Bourde sur le triple A de la France : l'explication pas très claire de S&P

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L'agence de notation Standard and Poor's a enfin donné une explication à son erreur, qui a eu pour conséquence l'envoi à certains abonnés d'un mail faisant état d'une dégradation de la note de la France. Suffira-t-elle à calmer les instances françaises, très remontées vendredi ? A vous de juger.

Une incroyable bourde de l'agence de notation Standard and Poor's (S&P), annonçant par erreur en pleine crise de la dette que la France avait perdu son précieux "triple A", a suscité jeudi la colère de Paris et l'ouverture d'une enquête du gendarme français des marchés.

L'agence S&P, dont chaque communication est scrutée à la loupe dans le contexte d'extrême nervosité des marchés, a fait savoir que "suite à une erreur technique, un message" faisant état d'une dégradation de la note de la France avait "été automatiquement diffusé" à certains de ses abonnés.

"Ce n'est pas le cas. La note de la République française est inchangée à +AAA+, assortie d'une perspective stable, et cet incident n'est pas lié à une quelconque activité de surveillance de la note", a assuré S&P. "Nous enquêtons pour déterminer la cause de cette erreur." "Si les destinataires avaient cliqué sur le lien dans l'alerte, ils auraient vu que la note de la France était inchangée", a déclaré un porte-parole de S&P par courrier électronique.

Explications

Devant les nombreuses réactions et l'ouverture d'une enquête, (lire ci-dessous) de l'AMF, l'agence américaine a envoyé dans un communiqué vendredi vers 23 heures, heure française, un début d'explication. Plutôt technique : l'agence explique qu'en décembre 2010, elle avait placé un classement bancaire appelé "Bicra" pour la France (Banking Industry Country Risk Assessment), qui n'est pas une note de crédit, précise-t-elle, sur son Global Credit Portal comme mesure initiale pour déterminer la faisabilité du placement de tous les classements Bicra de tous les pays sur des pages individuelles pour en faciliter l'accès pour les usagers.

Les 85 autres classements Bicra n'ont pas été inscrits sur des pages individuelles du Global Credit Portal, tout en étant disponibles sur un autre endroit du site, précise l'agence dans son communiqué.

Le 10 novembre 2011, poursuit l'agence, après la publication d'une revue de tous les classements Bicra, celui de la France a été modifié à ND (non disponible) sur la page du Global Credit Portal. Le système, explique S&P, a alors interprété le changement comme un abaissement de note, ce qui a déclenché un message adressé à un "nombre limité d'abonnés" à l'alerte e-mail.

Elle a également précisé avoir pris immédiatement des mesures pour ne pas que ce type d'incident se reproduire. Véritable explication technique ou écran de fumée pour masquer que l'agence était sur le point de dégrader la note de la France ? Les experts ne manqueront pas de délivrer leur analyse dans les jours qui viennent. Mais il y a peu de chances que l'AMF se contente de cette courte explication. Et que la classe politique passe l'éponge car, pour l'heure, S&P ne s'est toujours pas excusé.

Enquête ouverte

Jeudi, le ministre français des Finances François Baroin a demandé une enquête sur les "causes et les éventuelles conséquences de cette erreur" qu'il a qualifiée de "rumeur assez choquante d'informations qui ne correspondent à aucun fondement". "On ne laissera aucun message négatif passer. On a une stratégie, on a un rendez-vous en matière de déficits qui est fixé. On ne variera pas d'un iota", a-t-il ajouté à Lyon en marge d'une conférence sur l'économie.

L'Autorité des marchés financiers (AMF) a annoncé l'ouverture d'une telle investigation dans la foulée. Elle a précisé dans un communiqué avoir contacté l'autorité de supervision financière européenne (ESMA), au titre de ses compétences de contrôle des agences de notation.

Le couac, sur lequel Standard and Poor's a elle aussi promis de faire toute la lumière, est survenu alors que l'écart entre le taux des obligations à 10 ans de l'Allemagne et de la France sur le marché de la dette a atteint un nouveau record historique jeudi, au-delà des 170 points de base.

