Cameron remanie son gouvernement et vire à droite

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Jeremy Hunt, précédemment ministre de la Culture, est nommé ministre de la Santé, après sa rencontre avec David Cameron, mardi. Copyright Reuters
Jeremy Hunt, précédemment ministre de la Culture, est nommé ministre de la Santé, après sa rencontre avec David Cameron, mardi. Copyright Reuters
Les mouvements à la tête du ministère de la Santé et de la Justice marque la volonté du Premier ministre britannique de poursuivre et même d'accentuer ses réformes.

Coincé par des signaux économiques déplorables, de plus en plus critiqué par la population, le Premier ministre britannique David Cameron a décidé de relancer la machine gouvernementale. Mardi, il a ainsi annoncé son premier remaniement ministériel d'envergure depuis son arrivée au pouvoir en mai 2010. Les deux principaux mouvements concernent le remplacement d'Andrew Lansley à la santé par Jeremy Hunt, l'ancien ministre de la culture, aux Jeux Olympiques, aux médias et aux sports, et celui de Kenneth Clarke à la justice par Chris Grayling, l'ancien ministre délégué à la sécurité sociale.

Aile ultra-conservatrice

Ces choix marquent la montée en puissance de l'aile ultra conservatrice du parti Tory. Au cours des derniers mois, celle-ci s'est fait entendre sur les questions européennes et sur la réforme de la chambre des communes. Elle est allée jusqu'à menacer David Cameron, lui rappelant qu'elle avait le poids nécessaire pour entraîner sa chute. Le maintien à son poste du très impopulaire chancelier de l'échiquier George Osborne, qui s'est fait hué lundi soir par la majorité des 80.000 spectateurs du stade olympique, et le renvoi de la ministre desTransports Justine Greening, une opposante forcenée à l'extension de l'aéroport d'Heathrow, confirment la volonté du Premier ministre de poursuivre et même de renforcer ses réformes ultra-libérales.

Andrew Lansley est aujourd'hui puni bien qu'il n'ait jamais failli en la matière et ait toujours suivi la ligne gouvernementale. Il avait accepté sans sourciller la réduction drastique du budget de la santé, avait toujours favorisé la réduction du nombre d'établissements hospitaliers publics et de leurs effectifs au profit d'entités privées.

Il s'est pourtant mis à dos l'ensemble du secteur par des déclarations et des prises de position trop tranchées, montrant clairement son manque de désir d'écouter ses interlocuteurs. Afin de poursuivre ses réformes vers une plus grande ouverture des services au secteur privé en découpant notamment les activités des établissements hospitaliers, David Cameron avait donc besoin d'un homme vierge.

"L'un des pires ministres"

La réaction de Rachael Maskel, la directrice de la santé au sein de la confédération syndicale Unite, confirme la justesse de son jugement : après avoir qualifié Andrew Lansley de « l'un des pires ministres à la santé depuis la création du système de santé national (NHS) en 1948 », elle estime que son successeur Jeremy Hunt « possède une réelle occasion d'assurer que le NHS restera un service universel, gratuit pour tous ceux dans le besoin ». Cet appel laisse transpirer un désespoir profond tant la réputation et le passé de Jeremy Hunt, résolument proche et biaisé en faveur du groupe privé Murdoch dans le cas du rachat de la chaîne de télévision BSkyB, comme l'avait exposé l'enquête sur les écoutes téléphoniques illégales opérées par les journalistes de News Of The World, laisse peu d'espoir à une telle direction.

Le départ de Kenneth Clarke, qui reste conseiller économique afin que sa popularité compense l'antipathie dont jouit George Osborne, et la manière dont celui-ci s'est opéré réaffirme le coup de volant à droite du parti Tory. Outre que ce vieux routard de la politique, qui a commencé sa carrière de ministre en 1988 sous Margaret Thatcher, était considéré comme l'un des dirigeants conservateurs les plus centristes, il devait initialement être remplacé par Iain Duncan Smith, l'actuel ministre du Travail et de la Retraite, au contraire perçu comme l'un des hommes les plus libéraux et les plus durs de son parti.

Eurosceptique

L'ancien leader du parti conservateur ayant refusé de quitter son poste, Chris Grayling a été nommé à sa place. Celui-ci risque de faire frémir ses administrés : ancien responsable de la justice au sein du parti conservateur lorsque celui-ci était dans l'opposition, il s'était toujours concentré sur la criminalité plus que sur la justice.

Ce n'est ainsi guère une surprise s'il est perçu comme un allié de la ministre de l'intérieur Teresa May, auteur de déclarations très sévères en faveur de la répression des personnes arrêtées pendant les émeutes de l'été dernier. Très eurosceptique, il devrait également être bien moins tendre avec la cour européenne de Strasbourg que son prédécesseur.

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Commentaires
a écrit le 08/10/2012 à 2:07 :
On connaissait déjà l'ultralibéralisme de Mr Cameron. On va maintenant découvrir son super-ultralibéralisme. Le premier a fait la preuve de son inefficience. Le second démontrera sans doute sa super-inefficience.
a écrit le 05/09/2012 à 0:02 :
Excellent Cameron.Enfin un leader qui cree les conditions de la richesse versus Nono Hollande qui lui fait la promotion de la pauvrete.
Réponse de le 05/09/2012 à 9:59 :
bravo, en effet de relancer la lutte des classes, la mendicité et la délinquance; le royaume uni est déjà un pays très inégalitaire et il en rajoute une louche....Faudra pas s'étonner si on assiste à des émeutes bientôt.
a écrit le 04/09/2012 à 23:12 :
Ultra nuls les commentaires. Pour ce qui est de Cameron. soit cela releve du genie soit sa demarche est juste suicidaire. Ses reformes ne donnent aucun resultats credibles et il radicalise un gouvernement qui doit son existence a une coalition avec le centre...Sans vouloir etre deplaisant ca semble pas bien engage cette affaire
a écrit le 04/09/2012 à 21:09 :
Nous aussi on devrait virer a droite car la le mur s'approche bien vite et Mollande et zayrault vont nous y ecraser
a écrit le 04/09/2012 à 20:17 :
En ce jour de rentrée, zéro pointé en orthographe pour La Tribune.
" les mouvements...marque" : belle faute d'accord.
a écrit le 04/09/2012 à 19:56 :
Pourquoi "ultra" lorsqu'on parle de libéralisme ? Le mot "libéral" suffit amplement. Mais ce n'est pas étonnant de la part des journalistes d'ultra gauche français prônant l'ultra conservato collectivisme à la française..

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