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ÉconomieInternational

Faudra-t-il attendre 5 ans pour une intervention en Syrie ?

latribune.fr avec Reuters

Publié le 19 février 2012 à 17:02 - Mis à jour le 19 février 2012 à 17:07

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Tireurs embusqués semant la panique parmi les foules, bombardements aveugles, chirurgiens opérant à la lueur de lampes de poche dans une ville écrasée par la force brutale: le conflit syrien commence à ressembler à la guerre de Bosnie des années 1992-1995.

Les tueries commises en Bosnie, où Serbes, Musulmans et Croates se sont déchirés pour dépecer l'ancienne république yougoslave, avaient été retransmises en direct sur les écrans de télévision du monde entier. Celles qui se déroulent actuellement à Homs, bastion de l'opposition au régime du président Bachar al Assad, sont retransmises pareillement sur les chaînes d'information continue grâce aux vidéos des mobinautes et autres vidéastes amateurs.

Comme à Sarajevo, la capitale bosniaque assiégée pendant 43 mois par l'artillerie des forces séparatistes serbes, les images de cadavres de nouveau-nés, de manifestants aux membres mutilés, de flaques de sang et de gens rendus fous de chagrin ont suscité des demandes d'intervention étrangère en Syrie. En Bosnie, les puissances européennes ont fini par s'interposer, mais bien tardivement et après beaucoup d'atermoiement. La guerre au coeur des Balkans a duré près de quatre ans, faisant des dizaines de milliers de morts et un million de sans-abri.

Aujourd'hui, les pays occidentaux qui ont mis fin aux massacres en Bosnie ont clairement fait savoir qu'ils n'avaient pas l'intention de s'aventurer dans le chaudron syrien - une décision qui aurait des conséquences incalculables dans une région aussi volatile. La petite Bosnie représentait une crise en Europe, aux portes de l'Otan. La Syrie est, elle, une puissance arabe majeure du Proche-Orient, au coeur d'une région stratégique, qui peut se targuer de ses puissants alliés russes et chinois.

"La guerre en Bosnie et le conflit syrien sont de natures différentes", estiment deux analystes du Washington Institute, Soner Cagaptay et Andrew Tabler. Mais, pensent-ils, "tout organisme international favorable à une intervention humanitaire pour protéger les populations civiles des enclaves syriennes comme Homs devraient tirer les leçons de la guerre en Bosnie."

CINQ ANS ET UNE CENTAINE DE RÉSOLUTIONS DE L'ONU

Semblable intervention demanderait l'envoi d'une force internationale appuyée par l'aviation et ayant l'autorisation d'ouvrir le feu en cas d'agression. Cette force, placée sous commandement de l'Otan comme ce fut le cas récemment en Libye, devrait avoir à sa tête un général de confession musulmane issu d'un pays de l'Alliance atlantique comme la Turquie. Elle devrait aussi être comprendre des contingents venant de pays arabes.

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Ankara, partisan de "zones de sécurité" en Syrie, travaille à une solution avec la Ligue arabe et la France, qui prône la création, avec l'appui des Nations unies, de couloirs humanitaires. Vendredi, le président français Nicolas Sarkozy a toutefois exclu toute intervention directe, affirmant que la révolution syrienne "(...) doit être menée de l'intérieur".

Pour sa part, le secrétaire général de l'Otan, Anders Fogh Rasmussen, a émis des doutes quant à une implication de l'Alliance même en cas de mandat de l'Onu et d'un soutien de la Ligue arabe. Mais comme en Bosnie, la situation peut évoluer. En 1991, le secrétaire d'Etat américain James Baker avait eu ce mot fameux ("We got no dog in this fight!", qui peut se traduire librement par "Cette bagarre ne nous concerne en rien!") alors que les Bosniaques commençaient à s'entre-déchirer.

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Mais lorsque la Bosnie devient au fil des mois le plus grave conflit armé en Europe depuis 1945, l'Otan finit par intervenir avec un contingent de 50 soldats au départ, qui seront 100.000 à l'arrivée et imposeront la paix en pilonnant notamment l'artillerie serbe assiégeant Sarajevo. Il aura ainsi fallu près de quatre ans et pas moins d'une centaine de résolutions du Conseil de sécurité de l'Onu pour faire taire définitivement les armes en Bosnie. Pour nos analystes du Washington Institute, une intervention de l'Onu pourrait réussir en Syrie et empêcher une escalade du conflit à condition de savoir tirer les leçons de la Bosnie et d'éviter les pièges.

latribune.fr avec Reuters

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