Le fabuleux business du recyclage des pièces rouges

Florence Trainar

Florence Trainar
Considérées à tort comme sans valeur, les pièces rouges encombrent le fond de nos porte-monnaie, et on ne sait jamais comment les dépenser. Devinant la petite fortune qu'il y avait à amasser à partir de ces pièces dormantes, Benjamin Dupays, un jeune étudiant de Sciences-Po a trouvé une solution : il a créé Centimeo, une startup qui propose aux consommateurs d'utiliser leurs pièces de 1, 2 et 5 cents, dans des distributeurs automatiques délivrant chewing-gums et dosettes de gel anti-bactériens pour moins de 10 centimes.
Et troisième coup, heureusement, Centimeo réalise une marge conséquente sur ses produits - supérieure à 50% sur les chewing-gums par exemple.
La société compte pour l'instant une centaine de distributeurs en Ile-de-France, implantés dans des universités, des restaurants d'entreprise ou d'hôpital, etc. Depuis décembre, 14 machines sont également présentes dans le métro, aux stations Franklin Roosevelt, Place de Clichy et Gare de Lyon entre autres, et une arrivée est prévue à Lille en mars prochain.
En choeur avec les consommateurs, c'est la Banque de France qui peut se réjouir de ce business de recyclage. Lorsque les pièces rouges ne sont plus utilisées voire jetées, l'institution doit les refaire frapper pour garantir un certain niveau de masse monétaire en circulation : chaque année, c'est 800 millions de nouvelles pièces de 1, 2 ou 5 cents qui sont ainsi frappées. Qui plus est à perte, puisque produire une pièce rouge coûte plus cher que sa valeur faciale (4 centimes pour une pièce de 1 cents)
L'offre de Centimeo présente de belles perspectives de croissance car son marché potentiel est loin de se cantonner aux frontières de l'hexagone : dans toute l'Europe, c'est un total de 1,4 milliard d'euros qui aurait été perdu en surfrappe de pièces de 1, 2 et 5 centimes depuis la création de l'euro.
Un marché, qui plus est, largement sous-exploité : en France, mis à part la société Eurocycleur, dont les machines installées dans certains centres commerciaux proposent d'échanger vos centimes contre un bon d'achat, aucun autre concurrent ne s'est encore attaqué aux pièces rouges. Probablement parce que l'inconscient collectif les considère comme sans valeur.
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Seul hic au tableau de Centimeo, le chiffre d'affaire de chaque distributeur n'atteint fatalement que... 50 euros par mois environ. Et si la société réussit à doubler le nombre d'utilisateurs par machine - ce qui n'est pas chose aisée - le revenu ne s'élèvera toujours qu'à 100 euros. "Si l'on considère son coût d'acquisition, nos machines vont mettre deux à trois ans avant d'être rentables, reconnaît le jeune diplômé de l'ESSEC. Mais on planifie d'installer de nouveaux distributeurs en gare et dans les aéroports, le retour sur investissement y sera bien plus élevé".
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Les discussions de la Commission Européenne, tenues en mai 2013 autour d'une possible suppression des pièces rouges dans l'Union Européenne, peuvent en faire douter. Mais le scénario n'inquiète pas une seconde Rodolphe Mas, au contraire. "A court et moyen terme une telle suppression n'est pas envisageable, assure t-il, car c'est beaucoup trop problématique à organiser avec les nouveaux pays entrants dans l'UE qui ont besoin de ces pièces rouges", et bien sûr les consommateurs subiraient une forte inflation, avec des prix arrondis à la hausse.
"Néanmoins, si ça devait arriver, Centimeo serait un vecteur inestimable pour aspirer ces pièces". Pile, ils gagnent, face... aussi.
Florence Trainar
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