Demain matin, la France sera plus riche !

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Selon l'Insee, l'augmentation du niveau du PIB provoquée par ces révisions comptables pourrait être de 1 à 4 points de PIB
Selon l'Insee, l'augmentation du niveau du PIB provoquée par ces révisions comptables pourrait être de 1 à 4 points de PIB (Crédits : reuters.com)
Demain jeudi, l’Insee publiera une nouvelle version des comptes nationaux, actualisée et modifiée. L’immatériel sera désormais considéré comme de l’investissement. Les ratios qui prennent le PIB pour dénominateur reculeront donc.

Demain, jeudi 15 mai, le niveau du PIB français devrait décoller brutalement. Des gisements de pétrole ont-ils été détectés dans l'Hurepoix ? Une entreprise française lancera-t-elle une innovation de rupture révolutionnant des pans entiers de l'économie mondiale ? Même pas. Demain, l'Insee publiera une nouvelle version des comptes nationaux, actualisée sur les trois dernières années, et reposant sur une nouvelle base qui prend en compte les modifications de tous les grands agrégats (PIB, consommation, investissement…). Conséquence de ces modifications comptables, « il en résultera une révision substantielle à la hausse du niveau du PIB, pour un impact nettement plus modeste sur les taux d'évolution ".

Selon les estimations de l'Insee, l'augmentation du niveau du PIB pourrait être de 1 à 4 points de PIB, 1 point de PIB représentant 20 milliards. Conséquence, les ratios qui prennent le PIB pour dénominateur reculeront précise l'Insee, notamment ceux qui auront le déficit public, la dette publique et les prélèvements obligatoires au numérateur.

Les exercices 2011, 2012 et 2013 révisés

Plusieurs changements interviendront. Les données macroéconomiques des comptes nationaux seront actualisées sur les trois dernières années, soit 2011, 2012 et 2013, afin de tenir compte des nouvelles informations arrivées depuis le précédent millésime des comptes nationaux. Les concepts qui gouvernent l'établissement de ces chiffres feront aussi l'objet d'un toilettage lié à changement de base - de 2005 à 2010 -, entraînant la modification de la définition exacte de nombreuses données et le contour de tous les grands agrégats (PIB, consommation, investissement, solde des administrations publiques,...).

Concrètement, à partir de demain, lors de la publication de la base 2010, les actifs produits, entendus comme les biens matériels ou immatériels utilisés de façon répétée et continue dans des processus de production pendant plus d'un an, verront leur périmètre élargi pour inclure, au titre de la propriété intellectuelle, un certain nombre d'actifs immatériels comme les résultats des activités de recherche et développement (R&D), les bases de données, et les biens d'équipement à usage exclusivement militaire. " On entend par là les navires, sous-marins, avions, blindés ainsi que certains missiles à fort pouvoir destructeur équipant les forces armées ", explique l'Insee.

La consommation intermédiaire est prise en compte

En étendant le périmètre des actifs produits, les dépenses engagées pour acquérir ces actifs - dépenses de R&D, achats de base de données ou d'équipements militaires - sont dorénavant comptabilisées en formation brute de capital fixe (FBCF), c'est-à-dire en investissement, et non plus en consommation intermédiaire. Le PIB est relevé d'autant.

Jusqu'à présent, la consommation intermédiaire, c'est-à-dire la valeur des biens et services transformés ou entièrement consommés au cours du processus de production, n'était pas prise en compte dans le calcul la valeur ajoutée et le PIB. " L'augmentation de la valeur ajoutée concerne aussi bien les administrations publiques, pour les achats de systèmes d'armes ou le financement de la R&D non marchande, que les sociétés non financières, pour la R&D marchande et les bases de données ", détaille l'Institut.

Le poids de l'immatériel est désormais reconnu

Pourquoi ce changement ? L'Insee appliquera les nouvelles normes de comptabilité nationale édictées par le Système de comptes nationaux (SCN 2008) et sa déclinaison européenne, le Système européen de comptes (SEC 2010). " Le cadre comptable doit en effet s'adapter pour refléter au mieux les mutations de l'économie. Traiter en investissement les dépenses de R&D permet par exemple de mieux rendre compte du poids de plus en plus important des actifs tirés de la propriété intellectuelle dans l'économie d'aujourd'hui ", explique l'Institut.

