Les "indignés" dans la rue : après les printemps arabes, l'automne de l'occident ?

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Inspiré par le mouvement "Occupy Wall Street" qui s'est installé à New York à l'appel du mouvement des 99%, une manifestation "Occupy Stock Exchange" se tient à Londres ce samedi. A Paris, un rassemblement est prévu cet après-midi place de l'Hôtel de Ville. Des violences ont eu lieu à Rome. Près de mille villes sont concernés par ce week-end des "Indignés" dans quatre-vingt deux pays, confirmant une forme de mondialisation du mouvement des "indignés" lancé à Athènes et à Madrid en réaction à l'austérité et inspiré par le printemps de peuples arabes. A l'approche du G20 de Cannes, la protestation monte dans les pays occidentaux.

Les "indignés" manifestent ce samedi à travers la planète pour dénoncer le poids de la finance et les politiques d'austérité qui, disent-ils, mènent le monde à la ruine et condamnent une partie de l'humanité à la pauvreté. Inspirés par les "indignados" précurseurs de Madrid, galvanisés par le mouvement Occupy Wall Street, différents collectifs reliés entre eux par internet appellent à manifester à Londres, Rome, Berlin, Francfort, Athènes, Montréal, New York... A Paris, les "Indignés", présents place de la Bastille, manifesteront sur la place de l'Hôtel de Ville. Selon le réseau 15october.net, qui recense les appels à manifester, des rassemblements sont prévus dans au moins 951 villes à travers 82 pays. La présence de casseurs a provoqué des incidents et des violences dans la manifestation à Rome qui a rassemblé 200.000 personnes.

Plusieurs centaines de personnes ont défilé dans les rues d'Auckland en Nouvelle-Zélande avant de se rassembler sur une place de la ville où 3.000 participants ont scandé des slogans en tapant sur des tambours. Quelque 2.000 manifestants, des représentants de la communauté aborigène, des syndicalistes et des militants communistes, se sont réunis à Sydney devant la banque centrale d'Australie tandis que l'on dénombrait 200 protestataires dans la capitale Wellington. A Melbourne, où était donné le coup d'envoi de cette journée de mobilisation mondiale, un millier de personnes se sont réunies sur une place du centre-ville. Plusieurs centaines de personnes, dont des militants opposés au nucléaire, ont marché à Tokyo et quelques dizaines se sont rendus devant l'ambassade des Etats-Unis à Manille aux Philippines aux cris de "à bas l'impérialisme américain".

Dans des villes comme Londres ou Athènes, théâtres de récentes émeutes, les forces de police sont sur les dents. D'autant que nul ne peut anticiper l'ampleur de la mobilisation qui s'appuie largement sur les réseaux sociaux. "Pour nous, le moment est venu de nous unir, pour eux, le moment est venu de nous écouter. Peuples du monde entier, levez-vous !", proclame le site United for #GlobalChange (ensemble pour un changement global). "Nous ne sommes pas des marchandises entre les mains des politiciens et des banquiers qui ne nous représentent pas. Nous allons manifester pacifiquement, débattre et nous organiser jusqu'à obtenir le changement mondial que nous voulons", poursuit cette coordination virtuelle.

Les organisateurs insistent sur le caractère pacifiste du mouvement de protestation. Vendredi, cependant, un groupe d'étudiants a fait irruption dans le centre financier de Milan dans les locaux de la banque Goldman Sachs, sur laquelle se concentre une large part de la colère des indignés. "J'attends ce mouvement depuis longtemps, depuis 2008", témoigne Daniel Schreiber, un Berlinois de 28 ans ulcéré par les répercussions du sauvetage des établissements financiers après la faillite de la banque Lehman Brothers. "Je me demandais pourquoi les gens n'étaient pas indignés, pourquoi rien ne se passait et finalement, trois ans plus tard, cela arrive enfin", ajoute-t-il.

Trois ans après la chute de Lehman Brothers, emporté par l'éclatement de la bulle des crédits "subprime", et après les plans de soutien et de relance financés par la puissance publique, les pays occidentaux, notamment dans la zone euro, vivent désormais au rythme des plans de rigueur et des cures d'austérité. "Ce qui se passe aujourd'hui en Grèce, c'est le cauchemar qui attend d'autres pays à l'avenir. La solidarité est l'arme des peuples", écrit le groupe Démocratie réelle, qui appelle à manifester samedi dans le centre d'Athènes, sur la place Syntagma.

