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ÉconomieInternational

Afrique, l'heure du réveil tant attendu ?

Photo de Romain Renier

Romain Renier

Publié le 06 février 2014 à 06:20 - Mis à jour le 12 février 2014 à 12:48

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L'Afrique connaît une croissance solide depuis plusieurs années. Elle a par ailleurs été une destination privilégiée pour les investissements étrangers en 2013. Le signe d'un premier réveil. Même si la route est encore longue.

"Renforcer les liens avec l'une des régions les plus dynamiques du monde". Tel est le souhait de Barack Obama, qui a invité 47 dirigeants africains lors d'un sommet aux États-Unis les 5 et 6 août prochains. De fait, c'est en Afrique sub-saharienne qu'a eu lieu le plus fort accroissement de capitaux étrangers en 2013, avec, c'est une surprise, un engouement pour les valeurs mobilières. Et le continent, dont la population a dépassé le milliard, a vu son économie croître à un rythme de 5% en moyenne au cours des dix dernières années. Alors l'Afrique, nouvel Eldorado des investisseurs ?

Le paradis des investisseurs aventuriers

"Certains fonds américains ont ajouté 4 à 5% de valeurs africaines dans leurs portefeuilles", confirme Gabriel Fal, président des conseils d'administration de la Bourse régionale des valeurs mobilières, la Bourse ouest africaine à Abidjan. Un symptôme de la recherche de performances surnaturelles de la part d'investisseurs étrangers dont les ardeurs ont été dopées par l'argent facile des banques centrales des économies avancées ces dernières années.

Mais le continent, dont les économies sont très diverses, reste encore une terre pour les investisseurs aventuriers. Les Français, déjà très présents en Afrique, ont par exemple été trop frileux pour aller plus loin, explique Gabriel Fal.

Pourtant, les opportunités existent. L'opérateur téléphonique historique sénégalais Sonatel, détenu en grande partie par l'État sénégalais et Orange mais dont près de 30% du capital est flottant, en est sans doute un bon exemple. Coté à la Bourse d'Abidjan, son titre a en effet progressé de 110% depuis la mi 2012.

Un Somalien en train de surfer sur internet à partir de son mobile à la plage. (Source : Reuters)

Le marché des télécoms, grâce à l'arrivée du mobile dans les pays d'Afrique, a d'ailleurs connu un essor fulgurant sur le continent. Celui-ci, vierge des anciennes technologies, est un territoire idéal pour le développement des nouvelles technologies et l'innovation.

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En témoigne le développement à grande vitesse du e-commerce qui devrait permettre au continent de "s'affranchir d'un système de distribution classique", selon Philippe Labonne, directeur général de Bolloré Africa Logistics. Selon lui, le e-commerce y est sans aucun doute le prochain grand relais de croissance.

On assiste par ailleurs à la formation d'une petite classe moyenne qui intéresse de plus en plus les grandes firmes dans le monde, à l'image du géant coréen Samsung qui a développé des modèles de réfrigérateurs spécialement conçus pour supporter les grandes chaleurs et destinés à l'Afrique du Sud.

Une employée du géant coréen Samsung présentant un modèle de réfrigérateur adapté aux températures extrêmes et destiné spécialement aux marchés africains. (Photo : Reuters)

Le défi majeur des infrastructures

Attention toutefois à ne pas verser dans l'excès d'optimisme. Car, c'est une rengaine, les défis sont encore nombreux pour des économies au développement très inégal et largement tributaires des exportations de matières premières comme les hydrocarbures et les produits de l'agriculture. En premier lieu, l'Afrique souffre d'une faiblesse chronique de ses infrastructures. A titre d'exemple, une part conséquente des récoltes en Afrique subsaharienne pourrit aux abords des champs faute d'un réseau de transports permettant de les acheminer en temps et en heures vers les clients.

