique salariale, et par les mesures gouvernementales de rigueur budgétaire. La faible progression du salaire minimum de base (SMB) en octobre, à 1,7%, contre des niveaux d'avant-crise de 3%, est ainsi directement corrélée à la dégradation du marché du travail.

Au final, ces revenus malmenés n'annoncent rien de bon sur le front de la consommation, le seul moteur de la croissance française. Xerfi prévoit que sa progression reste bloquée à 0,9%, l'OFCE à 0,8%. Le service des études économiques de la Société Générale fait assaut d'optimisme en la situant à 1,5%.
 

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