La croisade fédéraliste d'un libéral belge et d'un écologiste franco-allemand

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Daniel Cohn-Bendit et Guy Verhofstadt, lors de la présentation de leur ouvrage Debout l'Europe!, mardi à Bruxelles. Copyright Reuters
Daniel Cohn-Bendit et Guy Verhofstadt, lors de la présentation de leur ouvrage "Debout l'Europe!", mardi à Bruxelles. Copyright Reuters
Dans un ouvrage commun, Daniel Cohn-Bendit et Guy Verhostadt poussent un coup de gueule contre des élites politiques agrippées à leurs prérogatives nationales.

Daniel Cohn Bendit et Guy Verhofstadt devaient recevoir ce mardi l'appui du Premier ministre italien, Mario Monti, ainsi que du président de la république Giorgio Napolitano dans l'offensive fédéraliste qu'ils ont lancée cette semaine avec la publication de leur « manifeste pour une révolution post-nationale en Europe », intitulé "Debout l'Europe !" (1). Si l'écologiste était retenu au « congrès des sociologues allemands » (sic), a-t-il précisé lundi lors du lancement du livre à Bruxelles, en revanche son comparse libéral belge devait se voir offrir l'honneur d'être reçu au musée capitolin, dans la salle des Horace et des Curiaces où fut signé le traité de Rome il y a un peu plus de 55 ans.

"Provocation"

Quelle mouche a donc piqué le fondateur d'Europe Ecologie les Verts, homme de gauche, et l'ancien Premier ministre belge, libéral impénitent, pour commettre ensemble ce manifeste dont ils reconnaissent qu'il est une « provocation » à l'égard des élites politiques et même de leurs propres partis. Le projet est né « dans une colère », explique Guy Verhofstadt dans un français teinté de grammaire allemande comme le parlent les Flamands. Les deux hommes, éloignés sur certains sujets économiques, se retrouvent sur un constat : les Etats européens sont des objets politiques en état de mort clinique. Seule une fédération européenne peut les aider à recouvrer la souveraineté que « les marchés ont détruite », a expliqué Daniel Cohn Bendit lundi à Bruxelles lors d'une présentation du livre.

L'inspiration philosophique de Jürgen Habermas

En filigrane de ce petit livre, suivi d'un long entretien avec le journaliste Jean Quatremer, on retrouve l'inspiration philosophique de Jürgen Harbermas dont l'essai « La Constitution de l'Europe » n'a visiblement pas fini d'influencer ceux qui tentent de penser un avenir à l'intégration européenne. Mais c'est surtout un livre politique, riche de pistes possibles, dont plusieurs ont été esquissées ailleurs, sur la fiscalité (du climat, de la finance), sur la création d'un Trésor européen, sur la manière de faire élire au suffrage indirect les dirigeants européens, etc.

Sur la crise de la dette et les questions qu'elle soulève sur la solidarité financière entre Etats européens et sur la politique budgétaire, les auteurs placent les décideurs devant une alternative simple : soit vous optez pour le système américain, sans solidarité entre Etats fédérés mais avec un budget central conséquent (près de 30% aux Etats-Unis contre moins de 1% en Europe), soit vous ne voulez pas de budget fédéral mais alors il faut accepter de procéder à d'importants transferts entre les membres de l'Union. Les intéressés expriment une claire préférence pour la première solution et demandent au passage de mener des politiques sociales depuis Bruxelles dans les pays soumis à une austérité budgétaire qu'ils ne contestent pas.

Appel du pied à Angela Merkel

Ce manifeste est un appel du pied à la chancelière allemande. "Elle se décide finalement pour l'Europe mais toujours avec un oeil rivé sur la politique intérieure", explique Daniel Cohn-Bendit. Et d'ajouter : "On ne peut pas attendre les élections fédérales (ndlr : prévues de se tenir en septembre 2013)" pour avancer vers un vrai budget européen et un fond de rédemption des dettes qui permettrait d'étaler dans le temps l'amortissement du stock de dettes. Mais il est surtout un coup de gueule à l'adresse de Paris. « La France pense qu'elle a du pouvoir, alors qu'elle n'en a plus », tranche le vice-président du Parlement européen.

Or, il y a urgence. « La politique que mène la troïka en Grèce met en danger la substance de la démocratie », estime Daniel Cohn Bendit. « Dans la crise, les gens ne vont pas se retourner contre le capitalisme mais vers un nationalisme autoritaire qui peut virer au fascisme », avertit-il.

A dix jours d'un sommet européen consacré à la réforme de l'Union européenne, ce plaidoyer a des chances d'être entendu.

(1) "Debout l'Europe !", Daniel Cohn-Bendit et Guy Verhofstadt, Actes Sud et André Versaille éditeur, 157 pages, 11,90 euros.

