Le fabuleux business du recyclage des pièces rouges

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Sous-utilisées par les consommateurs, les pièces rouges coûtent très cher à la Banque de France qui doit en refrapper 800 millions chaque année.
Sous-utilisées par les consommateurs, les pièces rouges coûtent très cher à la Banque de France qui doit en refrapper 800 millions chaque année. (Crédits : Reuters)
La startup Centimeo a lancé un distributeur automatique qui accepte les pièces de 1, 2 et 5 centimes. De quoi rassembler une petite fortune tout en donnant un coup de pouce aux banques centrales européennes.

Considérées à tort comme sans valeur, les pièces rouges encombrent le fond de nos porte-monnaie, et on ne sait jamais comment les dépenser. Devinant la petite fortune qu'il y avait à amasser à partir de ces pièces dormantes, Benjamin Dupays, un jeune étudiant de Sciences-Po a trouvé une solution : il a créé Centimeo, une startup qui propose aux consommateurs d'utiliser leurs pièces de 1, 2 et 5 cents, dans des distributeurs automatiques délivrant chewing-gums et dosettes de gel anti-bactériens pour moins de 10 centimes.

Revaloriser la monnaie dormante

"Notre idée est de faire d'une pierre deux coups, explique Rodolphe Mas, partenaire de Benjamin Dupays chez Centimeo et ancien étudiant à l'ESSEC, d'une part on revalorise une monnaie négligée en offrant aux consommateurs des produits moins chers qu'en magasin, et d'autre part on réinjecte ces pièces en circulation sur le marché."

Et troisième coup, heureusement, Centimeo réalise une marge conséquente sur ses produits - supérieure à 50% sur les chewing-gums par exemple.

La société compte pour l'instant une centaine de distributeurs en Ile-de-France, implantés dans des universités, des restaurants d'entreprise ou d'hôpital, etc. Depuis décembre, 14 machines sont également présentes dans le métro, aux stations Franklin Roosevelt, Place de Clichy et Gare de Lyon entre autres, et une arrivée est prévue à Lille en mars prochain.

800 millions de pièces rouges frappées à perte chaque années

En choeur avec les consommateurs, c'est la Banque de France qui peut se réjouir de ce business de recyclage. Lorsque les pièces rouges ne sont plus utilisées voire jetées, l'institution doit les refaire frapper pour garantir un certain niveau de masse monétaire en circulation : chaque année, c'est 800 millions de nouvelles pièces de 1, 2 ou 5 cents qui sont ainsi frappées. Qui plus est à perte, puisque produire une pièce rouge coûte plus cher que sa valeur faciale (4 centimes pour une pièce de 1 cents)

"Nous sommes en discussion avec la Banque de France pour trouver un partenariat. L'Etat a tout intérêt à ce que l'on prospère, affirme Rodolphe Mas, mais on doit d'abord leur prouver que notre entreprise est viable".

Un marché immense, une rentabilité qui rame...

L'offre de Centimeo présente de belles perspectives de croissance car son marché potentiel est loin de se cantonner aux frontières de l'hexagone : dans toute l'Europe, c'est un total de 1,4 milliard d'euros qui aurait été perdu en surfrappe de pièces de 1, 2 et 5 centimes depuis la création de l'euro.

Un marché, qui plus est, largement sous-exploité : en France, mis à part la société Eurocycleur, dont les machines installées dans certains centres commerciaux proposent d'échanger vos centimes contre un bon d'achat, aucun autre concurrent ne s'est encore attaqué aux pièces rouges. Probablement parce que l'inconscient collectif les considère comme sans valeur.

Seul hic au tableau de Centimeo, le chiffre d'affaire de chaque distributeur n'atteint fatalement que... 50 euros par mois environ. Et si la société réussit à doubler le nombre d'utilisateurs par machine - ce qui n'est pas chose aisée - le revenu ne s'élèvera toujours qu'à 100 euros. "Si l'on considère son coût d'acquisition, nos machines vont mettre deux à trois ans avant d'être rentables, reconnaît le jeune diplômé de l'ESSEC. Mais on planifie d'installer de nouveaux distributeurs en gare et dans les aéroports, le retour sur investissement y sera bien plus élevé".

Les pièces rouges sont éternelles ?

Les discussions de la Commission Européenne, tenues en mai 2013 autour d'une possible suppression des pièces rouges dans l'Union Européenne, peuvent en faire douter. Mais le scénario n'inquiète pas une seconde Rodolphe Mas, au contraire. "A court et moyen terme une telle suppression n'est pas envisageable, assure t-il, car c'est beaucoup trop problématique à organiser avec les nouveaux pays entrants dans l'UE qui ont besoin de ces pièces rouges", et bien sûr les consommateurs subiraient une forte inflation, avec des prix arrondis à la hausse.

"Néanmoins, si ça devait arriver, Centimeo serait un vecteur inestimable pour aspirer ces pièces". Pile, ils gagnent, face... aussi.