Le mouvement est parti au printemps d'Espagne, le pays de l'UE au taux de chômage le plus élevé (plus de 20% de la population active, jusqu'à 45% chez les jeunes de 18-25 ans). L'occupation de la place Puerta del Sol, à Madrid, a fait des émules à travers l'Europe, à commencer par la Grèce, où le déblocage de l'aide financière de l'UE et du FMI est assorti de conditions d'austérité draconiennes. Des mouvements semblables se sont développés au Chili ou en Israël. En France, la place de la Bastille à Paris a été quelques temps un centre de ralliement de la contestation. 

Aux Etats-Unis, le mot d'ordre Occupy Wall Street a été lancé cet été sur internet par les activistes du collectif Adbusters (littéralement les Casseurs de pub), un groupe créé à Vancouver qui combat le capitalisme et détourne les codes de la société de consommation. "Nous étions inspirés par ce qui s'était produit en Tunisie et en Egypte. Nous avions le sentiment que l'Amérique était mûre pour vivre son propre Tahrir", explique Kalle Lasn, co-fondateur du groupe, en référence à la place du Caire devenue l'hiver dernier l'épicentre de la contestation contre le régime d'Hosni Moubarak. "Nous avions le sentiment qu'une indignation véritable montait en Amérique et nous avons voulu produire l'étincelle qui permettrait à cette indignation de s'exprimer", continue-t-il. Occupy Wall Street appelait à se rassembler autant de temps que nécessaire à partir du 17 septembre. Le mouvement entrera lundi dans son deuxième mois et les protestataires campent toujours dans un village de tentes dressé dans le parc de Zucotti, près du coeur financier de Manhattan.

Spyro, un Britannique de 28 ans très actif dans la préparation du rassemblement prévu samedi à Londres sous la bannière "Occupy the Stock Exchange", résume les raisons de ce mouvement global de colère contre "le système financier". Les banques, rappelle-t-il, ont été renflouées sur fonds publics, mais les pratiques des bonus et des stock-options sont restées inchangées tandis que les Etats, sous l'oeil des marchés et des agences de notation, engageaient des politiques d'austérité et que le chômage, en particulier chez les jeunes, augmentait. "Partout dans le monde, nous disons que cela suffit", poursuit-il.

D'Athènes à New York, les revendications restent assez générales, elles visent les 1% de la population accusées de concentrer l'essentiel des richesses, elles accusent les gouvernements élus d'être sourds à cette colère. L'efficacité de cette mobilisation reste à démontrer. "Il y a plus de sympathisants que de personnes qui manifestent réellement", souligne Mary Bossis, professeur à l'université grecque du Pirée. En dépit des situations de désespoir créées par les mesures d'austérité, ajoute-t-elle, il semble que l'étincelle qui lancerait un mouvement durable fait défaut.

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Commentaires
a écrit le 16/10/2011 à 6:00 :
tout simple :" qui veut semer le vent...", une tornade, un typhon, un tsunami....

Hess aurait mieux fait de relire les fables, ou de visionner l' apprenti sorcier...