Cette prise en compte de l'immatériel suit les nombreuses recommandations d'experts et d'institutions pour une meilleure prise en compte de l'immatériel dans la création de richesses.

Créée en 2008 à l'initiative de Nicolas Sarkozy, la Commission sur la mesure de la performance économique et du progrès social, menée par  les économistes et prix Nobel Joseph E. Stiglitz, de l'université de Columbia, et Amartya Sen, de l'université de Harvard,  ainsi que Jean-Paul Fitoussi, de l'Institut d'Études Politiques de Paris, président de l'Observatoire Français des Conjonctures Économiques (OFCE), faisait notamment fait des propositions sur ce point.

La France suit le mouvement

Aux Etats-Unis, la récente révision quinquennale de la comptabilité nationale permet également d'évaluer le PIB différemment. Ainsi, depuis le 31 juillet, le Bureau of Economic Analysis (BEA) - l'équivalent américain de l'Insee - inclut l'apport de la production intellectuelle afin de reconnaître les dépenses en recherche et développement, dans le domaine du divertissement, de la création littéraire et artistique comme des investissements à part entière. Les États-Unis ne sont pas les seuls à appliquer ce changement de méthode comptable, recommandé par les Nations unies en 2008. L'Australie et le Canada l'ont également adopté.

Les pays européens devant suivre en 2014 - ils doivent transmettre les données harmonisées avancent septembre à la Commission européenne -, la France ne sera pas la seule pays à voir son stock de richesses augmenter cette année.

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Commentaires
a écrit le 15/05/2014 à 16:22 :
chic alors! mon compte en banque va se remplir pendant la nuit.
a écrit le 15/05/2014 à 10:50 :
« l'apport de la production intellectuelle afin de reconnaître les dépenses en recherche et développement, dans le domaine du divertissement, de la création littéraire et artistique comme des investissements à part entière »
On aurait dû faire comme aux Etats-Unis… Vu les subventions au monde artistique, on aurait une croissance qui concurrencerait celle de la Chine !
a écrit le 15/05/2014 à 9:28 :
encore une façon de nous tromper. cependant, pour nous, le résultat sera le même. ce qui ne semble pas du tout inquiéter nos bons comptables et le gros cinéma continue....
a écrit le 15/05/2014 à 8:58 :
Illusion ! Le contenu de mon porte-monnaie demain comme hier sera le même. On tortille des chiffres pour enfumer es gens.
Réponse de le 15/05/2014 à 9:44 :
ou comment on peut être "plus riche" avec une croissance "zéro" au premier trimestre 2014.
a écrit le 15/05/2014 à 8:31 :
une équipe de recherche qui ne trouve rien( de monnayable), va créer de la richesse ?
Réponse de le 15/05/2014 à 8:43 :
Une administration qui ne sert à rien en crée déjà , si je ne me trompe pas.
Réponse de le 15/05/2014 à 8:56 :
Rien qu'un exemple, alors... En Alsace-Lorraine, la complémentaire santé est publique, et non privée. Et ... ils paient moins cher qu'ailleurs en France. Ce que vous ne voulez pas comprendre, est qu'une administration coûte moins cher que le privé. Mais vous voulez surement devenir actionnaire pour faire "travailler" votre argent, n'est-ce pas..??
Réponse de le 15/05/2014 à 9:49 :
Il faut donc supprimer les appels d'offre du secteur public, la sous-traitance par les entreprises privées et recruter des agents publics supplémentaires ?
a écrit le 14/05/2014 à 23:58 :
Tant mieux, je vais de nouveau bien dormir. Et c'est quand qu'on rase gratis?
a écrit le 14/05/2014 à 22:19 :
Où voit-on cela? Le PIB stagne hors inflation depuis 5 ans et la population augmente... On fait des départs volontaires, seulement le chômage jeunes après les études est à 60%... On nous sort qu'on a moins d'industrie que la Grèce ou l'Espagne... on joue à l'économie con-post-industrielle? Si trop d'impôts tuent la société, on baisse de combien?
a écrit le 14/05/2014 à 20:55 :
Mort de rire !
Les artifices comptables n'ont jamais rendu plus riche !
Réponse de le 15/05/2014 à 8:57 :
Méthode qui vient des US. Ils ont l'habitude, là-bas.
a écrit le 14/05/2014 à 19:52 :
eh mon petit Fabien va falloir être un peu plus rapide pour actualiser les commentaires d'internautes et puis y a pas que les commentaires inoffensifs qu'il faut autoriser allez mon petit gars faut avoir un peu de cran dans la vie prof ou dans la vie tout court.
a écrit le 14/05/2014 à 19:46 :
L'activité et la vigilance ou le combat citoyen devrait également figurer dans les comptes comme tout ce que produisent les dizaines de milliers d'associations en France, plus toute la création artistique qu'on essaie de nous piquer via tous les gadgets et logiciels informatiques, plus tout ce que l'on fait pour valoriser et protéger le patrimoine de la France (y compris les DOM TOM) naturel et culturel. Si avec tout ça on augmente pas le PIB de 20% c'est que nous nous sous estimons. Avec ça on peut recommencer à dépenser mais pas n'importe où ou n'importe comment il faut qu la France retrouve son rang militaire donc rééquipement à neuf dans tous les domaines...tous ceux qui participent à la réduction de notre défense nationale auront des comptes à rendre un jour à la Nation.
a écrit le 14/05/2014 à 19:25 :
Cette décision de l’INSEE, annoncée depuis plusieurs mois, et bien sur validée rapidement par nos gouvernants de gauche va faire leurs affaires, car elle permettra à F. Hollande d’améliorer artificiellement les ratios de déficit public, dette, prélèvements obligatoires/PIB …….qu’il avait beaucoup de peine à respecter…..