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a écrit le 22/02/2014 à 12:48 :
J'ai pas bien compris, les prix n'ont pas augmenté avec l'euro? Quand j'étais petit, ma maman m'envoyez souvent faire des courses et acheter quelques produits avec un billet de 10 Francs. Aujourd'hui on achète quoi avec 10 Euros? En tout cas pour moi j'ai plus l'impression que j'achète moins de chose avec 10 Euros plutôt qu'avec 10 Franc de l'époque... Pourtant ma paie n'a pas augmenté.
a écrit le 13/02/2014 à 8:47 :
"bien sûr les consommateurs subiraient une forte inflation, avec des prix arrondis à la hausse."
Mais bien sur...
En retirant les pieces de 1 et 2 cents en Finlande il y a un arrondi a la hausse ou a la baisse
Si le prix a payer en espèces est de 5,21/5,22€ alors tu payes 5,20€ si c´est 5,23/5,24€ tu payes 5,25€.
Aucun changement pour le paiement par carte bancaire.
Réponse de le 13/02/2014 à 10:05 :
C’est le prix de chaque produit qui serait arrondi, et non celui de la note final, ce serait ingérable… Du coup, comme la plupart des prix seraient arrondis au supérieur (car les prix sont souvent à 1 ou 2 centimes en dessous de l’arrondi, par souci de perception prix pour le consommateur : 0,99€ les 500g de pates, 2,98€ la lessive), la différence dans la note finale pourrait être bien conséquente ! Et cela, à chaque fois que l’on va faire des courses…
Réponse de le 13/02/2014 à 11:43 :
Au contraire. Les prix psychologiques en 9.99 deviendraient des prix psychologiques en 9.95 (si on supprime les 0.01 et 0.02, voire 9.90 si on supprime aussi les 0.05), mais sûrement pas des prix anti-psychologiques en 10.00.
Ce serait donc une inflation... négative !
Réponse de le 13/02/2014 à 14:43 :
Et qui paierait cette différence? La surface de distribution, qui est déjà soumis à de très faible marge, ou la marque qui vend le produit, qui perdrait 9 centimes à chaque produit vendu?
Cela semblerait plus vraisemblable que les prix soient arrondis au supérieur.
a écrit le 13/02/2014 à 7:21 :
Je ne sais pas mais moi je n ai jamais eu de problème de centimes, la boulangerie, la presse, au marché, au supermarché ... A ces endroits je récolte mes pièces rouges, mais quand je paye ils acceptent de me les reprendre... Mais étant en belgique maintenant je suis pressé que ces pièces de 1 et 2 Cts disparaissent, avec arrondie inférieur ou supérieur, on s'y retrouvera rapidement. Au lieu de perdre de l'argent coût de fabrication... Je crois que cette start up va devoir revoir ses distributeurs de chewing-gum pour récupérer des piéces de 10,20 et 50 Cts bientôt
a écrit le 12/02/2014 à 11:17 :
Il suffirait de mettre dans les succursales de banque des convertisseurs de monnaie:
On l'alimente en centimes, il vous renvoie des pièces de 0,5 1 ou 2 euros.
Ainsi on recycle ces pièces et on vide son porte-monnaie d'une ferraille encombrante, au lieu de perdre de l'argent.
Réponse de le 12/02/2014 à 15:35 :
C'est vrai, mais cela ne résoudrait pas le problème des centimes, car les gens n'utiliseraient pas les centimes au jour le jour, et les thésauriseraient dans des pots à centimes avant de les convertir en euros. Et c'est bien cette thésaurisation qui fait que l'Etat est obligé d'en refrapper chaque année.
De plus, l'opérateur qui ferait cette activité prendrait une commission sur chaque transaction (à la manière d'une banque), ce qui dévaloriserait les centimes, au lieu de les revaloriser...
Réponse de le 12/02/2014 à 16:11 :
Il serait plus avantageux que l'état (donc les français) paie les banques pour offrir aux français une carte de paiement (sans autorisation de découvert). L'état serait gagnant sur tous les tableaux:
1. une économie de frappe et de distribution d'une monnaie physique
2. une limitation de la fraude fiscale
3. une économie sur les effectifs de polices alloués aux vols d'espèces (clients ou transporteurs de fonds)
a écrit le 12/02/2014 à 10:17 :
La Belgique va aussi supprimer les pièces de 1 et 2 cents
Réponse de le 12/02/2014 à 11:30 :
Et c'est déjà le cas aux Pays-Bas
a écrit le 12/02/2014 à 10:06 :
Combien coûte la dose de chewing-gum ou de gel anti-bactérien dans ces distributeurs ? Car pour que ça marche, à mon humble avis, il ne faut pas que le montant soit supérieur à 20 ou 30 cents. Au-delà, le consommateur est obligé de puiser dans les autres pièces (jaunes) et alors, je ne vois plus l'intérêt de cette initiative.
Réponse de le 12/02/2014 à 10:16 :
Le chewing-gum et la dose de gel sont vendus au prix de 5 ou de 10 centimes, 10 centimes étant le plafond!
a écrit le 12/02/2014 à 9:51 :
Sinon on les enlève de la circulation, comme c'est le cas en Finlande... ça en ferait des économies pour la BCE
a écrit le 12/02/2014 à 9:08 :
Le coup de pouce aux banques centrales étant clairement l'argument qui va entrainer l'adhésion du peuple de France. Vite vite.
Réponse de le 12/02/2014 à 10:18 :
Sauf que les pertes réalisées par ces organismes sont directement supportées par le contribuable...
a écrit le 12/02/2014 à 7:36 :
Très bonne idée. Si les parcmètres adoptaient ce principe et facturaient aux 5 mn, l'Etat ou les collectivités récupèrerait quelques centaines de milliers d'euros.
Réponse de le 12/02/2014 à 12:07 :
Excellente idée pour les parcmètres :)
Réponse de le 13/02/2014 à 15:24 :
Excellente, en effet

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