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Commentaires
a écrit le 13/10/2012 à 15:20 :
Le collectif Roosevelt2012 propose 15 mesures pour sortir de la crise... et cela passe effectivement par des réformes au niveau européen, un système parlementaire pour appliquer une vraie politique sans nécessité d'unanimité comme actuellement et une nouvelle répartition des compétences :
- Parlement et gouvernement européen (Diplomatie, Défense, Sécurité intérieure, Monnaie, Recherche, Politique agricole, Commerce, Développement durable?)
- Parlement et gouvernement national Éducation, Santé, Culture, Logement, Emploi, Retraites
- Parlement et gouvernement régional Entretien des lycées et des routes, Développement économique, coordination formation des adultes
La suite de nos idées sur http://www.roosevelt2012.fr
a écrit le 12/10/2012 à 8:51 :
"A dix jours d'un sommet européen consacré à la réforme de l'Union européenne, ce plaidoyer a des chances d'être entendu." Vous parlez d'une chance !
Les peuples ne veulent pas d'Europe Fédérale, du moins tant que la démocratie ne fait pas partie du projet de l'UE, tant que nous sommes dirigés par des technocrates non élus et qui s'assoient sur les résultats des référendums.
a écrit le 08/10/2012 à 21:43 :
Contrairement à la plupart des commentateurs qui suivent, j'ai lu "Debout l'Europe". C'est assez mal écrit mais bourré de bon sens. Nul doute que les souverainistes couchés pour l'éternité s'épargneront une lecture qui les laisserait sans argument.
a écrit le 03/10/2012 à 17:12 :
J'apprécie les efforts de ces politiques qui ont au moins l'humilité de s'adresser à leurs concitoyens pour tenter de leur remonter le moral, mais le problème est que nous sommes tombés fort bas. Je rejoints entièrement l'avis de Samarinda à 09:00 ci-dessous "L'Europe encore, mais pour peu de temps, première puissance économique du monde". Nos dirigeants devraient s'apercevoir que l'Europe a perdu toute autorité, la législation commerciale est complètement dépassée, ce sont les juristes de nos concurrents qui font nos propres lois, les accords de "libre" échange que nous passons sont pratiquement toujours à notre désavantage. Une OPA comme celle de Mittal sur Arcelor n'aurait jamais dû être acceptée, nous perdons nos entreprises, nos infrastructures, nos services publics, l'Europe est en vente, cela est criant en Grèce et ailleurs, nous assistons impuissants à cette hémorragie. Rien dans notre législation n'interdit le dumping monétaire, le dumping social. La législation financière et commerciale favorise le recyclage de capitaux douteux et les importations au détriment de notre industrie. Notre cycle production/consommation est rompu. Rien ne tient compte du processus de nivellement par le bas. Les critiques sur la « compétitivité » n?y feront rien. N'importe qui peut acheter n'importe quoi, il suffit de jouer sur les différentiels socio-économiques jusqu'à .... l'épuisement. Je dis cela avant qu'il ne soit trop tard, avant qu'une triste réalité ne donne raison à un dictateur ou à une invasion.
a écrit le 03/10/2012 à 12:41 :
Bonjour je vous informe que mon entreprise ne peut plus supporter toutes ces taxes, tous ces impots, et ces politiques injustes envers les PME. J'en ai marre, ce n'est plus possible, je ferme tout, et je pars ailleurs, la ou les entrepreneurs sont encouragés à réussir, sans tout leur voler. Allez bon courage les français et dites merci à messieurs Sarkozy et Holland qui, grace à eux, peuvent se vanter d'avoir tué une entreprise de plus, avec 14 chômeurs en plus, que les autres qui bossent vont prendre en charge, avec les autres.
Tous ceux qui s?apprêtent à me juger, ces suppos du systéme communiste français, je vous vend les clefs de ma boite quand vous voulez, ainsi vous pourrez nous démonter à tous que vous etes meilleurs que moi.
a écrit le 03/10/2012 à 12:36 :
Voici le résultat de 40 ans de poltique conservato collectiviste et anti libérale (donc anti liberté), avec 40 ans de dettes cumulées, des millions de fonctionnaires en trop, et un état UMPS qui distribue l'argent des contribuables volés par la coercition, à des multiples profiteurs qui ont intéret à ce que rien ne change, du moment que eux encaissent la richesse que les autres se démenent pour la gagner en prenant des risques. Oui mais voila les créateurs de richesses n'ont jamais été autant mal vu en France, tout en continuant à décourager ceux qui veulent créer des entreprises, prendre des risques, alors que l'économie française en a grandement besoin. Le pire c'est quand je lis certains commentaires fou d'étatisme, qui n'ont toujours pas compris ce qu'est l'économie de marché, tellement ils sont endoctrinés par les médias et les politiques de ce pays. Bon courage !!!
a écrit le 03/10/2012 à 9:00 :
un grand oui pour un énorme coup de pied dans ces "élites" qui n'ont que le nom mais pas les compétences.L'Europe encore, mais pour peu de temps, première puissance économique du monde est une naine face aux US, la Chine et même des pays comme le Brésil. L'Europe première banque mondiale pour aider les autres mais exclue des sièges de négociations ou au second plan bel exemple la Palestine. L'Europe est un naine politique est également une naine industrielle on voit bien par exemple l'impossibilité de construire une industrie d'armement européenne et on perd sur nos moyens humains mais également technique, pas de grandes universités au top à quelques exceptions,dans cet es^prit j'enlève le aml français avec nos "grandes" écoles dont en t^te l'ENA le mal français,on le voit dans la sidérurgie dans les technologies du numérique, un petit effort dans la finance grâce à une Institution non politique la BCE, les "élites" sont les créateurs actuels du chômage car ils n'ont pas su voir demain et pourtant gouverner c'est prévoir. La France est l'exemple type de l'incompétence des "élites". Alors oui oui à une Europe puissante avec comme premier acte la fin de "nos élites" plus occupés par un poste d' égo,un salaire un voiture un chauffeur la petitesse de l'égo, que par l'avenir de ce continent.
a écrit le 02/10/2012 à 21:44 :
CCe ne sont pas les marches qui ont detruit les etats europeens,mais les elites politique,dont font parti ces 2 personnages,qui ont laisse faire la dereglementation et le neo liberalisme et ainsi permi aux marche d'avoir la main sur les etats.
Va falloir faire le menage et vite parmi les elites tous plus incompetent et en conflit d'interets les unes que les autres
a écrit le 02/10/2012 à 20:32 :
Deux grands bourgeois post-68ards, sympathique d'ailleurs pour l'un, qui voudraient que tout le monde soit comme eux : apatrides de fait et aculturés.
Réponse de le 02/10/2012 à 21:47 :
apatrides et liberales surtout

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