Mon grand père disait cela va retourner le bac sur le pourciot , qui sera le porc ???
a écrit le 15/10/2011 à 20:48 :
'Si le mouvement prend de l'ampleur, ça pourrait être un tournant dans notre civilisation': ces manifestations mondiales 'spontanées' sont une excellente façon de faire croire aux naïfs qu'une opinion populaire mondiale peut exister et obtenir des concessions. Ce sera alors bien plus facile de faire passer l?idée d'un gouvernement mondial. Bien évidemment, ce gouvernement sera totalement hors du contrôle des populations (voyez l'Union européenne) qui pourront alors toujours essayer de se révolter.
Réponse de le 16/10/2011 à 5:58 :
+1
a écrit le 15/10/2011 à 18:15 :
C'est plutôt l'hiver de l'occident avant l'automne arabe... , c'est normal aprés tout vu que les socialistes ont la/les solutions pour créer notre bonheur de demain! donc attendons avec séreinité les prochains miracles de François et de Martine
a écrit le 15/10/2011 à 17:12 :
Il y a beaucoup d'âneries dans ce sujet et dans les commentaires. Il suffit de faire un état des lieux. Nous sommes presque 7 milliards d'humains (pas 5 comme l'a écrit quelqu'un). Il n'y a jamais eu autant de pauvreté de misère et d'inégalités, malgré que l'on vive dans une ère de progrès, d'incroyables découvertes et de révolutions technologiques. Nous dépensons annuellement 1500 milliards $ (1000 pour les USA seuls; soit 1 suivi de 12 zéros). Nous enrichissons avec cette industrie militaire et quelques autres: le pétrole, le gaz, le nucléaire et beaucoup d'industries inutiles une infime minorité d'humains qui préfère crever que de partager quoique ce soit. Ce monstrueux gaspillage est naturellement l'origine de la crise économique que l'on utilise comme excuse à toutes les sauces. Désormais, la faculté de destruction est à la portée de tout le monde. Il va donc falloir éviter la catastrophe: la fin de l'espèce. Promouvoir cette révolte dans des pays de "collabos" comme la France, ayant de terribles forces de polices serait trop sanglant car tant de gens ne pouvant survivre sans ce "foutoir" obéiraient aux ordres les plus infâmes. Je pense que la révolution doit d'abord réussir dans le pays qui est à l'origine de nos malheurs (les USA) où le peuple est armé; comme cela faillit se produire, après la convention de Chicago en 1968; lorsque j'habitais là-bas. Ensuite, l'Amérique n'aura qu'à se référer à sa Constitution et ne pas la laisser se faire galvauder comme ce fut le cas depuis la révolution industrielle. Puis les changements se feront naturellement avec une violence limitée, partout ailleurs. Cela fait 25 ans que je fais de la prévention (ce qui déplait à beaucoup; donc je suis marginalisé). Lisez Le Rescapé de la Bombe: mon équivalent du petit livre de Mao...Si je n'étais pas inquiet pour les générations futures, je ne m'emmerderais pas avec tout çà...Jean-Claude Meslin
Réponse de le 15/10/2011 à 19:39 :
Je me suis mal exprimé: Les 1500 milliards de dollars sont le budget militaire de tous les états par an et les 1000 le budget militaire des USA. Il est un peu inférieur mais ils oublient les mercenaires civiles et les entreprises de sécurité payés avec des fonds plus ou moins secrets. A titre comparatif avec aussi quelques omissions le budget russe pour 2012 sera de 42 milliards $... Jean-Claude Meslin
PS chiffres fournis par l'ONU et la chaine de télé allemande bilingue D-W
a écrit le 15/10/2011 à 16:25 :
Pas beaucoup d'estime pour tous ces gens incapables de se suffir à eux-mêmes..Quel est le but? Râler? La vie est trop chère? Ya pas de boulot? et so what? J'vis mieux qu'un chinois? c'était pour faire progresser le chimilimilick?... Ah non, j'ai cru que le gouvernement allait m'donner un boulot et un appart..J'l'ai vu à la télé.. Tant qu'ils ne cassent rien..
Réponse de le 15/10/2011 à 17:14 :
Et si tu te trompais?
Et si certains des indignés avait compris ce que toi tu ignores?
Regardes ce lien!
http://www.youtube.com/watch?v=kgA2-bWXSN4
C'est pas une théorie, une interprétation, ... c'est le fonctionnement du système!
Si t'arrives à comprendre que P=P+I n'est pas possible, alors comme moi, tu seras avec eux!

Réponse de le 16/10/2011 à 19:47 :
@bill hari: "Pas beaucoup d'estime pour tous ces gens incapables de se suffir à eux-mêmes" .... ajoutes les banques, les agriculteurs, les pécheurs, bon nombre d'entreprise aussi qui ne peuvent survivre sans subvention , ou investir sans subventions .... Ah oui tu vas répondre il y a trop de taxes , mais même la police et la justice (a moins que votre but soit de donner la France aux escrocs) cela coute et cela se paye !!!
a écrit le 15/10/2011 à 15:42 :
Toujours la même clientèle revancharde qui n'a pas digéré la fin des pays communistes il y a 20 ans et panique en voyant s'effondrer l'Etat-providence partout dans le monde (d'abord en Grèce) : des syndicalistes, des communistes, des anti-nucléaires... Rien de neuf donc, sinon l'usage des tam-tams sociaux pour inviter les cigales à danser (s'indigner) une dernière fois. Plaisant spectacle !
Réponse de le 15/10/2011 à 16:41 :
je préfère profiter de la vie oui est ce un crime ? les cigales gagneront .....regardez la génération qui arrive : vous pensez que ce sont de futures fourmis ? vous vous trompez
Réponse de le 16/10/2011 à 7:44 :
C'est un crime si vous profitez de la vie avec l'argent volé aux fourmis.
Réponse de le 16/10/2011 à 19:53 :
D'accord avec citoyen ... et vive la Chine : pas de syndicats, manifestation réprimées a coups de matraque (au mieux) , pas de service publiques, pas de règles si ce n'est adhérer au parti qui est maintenant devenu un parti ultraliberale .... le rêve !!!! aller vas y .....
a écrit le 15/10/2011 à 15:29 :
On s'en fou des bonus et stock options, ....!
Le problème c'est ça!
Et c'est cela qu'il faut expliquer aux gens ... et c'est pour cela qu'il faut se battre!
http://www.youtube.com/watch?v=kgA2-bWXSN4
a écrit le 15/10/2011 à 14:48 :
Si le mouvement prend de l'ampleur, ça pourrait être un tournant dans notre civilisation.
a écrit le 15/10/2011 à 14:14 :
honnêtement, vous les médias, dites nous combien ça represente ce mouvement des indignés sur le plan mondial ? nous sommes 5 milliards sur terre ! Vous nous avez vendu l'utopie des printemps "arabe", ça a fait "pschitt" vendez nous aussi l'utopie des indignés !
a écrit le 15/10/2011 à 14:05 :
Collectivisation des usines et des banques, dépossession des paysans et nationalisation de leurs terres, dépossession des propriétaires de leur logement et nationalisation de ces derniers afin que les pauvres puissent se loger, nationalisation des chaînes de supermarché afin de contrôler les prix qui seront bloqués sur décret.... Cette crise, tout compte fait, pourrait faire renaître ce qui semblait être une erreur historique : le communisme...
a écrit le 15/10/2011 à 12:04 :
Je suis surpris que tous les médias oublient Paris et la France. Est-ce volontaire ? Est-ce une consigne de censure de la part du gouvernement ? Rendez vous place de l'Hotel de Ville à Paris à 17 heures pour participer à ce mouvement mondial d'indignation. http://15october.net/fr/ en France : http://www.demosphere.eu/node/25462 à Paris.
Réponse de le 15/10/2011 à 13:20 :
N'oubliez pas de nous rapppeler, Jean, qu'il faut nationaliser les banques et interdire les bonus, nous risquons d'oublier.
a écrit le 15/10/2011 à 11:53 :
Allez voir qui a déposé de nom de domaine "15october.net" vous serez surpris !
C?est l?ONU !