Cet écart reflète la différence de traitement entre les deux pays, pourtant l'un et l'autre notés triple A, la note la plus élevée, par les trois grandes agences de notation S&P, Moody's et Fitch.
Cette note permet à la France d'emprunter aux meilleures conditions sur les marchés. Mais Paris vit dans la hantise de la perdre depuis un premier coup de canif infligé le mois dernier par Moody's.
L'agence rivale de S&P a annoncé mi-octobre qu'elle se donnait trois mois pour déterminer si la perspective "stable" de la note française était toujours justifiée, au vu de la dégradation de la situation économique du pays.

Conséquences

Suite à cette erreur, le rendement de l'emprunt à dix ans a bondi d'environ un quart de point, sa plus forte hausse depuis le lancement de l'euro en 1999. La clarification de S&P a été émise en anglais à 17h40 à Paris (16h40 GMT), après la clôture des marchés. L'euro a toutefois monté après cela, signe du soulagement des investisseurs.

La bourde n'a pas du tout fait rire le commissaire européen chargé des services financiers, Michel Barnier, qui a qualifié vendredi cette gaffe d'«incident grave». «Dans la situation extrêmement volatile et tendue des marchés actuellement, les acteurs de ces marchés doivent faire la preuve d'une rigueur et d'un sens particulier de la responsabilité», a-t-il indiqué dans une déclaration.
 

Garder à tout prix le triple A

Cet avertissement a pesé lourd dans la décision du gouvernement français de mettre au point un nouveau plan de rigueur, annoncé lundi et qui prévoit des économies de 7 milliards d'euros en 2012. Il vient s'ajouter à un précédent train de mesures d'austérité annoncé fin août.

"La France a toujours démontré sa capacité à respecter strictement ses objectifs et je ne vois aucune raison pour qu'elle ne fasse pas de même cette fois-ci", a estimé de son côté le gouverneur de la Banque de France, Christian Noyer, dans un entretien au Figaro à paraître vendredi, récusant l'idée d'une dégradation de la note française.

Même si le gouvernement se démène pour sauver le triple A de la France, l'"erreur technique" de S&P nourrit le soupçon que le communiqué de l'agence annonçant la dégradation de la note de la France était prêt à être diffusé.

Un triple A "déjà perdu" ?

Pour certains, à en juger par l'écart entre les taux français et allemands sur le marché obligataire, la France a déjà perdu de facto sa note triple A.

"Ne nous faisons pas d'illusion: sur les marchés, la dette (française) n'est déjà plus AAA", a estimé jeudi Jacques Attali, l'ancien président de la Banque européenne pour la reconstruction et le développement (BERD) dans une interview accordée à "La Tribune". Un peu plus tard dans la journée, la ministre du budget Valérie Pécresse a qualifié ces propos d' "irresponsables".

 

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Commentaires
a écrit le 17/11/2011 à 17:25 :
Moi je suis prêt à renflouer les caisses de la France.

Combien il manque ?? 10 Milliards ? 50 Milliards ? 300 Milliards ?

Aucun problème, la BCE me les fourni à 1,25 %.

Et comme je suis bon prince je demande seulement du 3% au lieu des 3,5% actuels des emprunts français à 10 ans.


C'est sympathique hein la finance, avec une BCE qui ne peut pas prêter aux états, mais permet aux banque de se financer ... pour prêter aux états.
a écrit le 15/11/2011 à 14:26 :
Le triple A n'est plus qu'un souvenir. Ca fait belle lurette que la France ne le mérite plus puisque c'est la mesure de la meilleure qualité de gestion. Notre pays est d'ailleurs actuellement déjà attaqué par les marchés financiers, qui testent notre capacité à résister au stress, en augmentant le fameux "spread" entre les taux allemands et les nôtres.
Réponse de le 15/11/2011 à 22:11 :
plus proche du double aa que du triple que seuls les états du nord européen semblent conserver.....en sursis ?

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