Silvio Berlusconi : les raisons d'une démission

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Le chef du gouvernement italien démissionnera juste après l'adoption par le parlement des mesures promises à l'Union européenne. Retour sur dix-sept ans de promesses non tenues. Silvio Berlusconi a au surplus annoncé qu'il ne se présenterait pas aux élections législatives anticipées qui pourraient se tenir selon lui début février. Le rendement de l'emprunt à dix ans de l'Etat italien a franchi la barre des 7% ce mercredi en cours de matinée.

Cette fois, c'est officiel : le chef du gouvernement italien Silvio Berlusconi démissionnera juste après l'adoption par le parlement des mesures budgétaires et réformes économiques promises à l'Union européenne pour éviter la contagion de la crise de l'euro, a annoncé mardi la présidence de la République. Après l'adoption des mesures, "le président du Conseil remettra son mandat au chef de l'Etat qui procédera aux consultations" habituelles avec les partis de la majorité et de l'opposition, selon un communiqué du Quirinal, siège de la présidence, en vue de la formation d'un nouveau gouvernement.

Ce mercredi, Silvio Berlusconi a annoncé qu'il ne se présenterait pas aux élections législatives anticipées qui pourraient se tenir selon lui début février. Il a déclaré : "je démissionnerai dès que la loi sur le budget sera adoptée et puisque je pense qu'il n'y a pas d'autre alternative possible, je pense que des élections seront organisées début février auxquelles je ne participerai pas", a-t-il dit lors d'un entretien avec le rédacteur en chef de La Stampa.

Par ailleurs, le rendement de l'emprunt à dix ans de l'Etat italien a franchi la barre des 7% mercredi en cours de matinée, niveau largement considéré par les intervenants comme étant non soutenable et auquel des pays tels que le Portugal et l'Irlande avaient été contraints de demander une aide financière. Parallèlement, le "spread" (écart) de rendement Italie/Allemagne à 10 ans a franchi la barre des 500 points de base (pdb) pour atteindre 521 points, dans un contexte d'incertitudes persistantes sur la situation italienne.

Quelques pages, pas plus d'une quinzaine, expliquent la fin de la carrière politique du magnat de la télévision Silvio Berlusconi. Après avoir signé en direct à la télévision en 2001, un "contrat avec les italiens", le Cavaliere s'était fait réélire au printemps 2008 sur la base d'un programme de douze pages. Trois ans et demi plus tard, c'est une lettre de quinze pages adressée par le président du Conseil à son "cher Herman" (Van Rompuy, le président du Conseil européen) et "cher José" (Manuel Barroso, le président de la Commission européenne) qui, noir sur blanc, indique l'échec de sa gestion.

"Je vous adresse le document qui décrit la situation économique et financière italienne et signale les mesures que nous entendons prendre pour des finances publiques durables et créer des conditions structurelles favorables à la croissance", écrivait-il y a quinze jours aux institutions européennes et à ses partenaires de la zone euro.

L'équipe du Cavaliere a ainsi concocté un programme de réformes-chocs destiné à rassurer les marchés au moment où ces derniers exigeaient des taux d'intérêts toujours plus élevés en contrepartie du risque de l'acquisition d'emprunts de l'Etat italien. Des mesures qui rappellent les "sept missions" que s'était assigné Silvio Berlusconi en revenant au pouvoir le 8 mai 2008...

Le quatrième exécutif de Berlusconi a échoué sur presque tout ce qu'il avait promis. Seule l'introduction du "fédéralisme fiscal" a été initiée, mais cela c'est plutôt le succès de ses partenaires xénophobes de la Ligue du Nord qui au fil des scrutins ont engrangé des voix et se sont rendus indispensables. Au point que l'appel mardi de son leader Umberto Bossi au Cavaliere "de se retirer" au profit du jeune chef du parti, Angelino Alfano, valait l'annonce de la perte de la majorité au Parlement pour le Cavaliere.

La dernière promesse du printemps 2008, "un plan extraordinaire de finances publiques", est celle qui a fini par faire sombrer le parcours politique de l'ancien promoteur immobilier milanais. "Notre proposition est un grand et libre pacte entre l'Etat, les régions, les provinces, les communes, les épargnants et les investisseurs (...) un pacte qui réduise la dette de l'Etat, mettant sur le marché une part équivalente du patrimoine public, offrant aux épargnants et opérateurs économiques de majeures et meilleures opportunités d'investissements".

A la fin de cette année, l'endettement public du Belpaese devrait tutoyer les 120% du PIB, loin des 103,6% laissés en héritage par le gouvernement Prodi en 2008.

Contrairement aux années 1990, lorsqu'un directeur du Trésor nommé Mario Draghi mettait en ?uvre un vaste plan de privatisations pour qualifier le pays à la monnaie unique malgré un semblable pic d'endettement, rien n'a été fait par Silvio Berlusconi pour réduire la montagne de dettes.

Quand aux autres engagements électoraux, de "relance de la croissance" à la sortie de l'ornière du Mezzogiorno en passant par une politique favorisant les naissances et l'activité féminine, ils sont eux aussi restés lettre morte.

Au-delà des frasques personnelles du Cavaliere et de ses déboires judiciaires, ces deux domaines absorbant une bonne partie de son temps, l'échec de Silvio Berlusconi est aussi celui d'avoir fait croire à la multitude de petits entrepreneurs qui font le dynamisme économique du pays qu'"un des leurs" - comme il aimait à se présenter encore une quinzaine d'années après avoir abandonné les affaires pour la gestion publique - serait plus à même de résoudre leurs difficultés, plus que la classe politique démocrate-chrétienne ou socialiste qui pendant cinquante ans avait régné sur la Péninsule.

Déjà très distants dans leur ensemble du Cavaliere lors de la dernière campagne législative, les entrepreneurs, en premier lieu la présidente du patronat Emma Marcegaglia (Confindustria), n'ont cessé d'appeler à un sursaut. En vain.

Au niveau européen, Silvio Berlusconi s'est retrouvé complètement isolé, comme l'ont démontré les récents sommets européens ou celui du G20 de Cannes. Aucun autre dirigeant ne lui donnait la moindre "crédibilité", un mot-clé répété publiquement ces derniers jours, de la directrice générale du FMI, Christine Lagarde, en passant par José Manuel Barroso, Nicolas Sarkozy, Angela Merkel ou même Barack Obama.

Même lors de tensions dans le couple franco-allemand, l'Italie de Berlusconi n'a jamais réussi à se concilier l'appui de Berlin ou Paris. Lors de la récente crise libyenne, la chancelière Merkel a préféré faire profil bas plutôt que de faire alliance avec Rome pour freiner les ardeurs françaises d'intervention.

Le clin d'?il ironique de la chancelière et du président français à l'issue du récent sommet européen, interrogés sur le Cavaliere, a fini par révolter tous les observateurs italiens, se demandant pourquoi leur pays, fondateur de l'Union européenne, avait ainsi perdu tout crédit.

Le souci immédiat pour que l'Italie retrouve quelques soutiens en Europe et inspire à nouveau confiance est que sa classe politique se défasse de son positionnement sous l'ère berlusconienne. L'opposition, à quelques exceptions près, s'est contentée pendant ces dix-sept ans de présence du Cavaliere en politique, de ne proposer qu'être "anti-berlusconienne", sans développer d'alternative politique crédible avec des propositions élaborées.

A la veille de la chute du Cavaliere, personne ne sait exactement quelle pourrait être la politique du nouvel exécutif.

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