C'est notamment de l'évolution de la qualité des voies de communication, maritimes et routières, que dépendra la capacité du pays à transformer l'essai et à réussir son intégration régionale. Mais pour cela, il faut des fonds. Jusque là, le continent comptait essentiellement sur l'aide au développement. Mais depuis quelques temps, les dirigeants africains commencent à comprendre l'intérêt des partenariats public privé (PPP).

Cette méthode de co-financement entre l'État et un partenaire privé a permis par exemple de financer la construction de ports, gourmands en capitaux mais essentiels aux exportations de matières premières vitales pour la plupart des économies africaines... mais aussi pour leurs partenaires, à qui les États confient généralement l'exploitation des ressources en échange.

La Chine, partenaire de choix ou colon à la place du colon ?

Un intérêt bien compris par les grandes entreprises chinoises. Souhaitant faire de l'Afrique son grenier à matières premières, la deuxième économie mondiale investit massivement dans les infrastructures qui doivent lui permettre d'acheminer le mieux possible les ressources dont elle a besoin pour alimenter sa croissance. Depuis que la Chine s'intéresse à l'Afrique, la part relative de la France dans le commerce et les investissements est d'ailleurs en nette diminution.

"Il est temps pour nous d'ôter les lunettes teintées de rose à travers lesquelles nous voyons la Chine", s'était toutefois agacé il y a un an le gouverneur de la Banque centrale du Nigeria Lamido Sanusi, dans une tribune au vitriol publiée par le Financial Times.

"La Chine nous prend des matières premières et nous fournit des biens manufacturés. C'est aussi l'essence du colonialisme", s'était-il emporté, non pas à destination des Chinois directement, mais plus à l'adresse des dirigeants africains eux-mêmes. "L'un des enjeux, souligne Nana Owusu-Afari, président de la principale organisation patronale du Ghana, c'est de réussir à localiser la production."

Le gouverneur de la Banque centrale du Nigeria, Lamido Sanusi, a été nommé parmi les 100 personnes les plus influentes de la planète par le magazine Time en 2011. (Photo : Reuters)

L'objectif est double. D'une part, être moins dépendant des capitaux chinois, qui au final servent aux Africains à financer des achats de produits et infrastructures… chinois. D'autre part, créer des emplois grâce à un tissu économique varié et localisé. Car si la croissance en Afrique sub-saharienne est solide depuis 2000, elle ne suffit pas à générer suffisamment d'emplois pour les nouveaux entrants sur le marché du travail. D'après le Bureau international du travail (BIT), la croissance a permis de créer 63 millions d'emplois entre 2000 et 2007, mais dans le même temps, 96 millions de jeunes sont venus gonfler la population active.

Développer l'entrepreneuriat local

En ce sens, l'afflux d'investissements directs étrangers en 2013, dont une part croissante a été placée directement dans des entreprises africaines constitue un espoir. Le besoin nouveau qu'ont les Africains de valoriser leur épargne, notamment la classe moyenne naissante, en constitue un autre pour favoriser le financement des PME. Encore faut-il faire un effort de transparence sur la santé financière des entreprises africaines.

"Il est très compliqué d'obtenir des informations fiables lors de la première notation car les entrepreneurs ont peur d'être mal notés et ne donnent pas tout", explique Stanislas Zeze, président-directeur général de Bloomfield investment corporation, une agence de notation spécialisée dans les sociétés africaines qu'il a fondée en 2007. "Lors de la deuxième notation, lorsque le rapport de confiance est établi, cela va mieux en général", tempère toutefois ce diplômé ivoirien de l'Université du Michigan passé par la Banque mondiale, la Banque africaine de développement et le géant pétrolier Shell.

Le retour des "cerveaux" formés et dotés d'expériences à l'étranger, dont Stanislas Zeze est un exemple, constitue par ailleurs une force pour créer une nouvelle classe d'entrepreneurs aguerris. Mais il reste encore à former la main d'oeuvre, abondante, jeune et disponible, pour produire selon des standards industriels adéquats.

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Romain Renier

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