Sur le fond, ‘l’introduction des valeurs de R&D ne représente-elle pas un doublon dans la mesure où elle est déjà incluse dans les produits finis, et à ce titre fait double emploi…..

Vis-à-vis de Bruxelles, quant est-il de l’application par les 28 pays européens de cette règle, car si elle n’est pas appliquée par tous, les comparaisons vont être faussées…….à quelques jours de l’élection européenne, nos brillants technocrates en disent quoi……….
a écrit le 14/05/2014 à 19:08 :
Je ne sais pas si on devrait continuer à appeler cet agrégat PIB (produit intérieur brut) avec l'intégration de la consommation intermédiaire. En effet, elle reflète de moins en moins l'état de la production. Un moyen artificiel de faire augmenter le PIB!!!
a écrit le 14/05/2014 à 18:57 :
Quels pays ont décidé de ne pas appliquer ce changement de méthode comptable, recommandé par les Nations unies en 2008 ? Le début de l'article donnait l'impression qu'il s'agissait d'un bidouillage organisé par l'Insee pour gonfler le PIB artificiellement mais la fin de l'article donne une approche différente. Finalement chacun retiendra la partie qui lui convient.
a écrit le 14/05/2014 à 18:57 :
Oui, bien-sûr, et nous avec....YOUPI !
a écrit le 14/05/2014 à 18:56 :
Super nous allons devenir riche d’immatériel, de vide quoi trop fort ces énarques plus fort que les apparatchik de l'ex URSS!!!!!
a écrit le 14/05/2014 à 18:32 :
Trop fort les gars un film, un livre,un A380 c'est ce sont des produits finis,ajouter la conceptualisation intellectuelle,c'est doublonné.Car cela est déjà inclus dans le prix de revient.C'est simplement une manœuvre frauduleuse visant à augmenter artificiellement le pib marchand.Allez chiffrer la recherche fondamentale qui est un pari sur le futur technologique en terme de pib bon courage.Tout cela mérite d’être décortiquer plus finement par agrégats.
a écrit le 14/05/2014 à 17:51 :
Chic !
On va pouvoir taxer le vent ! Même peut être aussi les rêves
Ne rêvez pas trop que vous partez en vacances dans des endroits paradisiaques : on porrait vous taxez durement !!!
a écrit le 14/05/2014 à 17:42 :
La France des banquiers et des grands argentiers, c'est sûr, aussi celle des pots-de-vin et des patrons vénaux, pas celle des salariés ni celle des chômeurs. Merci à la rédaction de La Tribune pour le rappel, c'est encourageant.
a écrit le 14/05/2014 à 17:22 :
Il est vrai que c'est n'importe quoi. Et, sinon, bravo de votre titre, La Tribune. Car il rejoint le slogan des financiers qui est que plus tard, "tout ira mieux"... Optimisme forcené pour les non-milliardaires, réalisme pour ceux qui le sont. Quand la limite sera franchie (et non forcément frenchis) , là, va y avoir un retournement aussi forcené...

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