a écrit le 15/10/2011 à 11:37 :
99% wrong.
Après que les états en collaboration avec des grands groupes financiers nous ont fait tomber dans cette crise (qui n'a rien à voir avec du capitalisme mais avec un abus de pouvoir public dans l'intérêts de certains groupes!) les "protestataires" n'ont rien mieux à faire que demander encore plus de pouvoir pour l'état. Idée: remplacer le système de népotisme d'échelle mondiale par un système socialiste d'échelle globale.
99% wrong comme on peut lire dans Taki's Magazine.
Moi, je préfère la liberté. Laissons tomber tous (!) les chouchous de l'état: les banques ET les bureaucraties interventionnistes.
Réponse de le 15/10/2011 à 12:33 :
Laissons les gens vendre et revendre n'importe quoi du moment que c'est financier, que cela fait soit disant de la croissance et des bonus ... pas de règles disaient ils ... on a vu ce que cela donne ... à l'échelle mondiale revendre des créances immobilières d'américains insolvables (à la Planète !!! qui n'était pas toute "socialiste" loin s'en faut !!!) ... et que ceux qui disent que c'est encore une fois la faute à l'état admettent qu'ils ont été des incompétents notoires car il auraient du au moins décrire en quoi consistaient ces produits financiers américains de merde issus de la dérégulation !! mais non ils n'ont rien dit et maintenant ils nous rebassinent avec "c'est la fôt à l'état!!" , un état soit disant mondial et tout puissant , un état qui n'existe pas !!!
a écrit le 15/10/2011 à 11:36 :
le printemps arabe c'est une utopie de l'occident et de la France en particulier ! Il n' y a aucune espérance de voir évoluer vers notre conception une religion alliée aux armées qui règnent sur la misère et l'analphabétisme , de l'Afghanistan à l'Egypte .
a écrit le 15/10/2011 à 11:36 :
Ni printemps, ni automne pour l'occident. On va entrer en hibernation comme tous les ans. On est trop gras pour se révolter en quoi que ce soit
Réponse de le 15/10/2011 à 13:41 :
En général, l'Automne en France , c'est la série des grèves gnangnan habituelles, par des syndicats qui sont de toutes facons payés par l'Etat, et avec nous mêmes comme otages des grévistes, qui de toutes facons n'obtiennent rien de plus que ce qui était déjà dans le budget de l'année a venir..; Ca occupe les veaux... Le jour ou une grève bloquera réellement les représentants du peuple (qui ne représentent plus qu'eux-mêmes), sur la circulation des dirigeants de banques (qui ne dirigent que les flux financiers vers leurs caisses), sur les représentants de l'ordre (qui ne prennent des ordres que de la couche des corrompus et verreux), alors on pourra commencer a penser qu'on fera avancer le chmillblick. Pour l'instant, c'est juste la chienlit ordinaire organisée pour diviser le troupeau
Réponse de le 30/10/2011 à 13:26 :
Brûler les paradis fiscaux, foutre la trouille à la mafia des riches, reprendre par la force ce qui nous appartient! Qui aurait pu imaginer en1788 qu'un an plus tard la noblesse aurait la tête physiquement tranchée? Nos enfants nous en sauront gré!

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